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Du Marketing au développement Android, la reconversion d’Amaël Sikel | Mobiskill

Épisode #1

Marine Talaucher
Nov 14 · 12 min read

Cet article est le premier de la série Reconversion par Mobiskill. Je suis recruteuse spécialisée sur Android depuis plus de deux ans et je côtoie des développeurs avec des parcours très différents dont des candidats reconvertis. J’ai eu envie de comprendre ce parcours courageux et nous avons donc rencontré Amaël.

Amaël vient du milieu du Marketing et de la communication. Il était Social Media & SEO Manager chez Genymobile et suite à sa reconversion, il est devenu développeur Android chez Prisma Media. Nous avons pris une bière avec lui afin de comprendre comment il s’est organisé pour atteindre ses objectifs et pour démystifier ce saut périlleux.

Je me considère comme chanceux car j’étais entouré de développeurs Android qui ont bien voulu m’accompagner. Je peux comprendre la difficulté de quelqu’un qui souhaite se réorienter mais qui ne baigne pas déjà dans un environnement tech. Il n’y a que très peu de contenu concernant les reconversions sur Internet.

D’où est venue ta reconversion ?

J’étais en poste chez Genymobile, en marketing. En août 2017, je vois passer le Google Developer Scholarship Challenge, il s’agit d’un partenariat entre Google et Udacity. Ils te donnent la possibilité de préparer leur certification qui s’appelle le Nano Degree et qui te permet d’acquérir des compétences en Web et Mobile. J’ai soumis ma candidature, sans grande conviction. Le temps passe et j’avais carrément oublié avoir fait cette démarche ! 3 mois plus tard, en novembre donc, j’ai eu un ras le bol du Marketing et de mon job, après être rentré d’un mois de vacances avec ma femme. Je me suis dit que c’était sûrement le moment de considérer autre chose. Mais quoi ? J’allais pas élever des lamas dans la pampa !

Je n’ai pas eu de réflexion longue sur ce sujet, je savais à un moment que je ne voulais plus faire de marketing mais je ne savais pas non plus que je voulais faire du développement Android. Ce que je savais, c’est que le milieu de la programmation m’intéressait.

Au retour de ce mois de vacances, j’ai regardé sur Internet comment entamer une reconversion et les articles ne m’ont pas été utiles. Le seul témoignage qui m’a marqué est celui de Lara Martin (How I took my first step in tech), qui a fait Udacity et qui était biologiste de formation.

Bon je n’ai pas tout plaqué d’un coup. J’ai commencé à regarder, j’ai installé Android Studio. C’est marrant parce que c’était plein d’outils que je connaissais uniquement de surface, puisque je communiquais sur Android avec mon poste de Community Manager.

La première étape a été d’approcher Eyal Lezmy, mon mentor, qui était chez Genymobile. D’ailleurs, on me confond souvent avec lui. Sûrement à cause de notre coupe de cheveux similaire ! J’ai expliqué mon projet et le fait d’être mon mentor l’intéressait. Je lui ai demandé par où je devais commencer et il m’a conseillé d’apprendre le C, conseil que je n’ai d’ailleurs pas suivi… J’avais envie de coder et de voir des résultats directement. Quand j’ai eu mon premier texte affiché sur mon téléphone, c’était fou, j’étais hyper content !

J’avais mis plein de liens dans mes favoris, je m’étais renseigné sur Open Classroom pour apprendre le C.

Et là, le lendemain, je reçois un mail.

C’était Udacity. Ma candidature avait été acceptée. J’avais une semaine pour leur donner ma réponse. J’ai dit oui !

Et du coup ça a donné quoi ?

Il y a eu une première phase, de novembre à février. Dans cette période là, il faut faire les premiers exercices du Nano Degree, ils regardent si tu complètes les exercices jusqu’au bout, si tu participes sur le forum, si tu échanges, en gros si tu es actif techniquement et si tu es investi dans la communauté.

Après cette première phase, il n’y a que 10% de développeurs qui sont sélectionnés et qui ont accès au Nano Degree qui est de fin janvier à juillet 2018.

J’ai posé ma démission fin novembre, ils m’ont offert une rupture conventionnelle et je suis parti avec des indemnités. J’ai quand même demandé à Genymobile de me former, malheureusement le contexte de l’entreprise ne le permettait pas à l’époque.

