[1/5] L’instruction en famille : s’autoriser à penser autrement que la norme


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Cet article est le premier d’une série qui partage une réflexion sur le choix encore marginal d’instruire les enfants en dehors de l’école. La saga suit un chemin personnel dont la trame est présentée ici : Vers une alternative à l’école.


Vous êtes vous déjà posé la question : “pourquoi scolariser mon enfant ?” Enfin je veux dire, la vraie question !

Quand je me la suis posée, j’ai été surprise de voir l’impressionnant contraste d’opinion qu’il y a entre ma non-réponse automatique d’antan et ma réponse sincère et réfléchie d’aujourd’hui.

Ma non-réponse était celle-ci : “cela va de soi, tous les enfants vont à l’école !” Lorsque j’ai commencé à creuser un peu plus, je me suis dit : “effectivement, l’école n’est pas la panacée mais comment faire pour satisfaire mon penchant narcissique et ambitieux. Il faut bien que quelqu’un s’occupe de mes enfants à moindre frais pendant que je vis ma vie trépidante ! Si en plus, ils peuvent apprendre quelques petites choses au passage, c’est bonus.”

Et puis en grandissant, je me suis révélée être une utopiste en quête de sens et d’énergie. Je me suis découverte une passion pour le maternage proximal, l’éducation bienveillante et créative et les pédagogies alternatives. L’éducation positive et non violente est devenue un art de vivre dans ma famille. Je me suis demandée : “Qu’est ce que c’est apprendre ? Que veut dire réussir à l’école ? Est-ce que ça rend heureux ? Que veut dire réussir sa vie ?”

Chacun y apporte ses propres réponses en fonction de ses valeurs et de ses croyances. Pour moi, c’est A.S. Neill, dans Libres enfants de Summerhill, qui m’a apporté la meilleure réponse : “apprendre, signifie appréhender, donner du sens au monde qui nous entoure et être capable d’y accomplir des choses. Réussir à l’école veut dire se souvenir des réponses aux questions des enseignants, devenir habile à deviner quelles questions ils poseront et à les tromper quand on ne connaît pas les réponses.” Et réussir sa vie, c’est simplement se créer une vie qui nous inspire.

Ces petits questionnements m’ont amenée à partager l’intime conviction que le monde changera par l’éducation que nous donnons à Nos enfants. A partir de là, la question « Pourquoi l’école ? » prend une toute autre dimension. Mon regard sur l’école est alors devenu bien plus critique (voir mon article “Sur le chemin de l’école française”).

Et oui, forte de mes convictions profondes, je n’arrive plus à ne pas critiquer l’école en tant qu’institution. Cela ne m’empêche pas de savoir qu’il existe des parents formidables qui choisissent en tout état de cause de scolariser leurs enfants et que beaucoup d’enfants s’adaptent à l’école et sont même ravis d’y aller. Il existe aussi des profs qui transmettent avec passion leurs savoirs, qui se forment et qui instruisent dans la joie et la bienveillance. Merci à eux. Moi-même j’ai vécu une scolarité sans traumatisme avec plutôt de bons résultats. Et pourtant, je m’interroge, j’observe, je traduits…

John Holt, fervent défenseur d’un mode sans école, disait que l’école n’est pas défaillante du tout en ce qui concerne ses vrais objectifs, qui d’après lui sont :

- « débarrasser le plancher » aux adultes.
- faire le tri entre les gagnants et les perdants,
- faire perdurer les hiérarchies sociales en entretenant un mythe qui permet de les légitimer aux yeux même des victimes.
- apprendre aux perdants à vivre comme des perdants : soumis mais « honnêtes », conscients de leur « indigence » intellectuelle et finalement satisfaits de se voir octroyer une place dans la société.
- permettre aux gagnants de ne pas remettre en cause les choix et les modes de vie de leurs parents « gagnants ».

Est-ce que les propos de John Holt vous interpellent, vous dérangent, résonnent en vous ? Les écrits de cet ex-instituteur et chercheur en sciences de l’éducation font écho en moi. Car en tant qu’idéaliste, j’aspire aujourd’hui à une éducation respectueuse de chacun qui permet d’accompagner des individus capables de penser par eux-mêmes, de créer leur vie et leur société. Et, bien sûr, l’école traditionnelle ne me semble pas être la meilleure candidate pour offrir cette chance aux citoyens de demain.

La plupart des individus sont persuadés que l’école classique est le meilleur chemin. Mais en fait, c’est juste le chemin le plus emprunté. Et est-ce que le fait que ce soit le chemin le plus visité est réellement une preuve de son efficacité ?

Heureusement, j’ai découvert qu’il existe non seulement des écoles alternatives (voir mes articles L’école nouvelle pour tous, une utopie ? et Petit tour d’horizon des pédagogies alternatives) qui offrent aux enfants une possibilité de s’épanouir à leur rythme, mais j’ai surtout découvert qu’il existe des alternatives à l’école. Je me suis, petit à petit, autorisée à penser autrement que la majorité. Oui, il y a d’autres possibles. Faire le choix de déscolariser son enfant est un autre possible.



Pour aller plus loin :