Mutatis mutandis

PokemonGo

Sauf à vivre dans une caverne depuis les 15 derniers jours, pas grand monde, qu’il soit un joueur ou pas, n’est passé à coté du phénomène Pokémon Go.

A vrai dire, ce phénomène ne date pas d’hier, puisque les créatures avaient fait le bonheur des cours de récré, des producteurs de films, d’anime ou de jeux vidéos depuis la fin des 90. Toute une génération a été biberonnée à ces monstres de poche, aux grands yeux et aux pouvoirs surnaturels, faisant suite à ses aînés, abreuvés quant à eux par les robinets à série de la Toei. Kawaï rules the world…

Si la franchise a fait les beaux jours des consoles portables de Nintendo, de la GameBoy à la WiiU, au travers d’un accord exclusif, l’adaptation du jeu sur mobile vient de propulser le jeu dans une nouvelle dimension. Il vient également de craquer la nôtre.

Le jeu reprend le principe du jeu de cartes, mais en instaurant un plateau de jeu mondial et intégrant joueurs comme créatures dans “le vrai monde”. Ainsi, les pokémon se chassent dans les lieux d’intérêts, et les arènes de combat se situent IRL. Le jeu est l’un des premiers à utiliser la réalité augmentée, combinant à la fois google maps (Niantic est une spin off de Google) et la caméra du smartphone pour insérer les monstres dans le paysage urbain (lire à ce sujet l’excellente analyse de Philippe Gargov sur pop up urbain).

Ce faisant, le jeu vidéo vient disrupter la dernière composante de la Nation, le territoire. C’est en effet une entreprise américaine qui “décide” de l’emplacement des zones d’intérêt. C’est elle qui fixe les règles, qui s’appliqueront dans l’espace public. C’est cette plateforme qui se superpose comme un calque à notre réalité et devient, comme Uber ou Airbnb, une sorte de “donneur d’ordres qui n’en est pas un”, utilisant le monde comme un plateau de jeu et le transformant en un gigantesque MMORPG.

Déjà, des voix s’élèvent pour demander des interdictions de “chasse aux pokémon”, déplorer l’implantation de pokéStops devant des lieux chargés de mémoire, ou railler une mode de geeks qui délaisseraient les vrais problèmes du monde.

Pokémon Go est un énième layer virtuel de notre monde à 4 dimensions, mais le premier qui s’intègre véritablement dans l’espace. Alors que les pouvoirs publics n’en finissent plus de geindre sur les GAFA et autres plateformes de réseaux sociaux, l’émergence d’un nouvel espace public augmenté (et privé) vient relancer les dés.

Un monde en strates

Un twittos connu, également rédacteur en chef d’un magazine sur “la société numérique et l’innovation technologique”, a réactivé son compte facebook la semaine dernière. Et sa grande surprise a été de constater la bienveillance du réseau.

“C’est plein d’amour en fait facebook. Je ne suis pas habitué avec twitter. Mais là, je dois dire que je ne m’y attendais pas”

Il commentait le fait qu’il avait reçu plusieurs dizaines de “like” après une quasi réactivation de son compte (en fait, traiter des centaines d’invitations “en retard” et se décider à y poster plus régulièrement).

Comme le sous-entendait Zuckerberg lors de la présentation des émoticônes venant accompagner le “like”, son réseau social est un réseau d’empathie. La tyrannie du like vient surtout du fait que facebook est un réseau de pair à pair, il s’agit ici de partage entre amis. Qu’un commentaire trollesque ou vindicatif vienne obscurcir un statut, et la sanction tombe : unfriendé. Le verbe provient d’ailleurs directement des réseaux sociaux, et n’a été intégré dans le Merriam-Webster qu’en 2014.

Si un SNS reflète un usage, il reflète également une réalité virtuelle; chaque application est à la fois un filtre et un environnement, qui se superpose, voire se substitue, à l’existant. Chaque application est un medium communautaire, avec ses populations, ses règles. On écrit sur medium, on poste l’essentiel sur twitter (on y trolle également beaucoup). Et on like sur facebook.