À l’époque, la formation coutait à peu près 300 euros par mois et ils estiment le nombre d’heures nécessaires à dix par semaine. Cela dépend bien évidemment d’une multitude de facteurs, de comment tu comprends les concepts et de ton temps libre. Il y a des moments où c’est simple et ça s’enchaine tout seul et d’autres, où contourner un obstacle prend du temps et de l’énergie. Chacun fait ce qu’il peut, il y en a certains qui sont plus motivés que d’autres. Une femme en particulier m’a marqué, car elle avait fondé sa société et suivait les cours en même temps ! Je ne sais vraiment pas où elle trouvait le temps de cumuler les 2 activités ! La formation s’est terminée en juillet 2018 et là, j’étais diplômé.

Et après le diplôme ?

Entre juillet 2018 et 2019, il y a eu une période compliquée dans ma vie, c’était difficile psychologiquement. J’étais seul chez moi, je codais et j’apprenais, en revanche je ne voyais personne, je me suis vite retrouvé dans une phase où j’étais déprimé et ma motivation se dissipait au fil des jours. Je serai bien allé à la bibliothèque mais c’est trop studieux pour moi ! J’allais plutôt aux Piaules, où l’ambiance pour travailler me correspondait. Il y a de la musique et c’est un endroit où les gens viennent pour travailler, puis pour prendre des verres. C’était cool !

J’ai un pote que je m’étais fait à la FAC qui entamait aussi une reconversion, du marketing vers le web. Il a rencontré les mêmes difficultés que moi, en revanche pas au même moment, j’avais fini ma formation et j’étais déjà en recherche d’emploi. Je lui ai proposé qu’on aille bosser ensemble. Ce qui est bien dans cette démarche c’est qu’on ne travaillait pas sur la même chose mais il y a cette émulation qui est très importante pour rester motivé. Je n’étais pas seul. On faisait nos pauses en même temps et on se racontait chacun ce sur quoi on travaillait. Cela nous a permis de prendre du recul et de trouver des solutions à nos problèmes rien qu’en en parlant. C’était magique car à l’époque, je passais des tests techniques pour mes entretiens. Parfois je l’aidais à trouver les bugs dans son code et il m’aidait aussi, ce qui était super formateur ! On s’auto alimentait. Et surtout, j’étais hors du cadre de la maison !

Comment as-tu fait pour surmonter tes difficultés ?

Heureusement pour moi, je n’ai pas déprimé pendant un an. La difficulté c’est d’être seul et de surmonter les premiers challenges techniques. Eyal me l’avait dit dès le début, dès que tu te prends un mur, perdre sa motivation est facile. Donc au début, je faisais des journées de travail intenses, de 9h00 à 18h00 (bon, plutôt 4 heures du matin en vrai) et ça marchait plutôt bien, j’avais un bon rythme de croisière. Par contre, dès que j’étais confronté aux difficultés, ça a été beaucoup plus complexe ! Du coup j’ai appris à en faire un peu chaque jour. Comme ça, tu apprends au moins un peu et tu ne te sens pas mal à la fin de la journée. C’est d’ailleurs le même conseil pour les gens qui veulent se mettre au sport, personne ne commence à courir un marathon directement ! Il faut y aller étapes par étapes et se fixer des objectifs atteignables, sinon tu satures rapidement.

J’ai aussi demandé de l’aide à mes proches. Je suis même allé voir un psychothérapeute pour me rebooster moralement.

En fait, j’admire les développeurs indépendants car il faut être courageux, ou très bon, ou les deux, pour travailler seul. Malgré mon réseau de développeurs Android en ligne, ce n’était pas facile d’être seul à la maison. Heureusement qu’il y avait le slack Android Dev FR et le slack du PAUG !

Ma femme m’a énormément soutenu. Elle voyait bien que j’avais envie de faire ça, elle a été courageuse car elle a du gérer mon ras-le-bol du Marketing et mes réactions face aux difficultés quand j’apprenais le développement Android. Elle m’a beaucoup aidé.

Il faut s’entourer de gens qui te félicitent, il n’y a pas de petite victoire.

Comment as-tu été accueilli quand tu as demandé de l’aide?

Les développeurs sont super contents quand tu leur poses des questions ! En général, ils sont humbles.

Il y a de tout, j’ai quand même connu des gens moins cools qui pensaient que déjà, mon métier de marketing n’était pas un vrai métier et qui ne croyaient pas vraiment en moi quand je me suis reconverti.

Pour la petite anecdote, après ma reconversion, une de mes premières victoires a été d’afficher le texte Hello World sur mon téléphone. À ce moment là, il y a eu deux types de personnes qui sont intervenues : ceux qui te disent que c’est vraiment cool et te félicitent et ceux qui te disent que c’est pas incroyable et que je ne devais pas être fier de ce que je venais d’accomplir.

