Cartographie de l’Amérique anti-Trump

À l’occasion du premier anniversaire de l’investiture de Donald Trump, voici l’Amérique anti-Trump : dans la musique, les réseaux sociaux, la télévision, la presse, les intellectuels…

1- Presse traditionnelle

La presse écrite s’est engagée dans une posture critique vis-à-vis des politiques menées par Trump.

The New York Times est d’emblée la figure emblématique de ces médias traditionnels. Le quotidien new-yorkais a investi 5 millions de dollars dans la création d’un bureau d’investigation spécial à Washington, composé de 6 journalistes qui couvrent désormais uniquement la Maison Blanche. Trump n’hésite pas, quant à lui, à qualifier le quotidien d’“ennemi du peuple” et de “honte pour les médias”.

Le Washington Post ne lésine pas sur les critiques. Sa dernière couverture du Président est explicite : à l’aune d’une année à la tête de la Maison Blanche, le journal effectue une “Évaluation des dégâts”. Il recense également les 2140 allégations trompeuses et mensongères durant ce début de mandat.

Parmi les autres médias traditionnels, nombreux sont ceux qui partent à la course à la dénonciation des déclarations de Trump. Une vigilance renforcée s’est mise en place dans ce monde médiatique. Au nombre de ces journaux, on peut citer :

  • The New Yorker, fondé en 1925, est un magasine hebdomadaire. L’élection de Trump a amené 100,000 abonnements supplémentaires, atteignant 1,1 million de diffusions mensuelles. Ce journal donne la parole à ceux qui sont affectés par les dires de Trump.
  • Jacobin, magasine new-yorkais, l’un des médias les plus marqués à gauche, décrit cette première année ainsi :
« We knew it was going to be bad. Inaugurate a billionaire that traffics in xenophobia and you can’t expect anything else. »
« Trump has tried to restrict science almost 100 times already »
  • Les dessins : un art de la caricature de Trump qui ne se lasse pas de tourner en dérision des mots parfois durs pour ceux à qui ils s’adressent. Retour sur les caricatures contre les shithole countries.

2. Télévision et chaînes d’info

La télévision ne reste pas en touche des critiques envers le Président américain. Plusieurs pratiques mettent en lumière les dérives de Trump.

Les late-night talk-show

Les late-night show sont des émissions télévisées très spécifiquement nord-américaines, dans un genre hybride, mélangeant informations, humour, entretiens. Ces shows, fréquemment diffusés en dernière partie de soirée, à partir de 23h30, intègrent le genre parodique pour effectuer les critiques politiques. Ces émissions ont vu un tournant dans le traitement de la politique : par le passé plutôt consensuel pour traiter des Présidents, c’est un discours militant et franchement anti-Trump qui émerge depuis une année.

Parmi ces shows critiques envers Trump, on peut citer The Late Show with Stephen Colbert ; Late Night with Jimmy Fallon, Saturday Night Live, Daily Show with Trevor Noah, ou encore le Last Week Tonight with John Oliver.

Les chaînes d’info comme CNN ou MSNBC sont toujours porteuses des critiques contre l’administration Trump ou contre le Président lui-même. Democracy Now! appartient à ces médias contestataires, refusant d’ailleurs d’être financé par des entreprises (il n’y a pas de publicité sur le site) ou par des fonds publics.

3. Des réseaux sociaux aux mouvements sociaux

Il existe une ambiguïté des réseaux sociaux comme vecteur des contestations. D’une part, ils permettent aux critiques de Trump d’atteindre un plus grand public, de répondre directement aux tweets de Trump et d’organiser de manière plus ou moins efficace des manifestations par le biais de hashtags sur Tweeter. On peut ainsi penser à la deuxième édition de la Women’s March, porté par le hashtag #Metoo.

À l’inverse, les critiques anti-Trump sur les réseaux sociaux sont devenus faciles et presque mainstream, qui permettent peut-être de cultiver une forme de narcissisme anti-Trump sans que de véritables engagements politiques soient pris au-delà des réseaux.

