Uruguay, Alan García et les manœuvres pour évader la justice

Conformément à sa tradition démocratique et humaniste, l’Uruguay ne devrait pas accorder l’asile politique à García Alan Garcia. Photo credit: José Cruz/ABr — Agência Brasil

Il y a quelques semaines, celui qui a été deux fois président du Pérou, Alan García, a demandé asile politique à l´Ambassade de la République Orientale d´Uruguay à Lima, faisant appel à une soi-disant ¨persécution¨ et à un ¨coup d´Etat¨ de la part de la justice, à la suite d’enquêtes fiscales sur des affaires de corruption durant son second mandat.

L´affaire Odebrecht est en train de mettre toute la classe politique d´Amérique latine en échec ; ce n´est pas une nouveauté. Le cas du Pérou est peut-être le plus évident avec quatre de ces derniers présidents de la République — García, Toledo, Humala, Kuczynski — impliqués dans des enquêtes pour corruption. Mais c´est Alan García qui a internationalisé ce qui, jusque-là, était une enquête de la justice péruvienne.

En premier lieu, il faut rappeler que, selon le Pacte de San José de Costa Rica, ¨toute personne a le droit de chercher et recevoir asile en territoire étranger en cas de persécution pour délits politiques ou de droit commun connexes à des délits politiques, selon la législation de chaque pays et les conventions internationales¨. Cependant, à tous égards, l’ancien président García n’est pas examiné sur des crimes politiques ou de droit commun commis dans un but politique, mais sur un enrichissement illicite : un crime vulgaire aux fins totalement individuelles. L’entrée de García à la résidence de l’ambassadeur uruguayen à Lima a lieu quelques heures après avoir reçu une ordonnance du tribunal l’empêchant de quitter le pays. Bien que Garcia ait accepté l’ordre, il est entré cette même nuit dans la résidence diplomatique.

L’Uruguay — en tant qu’État partie à la Convention interaméricaine sur l’asile politique — doit s’acquitter de son obligation de ne pas donner lieu à une demande d’asile politique de la part d’un individu “inculpé ou poursuivi devant des tribunaux ordinaires compétents et pour des crimes communs”. Alan Garcia fait l’objet d’une enquête pour crimes de droit commun et non politique. La qualité de politicien de la personne investiguée ne rend pas le crime politique !

La corruption est un mal répandu en Amérique latine et il est frappant de constater que face à une lutte frontale menée par le bureau du procureur péruvien — un organe indépendant du pouvoir politique — ceux qui doivent et ont l’obligation morale et politique d´y répondre, éludent la justice en répétant des comportements passés.

En effet, en 1990, García Pérez a mis fin à sa première présidence, laissant un pays dévasté, submergé dans une grave crise économique, sociale et politique. Sa réponse fut d’échapper à la justice et d’attendre que les crimes prescrivent pour revenir. À cette époque, la dictature de Fujimori était le prétexte idéal pour prétendre qu’il n’aurait pas droit à un procès équitable dans son pays et il obtint l’asile colombien. Aujourd’hui, cette excuse n’existe plus : quelle persécution un gouvernement faible, comme celui de M. Vizcarra, dont le premier président, M. Kuczynski a été démis de ses fonctions et empêché lui-même de quitter le pays, pourrait-il organiser ? Et il ne faut pas oublier que les allégations de corruption persistantes ne sont qu’une partie de la controverse concernant Alan García. Malgré les révélations importantes qui ressortent du rapport de la Commission de Vérité et de Réconciliation du Pérou, García n’a jamais assumé la responsabilité des graves violations des droits de l’homme commises pendant sa présidence.

Conformément à sa tradition démocratique et humaniste, l’Uruguay ne devrait pas accorder l’asile politique à García. Il ne s’agit pas de créer un précédent qui permette à ceux qui doivent répondre à la justice pour des crimes de droit commun d´y échapper et de faire de la République Orientale un refuge pour les corrompus.

Traduction: Julie Guillerot