C’est la métaphore du bébé. Quand il apprend à marcher et qu’il y arrive, tu ne lui diras pas que c’est nul car tout le monde sait le faire ! Il faut s’entourer de gens qui te félicitent, il n’y a pas de petite victoire. (Darcy)

J’aime bien la métaphore du bébé. Il se rétame 100 fois et il ne se décourage jamais. La reconversion c’est pareil, il faut être courageux. Tu n’as aucune idée de comment tu vas galérer, surtout qu’au début, ce que tu apprends c’est très simple donc tu te dis que c’est plutôt tranquille. Et puis d’un coup, ça devient très difficile. C’est même pas une progression vers la difficulté, c’est juste facile et d’un coup, très dur. C’est d’ailleurs une théorie connue ! La Learning Curve. Ta motivation au début est au top car c’est simple. Et rapidement, cette courbe chute. Du coup, c’est le vide intersidéral. En fait t’as besoin d’expérience pour être motivé, mais t’as besoin d’être motivé pour avoir de l’expérience. C’est le désert du désespoir.

D’où vient ta passion pour Android ?

J’ai toujours apprécié l’univers Android et je le considérais déjà depuis longtemps. J’ai même quitté ma ville natale qui est Lyon pour travailler pour Genymobile à Paris car ils baignaient dans cet univers. Plus jeune, j’aimais bien bidouiller mon téléphone, je cherchais comment avoir des fonds d’écrans animés, je me baladais sur des forums et je trouvais ça fun ! Dans la continuité, j’ai eu un HTC Sensation et je pouvais faire encore plus de choses, je pouvais flasher des trucs.. Bref j’aimais bien ! Quand j’ai vu que Genymobile recrutait en Marketing, j’ai foncé.

Comment t’as fait pour trouver ton job ?

Je ne pensais pas que ce serait aussi rapide. Je baignais déjà dans la communauté donc ça m’a énormément aidé. En fait, j’ai posté un message sur Twitter et LinkedIn où j’expliquais que je cherchais un poste. Il y a un mec qui a tagué mon Lead Développeur actuel, Stéphane Virte, avec qui je suis rentré en contact. On a fait un premier échange via Hangouts, ça s’est bien passé. J’ai fait le test technique, l’entretien RH et c’était bon !

Comment t’as fait pour te vendre face aux autres ?

Il faut trouver une boite qui est prête à prendre quelqu’un de très débutant pour le faire grandir. Ils vont te formater, te faire apprendre de nouveaux langages qu’ils ont pas eu le temps d’apprendre aux autres. C’est comme quand tu es bébé et que tu vas dans un nouveau pays et que tu y grandis, tu as la culture sans avoir à faire trop d’efforts. Professionnellement c’est pareil. L’avantage pour Prisma, c’est que derrière ils auront une personne qui sera formée en continue par leurs soins et qui sera brandé Prisma, qui saura comment développer à leur façon. C’est une logique d’apprentissage ! Quand ton objectif c’est d’apprendre, tu as une motivation qui te permettra de bien développer tes compétences !

C’était vraiment si simple que ça ?

Avant d’avoir cet appel là, j’ai eu d’autres recruteurs et CTOs au téléphone. Et cela ne marchait pas. Ils me proposaient un poste qui n’était pas à ma portée. Il faut réussir à savoir quelles sont tes compétences, tes points forts et tes points faibles. Je n’ai pas menti et je ne me suis surtout pas survendu.

On m’a démarché pour bosser sur une application tout seul et la développer from scratch. Je savais bien que je n’avais pas encore les compétences pour faire ça, ce serait mentir que de dire que j’en suis capable après 1 an de développement. Je refuse d’arriver dans un boulot où ce que l’on me demande ne fait pas parti de mes compétences. Là, la Learning Curve en prend un coup ! Bon, ça peut être attractif et formateur, en revanche, il ne faut pas oublier l’essentiel. L’objectif de ton premier poste quand tu es issu d’une reconversion, c’est l’apprentissage.

Avec Prisma Media, ça a fonctionné tout de suite car Stéphane a été honnête et moi aussi. Il ne m’a pas vendu la société avec des paillettes et j’ai aussi dit que je ne savais pas tout faire. Il faut avoir envie d’apprendre sinon ce n’est pas la peine de continuer.

Du coup, ça donne quoi ce job post reconversion ?

