Le cœur latin a ses raisons que la raison européenne ignore

Les Européens pensent avec leur tête, les Latins avec leur cœur. Dernièrement, ce constat s’est régulièrement imposé à moi. Et si on en prenait de la graine ?

La raison caractérise les Européens. Réfléchir, analyser, critiquer (spécialité française), planifier, se projeter.

Le cœur, ce sont les Mexicains. Chanter, danser, profiter, partager, rire sans retenue, improviser, et toujours avec le sourire.

C’est caricatural bien sûr, mais disons que c’est parlant.

Ici, personne n’est étonné que je ne sache pas où je vais demain. On me sourit (encore) et on me dit que j’ai raison. Que la vie est courte et qu’il faut en profiter. Combien de personnes en Europe me diraient que je suis déraisonnable, que j’ai quitté un travail confortable pour une lubie ?

Alors oui ici on prévoit moins. On est souvent en retard. La maison est rarement terminée, en éternel chantier. On fait moins d’études. On est davantage dans le faire que dans le penser. Dans le présent que dans le futur.

Mais le bonheur de partager l’instant, d’échanger un sourire (encore et toujours) est bien présent. On se salue dans le bus, on papote en mangeant dans la rue, on considère l’autre comme un égal. La peur de deranger ou de juger est quasi inexistante. On est de fait plus ouverts, moins réticents à sortir de sa bulle.

l’instant. On ne se préoccupe guère du futur. On regarde autour de soi et on rend cet environnement immédiat positif. L’optimisme et la joie de vivre caractérisent vraiment les Mexicains.

Privilégier le cœur, pourquoi ? Les raisons sont multiples et pas toujours celles que l’on croit. D’abord, encore et toujours la religion : les Mexicains sont fatalistes. «Si dieu le veut» est une phrase habituelle. On s’en remet au destin. La pauvreté (vivre avec 2 000 pesos en moyenne soit 100€ par mois permet rarement de se projeter), la violence des cartels (disparitions, assassinats, kidnappings font partie du quotidien), auxquels s’ajoute la maladie (diabète, hyper tension, obésité sont légions) font des Mexicains des êtres ancrés dans le présent.

Qui sait ce que sera demain ? Profitons au jour le jour.

(Jean-Phi rajouterait à cette liste le soleil ! Parce que oui, la météo je ne peux le dénier, joue pour beaucoup sur le moral)

Cette philosophie de l’instant, quelles que soient ces raisons profondes (me voila bien européenne : il faut que je me l’explique et surtout que je la juge !) est des plus rafraîchissantes au quotidien. Les voyageurs vous diront qu’ici, on se sent plus vivants. Car davantage présents à nous-meme et aux autres. L’essence du voyage en somme !

Voyager c’est bien beau, mais éphémère. Alors qu’est ce que j’en ferai dans mon futur quotidien ? J’espère justement revenir avec cette légèreté qui caractérise les Mexicains. Anxieuse, sérieuse, cadrée, autant d’adjectifs qui me définissent «trop» et peuvent être envahissants, au détriment des petits bonheurs. Engranger tous ces sourires et conserver cette petite étincelle, cette ouverture à l’autre, ce typique « todo està bien, no te preocupes » qui fait du bien, serait un grand pas pour moi.

Gagner en légèreté, en voila un chemin difficile pour nous, les rationnels raisonnables. Mais le cœur, nous l’avons, il suffit de lui faire une place plus grande, de l’écouter et de lui faire davantage confiance. De faire taire notre méfiance permanente et surtout de SE faire confiance, à nous et aux autres. Une belle leçon de vie, après 2 mois passés ici.

Encore un mois de «carpe diem» et je reviens vous distribuer tous les sourires reçus ici, promis !

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