La “responsabilité sociale de l’entreprise” va disparaître

Alain G, Sigfox employee, installing a GPS sensor on a wild rhino. Africa, 2016

L’époque bouleversée que nous vivons aujourd’hui est bercée par une quête de sens qui inonde tous les pans de notre société.

La révolution numérique vient fortement bousculer la donne en entreprise, la poussant à adopter de nouveaux modèles hiérarchiques, managériaux, stratégiques. Le collaborateur idéal est un « intrapreneur », un « millenium » censé perfuser l’entreprise traditionnelle d’une culture digitale pour éviter le « adapt or die » que craignent les empires bien campés sur leurs fondations.

La quête d’un monde plus juste, sur fond d’accélération industrielle et économique la plus rapide de l’Histoire, bousculent aussi les valeurs intrinsèques de l’entreprise. Plus question de jeter quatre mots sur un Power Point pour identifier la marque employeur.

La notion même de responsabilité sociale de l’entreprise va devenir un axe majeur de développement, central de l’entreprise, et plus la jolie vitrine de communication à laquelle on l’attribue souvent. L’utilité publique et le business sont les nouvelles mamelles de l’entreprise, qui exerce aujourd’hui un pouvoir sociétal immense. On dit bien de Facebook qu’elle est la première nation du monde avec 2 milliards d’individus !

Les Fondations « à la papa », en France notamment, vont devoir s’adapter à ces grandes transformations, et ont un rôle très important dans la refonte de l’entreprise. Outils de défiscalisation d’abord, les Fondations sont essentiellement créées pour soutenir des programmes associatifs.

Pourtant, elles répondent aux enjeux de notre époque, à l’attente des collaborateurs de faire partie d’une aventure dont ils demandent à être fiers, de l’engagement pris sur des enjeux universels et urgents : l’environnement et la maîtrise du climat, la protection de la biodiversité, le patrimoine transmis aux générations futures, la garantie d’une vie digne pour tous.

D’autre part, les Fondations existantes sont dotées de moyens parfois gigantesques, une formidable manne de soutien à l’innovation totalement inexploitée. Certaines d’entre elles sont “core-business” comme Salesforce.org par exemple avec un programme open innovation baptisé “1+1+1" qui crée un cercle vertueux et permet de sourcer des talents, des idées, avec l’impact comme KPI. Ikea Foundation apparaît elle aussi comme une Fondation ouverte et moderne, en amenant ses co-workers sur le terrain, parfois choisis au hasard, et à raconter leurs expériences sur son blog, elle fait de ses designers des acteurs de leur métier mais surtout de leur engagement à dessiner un habitat pour tous.

Je suis allée à la rencontre de certaines Fondations du CAC 40, elles ont besoin de « rencontrer l’innovation », comme les ONG qui sont encore loin des outils numériques. L’enjeu est bien, comme Ikea, de jouer la synergie en impliquant les collaborateurs sur des actions concrètes, et en les confrontant au monde de l’innovation, qui accélère parfois les solutions.

On verra à l’avenir certaines Fondations et Fonds de dotation ne plus seulement être des organes de défiscalisation, mais des entités agiles qui viendront booster les laboratoires de recherche, iront sourcer les innovateurs, permettront aux startups d’émerger au travers de missions d’impact. Les Fondations modernes seront des plateformes d’accélération de solutions, faisant du corporate venture un tremplin pour financer non plus seulement des programmes, mais des projets d’innovation orientés impact.

Les Fondations scelleront alors leur nouvelle existence dans l’entreprise, dans un processus efficace de transformation, parce qu’elles seront à la fois entité active interne et laboratoire d’innovation ouverte, vecteur de grands changements.

Les fondations de startups

La forte croissance de création de Fonds de dotation ( + 38% depuis 2011, Source CFF) n’est pas un hasard. Bien sûr, la simplification législative a permis ce rebond, mais cet engouement s’explique aussi par l’émergence d’une génération de patrons, plus enclins ouvrir le portefeuille d’actions qu’à penser patrimoine, enrichissement, et tableaux d’art. Une petite poignée d’entrepreneurs créée leur Fonds, très souvent sur deniers personnels, pour adjoindre à leur projet un supplément d’âme, amenant une énergie collective vers des actions d’impact, à fort retentissement.

La tendance est encore timide, mais nous verrons des startups (aujourd’hui Voyage-privé, Showroomprivé, Sigfox…), licornes ou PME innovantes, créer un organe à vocation humanitaire et sociale. Car l’innovation est une formidable source de solutions efficaces pour adresser les urgences: les drones pour transporter des vaccins, les capteurs pour protéger les forêts, les algorithmes pour prédire des catastrophes.

