Handicap : Arrêtez avec ce “changement de regard”.

Depuis de nombreuses années, les personnes handicapées ont droit à un langage particulier lorsque l’on parle d’elles. Les politiques, relayés par les médias, parlent de solidarité, de courage, de dépassement de soi et utilisent notamment cette formule que nous retrouvons beaucoup trop souvent : le “changement de regard”.

Cette dernière m’a toujours interpellé car lorsque mentionnée, elle n’est que rarement explicitée : De quel regard parlons-nous ? Pourquoi s’est-il imposé ? En quoi doit-il changer ? Il est aisé de percevoir ce que celui-ci laisse entendre : le regard péjoratif que la société porte sur les personnes en situation de handicap ne doit plus avoir lieu mais bizarrement, aucune responsabilité ne semble être prise par ces mêmes personnes et/ou institutions qui ont mis en place et perpétré cette image de « l’assisté ».

En effet, il ne sera quasiment jamais rappelé qu’en parallèle du handicap, c’est surtout la société qui, ne prenant pas en compte les besoins et droits des personnes handicapées, représente le véritable obstacle à leur autonomie et intégration au sein de cette dernière. Encore aujourd’hui, dans les médias, il est compliqué de trouver des exemples de personnes dont le handicap n’est pas pensé comme une tragédie ou un élément à dépasser alors qu’il existe un juste milieu où l’individu vit avec son handicap et s’adapte comme il peut.

Le problème que pose ce type langage, qui se place souvent dans l’émotion avec une pointe de condescendance, est sa faculté à mettre de côté le plus important : les personnes handicapés sont d’abord des personnes dignes de respect et doivent pouvoir jouir de leurs droits comme chaque citoyen de ce pays et ne pas subir de discriminations liées à leur handicap. Cependant, le mot “respect” est toujours omis dans les discours politiques et médiatiques. Cette sorte de “détachement” révèle la difficulté et le malaise concernant un sujet qui concerne pourtant 12 millions de Français.

Par ailleurs, lorsque l’on entend Sophie Cluzel, Secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, parler de “changement de regard”, celui-ci semble faire partie de la solution qui permettra à la société de devenir vraiment inclusive. Durant la Journée Internationale des Personnes Handicapées 2017, elle partage que : “l’un des premiers chantiers de la société inclusive que l’on souhaite tous ici passera par le changement de regard sur la différence”.

Etant donné que la société ne l’est toujours pas, il ne me semble pas risqué de dire que ce n’est pas le cas. C’est précisément l’inverse qui doit être effectué : c’est le rôle de l’Etat de mettre en place une politique d’inclusion et d’en faire respecter les tenants et aboutissants afin que chaque citoyen possède les mêmes droits, handicap ou non. Lorsque les lois feront que la société sera inclusive et que, de fait, les personnes handicapées seront parties prenantes, ce fameux “changement de regard” se fera de lui-même.

Aujourd’hui, l’exclusion de l’espace public de cette partie de la population fait qu’il est d’autant plus complexe de réaliser la multitude de problématiques relatives au handicap et le chemin qu’il reste à parcourir pour instaurer une société dans laquelle chaque citoyen bénéficie des mêmes droits. Et la non-représentation et/ou implication des personnes directement concernées lorsque ces sujets sont discutés mènent ainsi à des politiques où le statu quo perdure.

De fait, la nécessité d’arrêtez avec ces éléments de langage contre-productifs et de centrer les politiques et discours liés au handicap autour du respect des droits des personnes handicapées, en étroite collaboration avec elles, est essentielle.