Pour le moment, ça se passe bien. Avant de rejoindre Prisma Media, je me disais qu’au pire des cas, j’avais une stabilité financière. Si la reconversion ne se passe pas comme je le souhaitais, j’aurai pu reprendre le Marketing et mettre mon projet de côté. Tu en ressors toujours grandi et il ne faut pas forcer. Ce que tu as appris, tu ne l’as pas perdu, si ça ne te sert pas maintenant, ça te servira pour ta culture générale. Ça aura juste élargi mon état d’esprit.

Je suis très content d’avoir trouvé un poste chez Prisma. La courbe est au maximum ! Quand t’attaques tes premiers projets lors de ton premier jour, tu découvres du vrai code, ce n’est plus des minis projets que t’as fait dans ton coin.

Là tu te dis, eh merde, est-ce que c’est fait pour moi ?

Après tu apprends à vivre avec le fait que tu ne sais pas si c’est fait pour toi. Donc il faut prendre son temps. Il faut cibler les sociétés qui ont le temps de te former.

Quand j’ai vu mon niveau, j’me suis dit, wow ils vont me mettre à la porte ! En fait non, ils savent que j’ai ce niveau là. Mon code n’est pas mature mais ma méthodologie est intéressante, c’est pour ça qu’on m’a recruté. Ils le savent ! Il ne faut pas se laisser freiner sur des manques techniques parce que tu peux apprendre. Une méthodologie ou un état d’esprit, par contre, c’est plus difficile à appréhender. Là ou c’est rédhibitoire c’est si tu ne sais pas travailler en équipe, si tu es perso, ça ne va pas fonctionner.

D’ailleurs, dans n’importe quelle société, on t’apprend des choses et tu leurs en apportes d’autres. J’ai appris deux trois trucs à Stéphane, à contrario il y a des sujets sur lesquels il pensait que j’étais opérationnel et ce n’était pas le cas. Il est très bienveillant, il a compris, et j’ai pu apprendre. Tu apportes une nouvelle dynamique à l’équipe et c’est positif !

Pour conclure, quels sont tes enseignements ?

  1. C’est primordial de bien s’entourer. Même si tu pars dans des conditions idéales, garde les gens bienveillants près de toi car si tu penses que c’est difficile, en réalité ça le sera 10 fois plus !
  2. Ne te compare pas ! Parfois, quand je n’arrivais pas à coder, je me disais que ce n’était pas normal car Eyal y arrivait. En fait, ça fait 10 ans qu’il fait du développement Android. C’est normal de ne pas y arriver tout de suite.
  3. Il faut chercher un poste dans une société qui prendra le temps de te former. Je ne conseille pas forcément les start-ups car il faut délivrer vite.
  4. Demande de l’aide s’il y a des remises en question, avec un psychothérapeute ou des développeurs qui sont déjà passés par là.
  5. J’aurai dit à mon moi d’il y a un an : souffle un grand coup. T’es pas obligé de faire des journées de malade et de te flageller le soir parce que tu n‘y arrives pas. Il faut trouver un rythme et y aller doucement. Le piège c’est de vouloir aller plus vite que la musique !
  6. Construis toi un réseau. Va à des meet-ups, des conférences, même si tu ne vas rien comprendre techniquement, c’est pas grave, les gens sont bienveillants. Les premiers meet-ups que j’ai fait, j’avais ma casquette Marketing , alors je ne comprenais rien. J’avais peur qu’on me demande ce que je faisais là ! Je pense que c’est pareil dans d’autres communauté. Peut être qu’on va te juger mais personne ne m’a jamais chassé. C’est important d’aller à ce genre d’événements car tu es amené à rencontrer des gens et ils pourront te soutenir plus tard.
  7. Débrouille toi pour avoir de l’argent de côté. J‘ai eu de la chance car j’avais des économies et deux ans de chômage. Ça m’a laissé le temps, je n’avais pas de pression pour retrouver un poste rapidement et bâcler mon apprentissage. Si tu fais ta reconversion et que tu n’as pas de revenu, ça peut devenir complexe car tu auras envie d’être opérationnel rapidement pour gagner de l’argent mais avec la programmation, tu es obligé de prendre le temps d’apprendre.

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La partie II arrive bientôt ! Si la reconversion vous intéresse ou si vous vous êtes reconvertis, envoyez moi un mail à marine@mobiskill.fr 😊

Merci à Amaël pour son témoignage, à Darcy et Gauthier pour leur aide ainsi qu’à Mobiskill pour me donner l’occasion de réaliser ce projet.

Thanks to Mobiskill, Gauthier Combes, and Amaël Sikel

Marine Talaucher

Written by

Recruiter @mobiskill

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