Néanmoins, chaque couche est amenée à se transformer, puisque ses habitants évoluent. C’est ainsi que snapchat, dont la première promesse était l’oubli (par référence aux posts “sexto” des ados et pré-ados) vient de lancer “Memories”. C’est ainsi que Tinder, dont la première promesse était les rencontres faciles et sans lendemain, s’essaie dans une version plus “amicale”.
Les kidults grandissent, et les couches s’imbriquent et se développent à mesure qu’elles sont appropriées par leurs utilisateurs, ou concurrencées par d’autres.

Chaque réseau fournit, au-delà d’une fonctionnalité, un écosystème qui lui est propre, et qui est approprié par chacun de ses utilisateurs. Des SNS, comme de pokémon Go, on retiendra qu’ils sont les premières briques de la construction du Metaverse, dont la définition sur wikipedia est :

a collective virtual shared space, created by the convergence of virtually enhanced physical reality and physically persistent virtual space, including the sum of all virtual worlds, augmented reality, and the internet.

On se prend alors à repenser à la déclaration d’indépendance du cyberespace, de John Barlow. Snapchat, facebook, twitter, pokémon Go, bientôt Magic, ou WOW, ou GTA IRL. Mais aussi, comme le faisait remarquer le philosophe Raphaël Laugier, EI, comme un cybercalifat… Des mondes qui s’interconnectent et s’imbriquent, des combats dans la vraie vie, ou dans les CGU d’une couche numérique, de la pression sociale, du bubble effect qui caractérise toute appartenance à une communauté. Mais aussi et surtout l’apparition d’un nouveau territoire, qui s’impose aux autres, et qui occasionnera les mêmes controverses qui celles liées à d’autres types d’occupation de l’espace public, mais selon les lois du Metaverse.

Tesla

Le problème que pointent les joueurs de pokémon Go, c’est que le jeu décharge rapidement la batterie d’un smartphone.

A l’heure des appareils mobiles, et autres “wearables”, le problème de la batterie est un problème crucial. On l’a vu avec les Google Glass, dont on peut penser que la durée limite de fonctionnement, 20 minutes, a handicapé le développement. On l’a vu également avec l’iWatch, où l’on a assisté à une régression de l’utilité d’une montre, dont le mouvement est depuis longtemps censé être infini, puisque rechargé mécaniquement.

La semaine dernière, alors qu’Elon Musk publiait sa roadmap — Master Plan, part deux — un petit changement est apparu dans le motto de l’entreprise. Tesla (du nom de ce scientifique américain à l’oeuvre dans le domaine de l’électricité), a incidemment remplacé dans son “mission statement” le mot “transport” par le mot “energy”. Ce qui donne désormais :

Tesla’s mission is to accelerate the world’s transition to sustainable energy

Bien sûr, cette modification anticipe le rapprochement de deux entreprises dont Musk est actionnaire, Tesla et SolarCity. Bien sûr, elle fait sens à mesure que la Gigafactory sort de terre. Mais elle révèle également le positionnement encore plus marqué de Musk sur le secteur de l’énergie, à un moment où l’énergie fossile est au centre des préoccupations environnementales.

Elle intervient également au moment où l’on apprend que le marché de l’occasion auto américain voit les voitures électriques plébiscitées, sans que l’on sache s’il s’agit d’un vrai retournement public ou d’un phénomène de fond.

Dans un monde de plus en plus dynamique, l’autonomie est le pendant de la mobilité. La promesse du smartGrid tient sur des productions locales et réparties d’énergie. Celle de l’homme nomade nécessite de se détacher de la source de production, mais pas de s’en séparer. Se départir du chargeur, le fil à la patte qui entrave le développement de l’autonomie et de la mobilité, est un des enjeux majeurs du XXIème siècle. L’autonomie énergétique, appelée aussi indépendance, qu’elle soit d’Etat ou personnelle, sera également un fait social.