Et ce mouvement du “tech non profit” n’est pas l’apanage des GAFAS (Google, Apple, Facebook, Amazon Nldr). La France, qui ne doit plus chercher à copier, a un rôle majeur à jouer et doit accélérer ce processus. D’abord parce qu’elle porte en elle l’action humanitaire: l’énergie associative est une économie florissante avec 1,3 million d’associations embauchant près de 2 millions de personnes, un exemple européen!

Enfin parce que sa capacité de création et d’invention, ses ressources technologiques, un intéressant écosystème grands-groupes/ETI/Startups peuvent produire des impacts sans précédent.

A condition de cesser de penser que le “ for good” n’a pas d’autre valeur que celle de la communication et l’image, et d’embrasser définitivement l’esprit de conquête.

english version :

CSR will disappear

The troubled period we live today is lulled by a quest for meaning that floods all parts of our society.
The digital revolution has shaken the corporate landscape, forcing companies to adopt new shattering models: hierarchical, managerial, strategic. The ideal collaborator is an “intrapreneur”, a “millenium” supposed to perfuse the traditional enterprise of a digital culture to avoid the “adapt or die” that feared empires well camped on their foundations.
The quest for a better world, against the backdrop of the fastest industrial and economic acceleration in history, also upset the intrinsic values ​​of the company. No more question of throwing four words on a Power Point to identify the corporate branding.
The concept of corporate social responsibility will become a major axis of development, central to the company, and more the pretty showcase of communication to which it is often attributed. Public utility and business are the new breasts of the company, which today exercises an immense societal power. Facebook is said to be the first nation in the world with 2 billion people!
Foundations “à la papa”, in France in particular, will have to adapt to these major transformations, and have a very important role in the redesign of the company. Yesterday’s first tax exemption tool, Foundations are essentially created to support associative programs.
However, they respond to the challenges of our time, the expectation of employees to be part of an adventure they are proud of, the commitment to universal challenges: the environment and climate control, Protection of biodiversity, the heritage transmitted to future generations, the guarantee of a dignified life for all.
On the other hand, the existing Foundations are endowed with means sometimes gigantic, a formidable manna of support to innovation totally untapped. Some of them are “core-business” like Salesforce.org, for example, with an open innovation program called “1 + 1 + 1” which creates a virtuous circle and makes it possible to source talents, ideas. Ikea Foundation also appears as an open foundation, bringing its co-workers in the field and telling their emotions and experiences on its blog.
I went to meet some CAC 40 Foundations, they need to “meet innovation”, like NGOs that are still far from digital tools. The challenge is, like Ikea, to play the synergy by involving the collaborators in concrete actions and confronting them with the world of innovation, which sometimes accelerates the solutions.
In the future, some foundations and endowment funds will no longer be (only) tax-exempt bodies, but agile entities that will boost research laboratories, sourcing innovators, enabling startups to emerge through Impact missions. Modern foundations will be platforms for accelerating solutions, making corporate venture a springboard not only to finance programs, but also to impact-oriented innovation projects.
The foundations will then seal their new existence in the company, in an effective process of transformation, because they will be both an active internal entity and open innovation laboratory, a vector of great changes.
Tech startups foundations
The strong growth in the creation of Endowment Funds (+ 38% since 2011, in France) is no coincidence. Of course, the legislative simplification allowed this rebound, but this enthusiasm is also explained by the emergence of a generation of entrepreneurs, more inclined to open the portfolio of stock options than to think heritage, enrichment, and art paintings . A small handful of entrepreneurs set up their funds, often on personal funds, to add to their project a supplementary soul, bringing a collective energy towards impact actions, with high impact.
The trend is still tentative, but we will see startups, unicorns, creating a body with a humanitarian and social vocation. Because innovation is a formidable source of effective solutions for addressing emergencies: drones to transport vaccines, sensors to protect forests, algorithms to predict disasters.
And this movement of “non-profit tech” is not the preserve of GAFAS (Google, Apple, Facebook, Amazon Nldr). France, which must no longer seek to copy, has a major role to play and must speed up this process. First because it carries with it humanitarian action: the associative energy is a flourishing economy with 1.3 million associations hiring nearly 2 million people, a real European example!
Finally, because its capacity for creation and invention, its technological resources, an interesting large-scale ecosystem / ETI / Startups can produce unprecedented impacts.
It all depends on stopping thinking that the “for good” has no other value than that of communication and image, and definitely embrace the spirit of ‘“french conquête”.

Marion Moreau

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.