[3/5] De l’idéologie au quotidien d’une famille buissonnière


Cet article fait partie d’une série qui partage une réflexion sur le choix encore marginal d’instruire les enfants en dehors de l’école. La saga suit un chemin personnel dont la trame est présentée ici : Vers une alternative à l’école. L’article précédent est ici.


Pour vraiment comprendre de quoi est fait le quotidien d’une famille libre, j’ai eu à coeur de prendre contact avec plusieurs d’entre elles. J’avais besoin d’échanger sur les nombreuses croyances et interrogations que je pouvais avoir en tant que maman qui scolarise ses enfants et femme qui a plutôt très bien vécu sa scolarité. Ce mode d’apprentissage marginal peut, en effet, réveiller beaucoup de peurs personnelles.

Elodie et sa famille m’ont grandement aidé à y voir plus clair. Grâce à eux, j’ai pu effacer, en une seule rencontre, de nombreuses fausses croyances sur l’instruction en famille (IEF). Elodie a accepté de répondre à quelques questions pour présenter leur mode de vie :

Comment vous est venu ce choix de mode de vie à Maxime, Timéo et toi ? ça a été une assez longue réflexion de ma part surtout car l’apprentissage à la maison implique forcément que quelqu’un soit à la maison, et en l’occurence c’est moi qui devait savoir si je voulais assumer ce rôle. Ensuite Maxime étant ouvert et désirant avant tout le bien-être de sa famille, cela n’a pas été trop dur de lui argumenter mes choix.
Quelles ont été tes/vos peurs ? Mes premières peurs ont été au niveau entente, car nous avons des caractères bien trempés Timéo et moi donc de temps en temps ça bataille. Timéo étant un enfant aux besoins intenses, il faut être très disponible et ce n’est pas tous les jours facile.
Quel est votre quotidien ? chaque matin nous regardons Timéo et moi nos agendas respectifs pour savoir ce qu’il y a « d’important » à faire, ensuite nous partageons nos obligations et nos envies. Et on fait un melting pot de tout ça.
Pensez-vous « armer »votre enfant pour le monde actuel ? Oui bien sûr ! pour vivre dans le monde actuel, il faut être capable d’empathie et d’amour.
Ne pensez-vous pas qu’il aura des lacunes ? Si certainement, comme tout le monde. Chacun a ses préférences. Quand Timéo a envie d’apprendre quelque chose, il le fait pleinement, il ne zappe pas d’une matière à une autre.
Est-ce que les enfants non scolarisés ne sont pas trop protégés ? Qu’est ce qu’être protégé ? Pour avoir confiance en nous, nous avons besoin d’amour, c’est ce que nous essayons d’apporter à notre enfant. Pour vivre en société, nous avons besoin de limites et c’est aussi ce que nous lui apportons. Un enfant non scolarisé réfléchit beaucoup par lui-même et trouve des solutions à ses propres problèmes, ce qui je pense est la voie vers l’autonomie.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Les plus grandes difficultés c’est le fait de ne pas prendre du temps pour soi, en tant que parent instructeur. C’est parfois pesant. Ensuite c’est garder en mémoire qu’il faut s’adapter le plus possible à l’enfant et non l’inverse (on leur met déjà tellement de contraintes). Essayer de lâcher prise et ne rien imposer, ne pas angoisser parce qu’il ne connaît pas telle ou telle notion du manuel scolaire, parce qu’il en connaît déjà tellement d’autres…
Quelles ont été les réactions de votre entourage quand vous leur avez part de votre choix ? En ce qui concerne notre famille, ils ont déjà l’habitude de nos choix un peu atypiques… en ce qui concerne nos amis et bien c’est toujours cette « socialisation » qui revient sur le tapis mais quand on assume ses choix (ce qui n’était pas forcément évident au début) c’est plus facile de faire front. Je pense que le plus dur c’est quand on franchit le cap des 6 ans âge à partir duquel l’instruction est obligatoire.
Que peux-tu dire à quelqu’un qui est convaincu des bienfaits de l’apprentissage en famille mais qui persiste à dire “je ne sais pas si j’ai le courage” ? Et bien il faut essayer et faire confiance à ses enfants. Si possible il faut s’aménager des temps pour soi. Mais effectivement cela ne peut pas convenir à tout le monde. Je ne le conseillerai pas à quelqu’un qui ne supporte déjà plus ses enfant au bout de 2 semaines de vacances!
Ce choix devrait il être vécu comme une évidence, ou est-ce normal de douter ? Je pense que ce choix doit être motivé, soit que l’on ait vraiment envie de pratiquer ce type d’instruction soit que cela soit nécessaire et dans ce cas c’est le bien-être de notre enfant qui motive cette décision. Quand on doute c’est que l’on se pose des questions, et c’est bien de se poser des questions car c’est dans ces moments que l’on ajuste ce qui ne va pas. Les questions qu’il faut se poser…: Suis-je prêt(e)à m’élever au niveau de l’enfant, à répondre à toutes ses demandes ? Suis-je prêt(e) à être un peu en marge et à l’assumer?

Merci à Elodie pour son super témoignage ! Merci aussi à Jennifer, Iris, Mélanie, Quentin et Karine de m’avoir partagée leurs expériences et de m’avoir accueillie chaleureusement au sein de leurs familles.


La suite est ici : bientôt, bientôt… :-)


One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.