Néanmoins, les réseaux sociaux ont permis l’émergence de nombreux mouvements qui se sont consacrés par des marches et des manifestations. Au titre de celles-ci, on peut noter la March for Science qui visait, en avril dernier, à s’indigner de la position de l’administration de Trump à l’égard du monde scientifique, des recherches et de leurs résultats.

Par ailleurs, l’univers des techs est aussi engagé contre Trump, de façon ponctuelle, sur les décisions concernant notamment la neutralité du net. Un article de The Spectator décrit ce combat engagé entre Trump et le monde de la Tech : The great battle of our time has begun.

La Silicon Valley déteste Trump pour d’innombrables raisons. Les principales sont le positionnement [de Donald Trump] vis-à-vis de l’immigration — dont la Silicon Valley dépend pour s’approvisionner en ingénieurs informatiques qualifiés –, et le besoin des géants du web de se faire bien voir par leurs utilisateurs les plus précieux : les jeunes gens aisés. Ceux-ci ont tendance à être de gauche, tout comme la Silicon Valley, tout aussi capitaliste soit-elle.

Le thème des fake news est au coeur de la relation entre Trump et les médias. Inopinément, Trump a renversé les accusations portant sur ses propres fake news en créant les Fake news awards pour établir “the most corrupt & biased of the Mainstream Media”. La palme d’or de l’ “information bidon” est remise à Paul Krugman, Prix Nobel d’économie…

4. Intellectuels et nouvelles revues de gauche

Au-delà du cercle médiatique, de nombreuses sphères de la société civile se sont engagées pour dénoncer les décisions et déclarations du Président. Les intellectuels forment une part importante de cette ligne contestataire.

Les intellectuels de gauche

Noam Chomsky, fondateur de la linguistique moderne, décrit dans son dernier ouvrage Requiem pour le rêve américain les contradictions qui émanent du discours politique tel que le «Make America Great Again» et la réalité de désillusion de la mobilité sociale. Il parle ainsi de la “colère sans objet” de ces citoyens américains, électeurs de Trump. Entretien à retrouver sur le site de Libération.

Paul Krugman et Joseph Stiglitz, deux lauréat du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques, ont vivement critiqué les politiques de Trump, le premier montrant leur inefficacité économique et le second octroyant au Président des “tendances fascistes” :

“We have never had a president who day after day lies and is unaffected by it. Normally everybody you deal with is tethered by a sense of responsibility and truth, but not him. I think the other thing you have seen with some of these fascist leaders is using ‘us versus them’ as a way of dividing society.”

Les libertariens et la droite anti-Trump

Dans le camp des Républicains des États-Unis, certains dissidents n’hésitent pas à faire part de leurs réticences face à leur candidat.

Bill Kristol, journaliste conservateur en faveur de la présence américaine au Moyen-Orient, s’est décrit comme “socialiste, féministe et libéral” face aux positions de Trump.

David Frum, ancien auteur des discours du président américain George W. Bush, est un éditorialiste néo-conservateur membre de l’American Enterprise Institute. Dans son dernier ouvrage Trumpocracy, il revient sur les raisons qui ont poussé les Républicains à choisir Trump contre la démocratie. Il montre ainsi :

When highly committed parties believe strongly in things that they cannot achieve democratically, they don’t give up their beliefs — they give up on democracy.

À la suite de l’annonce du projet de loi visant à réduire les impôts de la part la plus riche de la population américaine, un appel a été lancé par Responsible wealth et Voices for progress. 400 signataires parmi les plus riches des citoyens américains ont signé l’appel à destination du Congrès et des sénateurs républicains. Parmi ces millionnaires, le financier George Soros, le philanthrope Steven Rockefeller, les fondateurs de Ben & Jerry’s Ben Cohen et Jerry Greenfield, l’ancien PDG de la compagnie aérienne Americain Airlines Bob Crandall. Tous s’opposent au projet de réforme fiscale.

« Nous sommes des individus fortunés, certains d’entre nous sont parmi les 1 % les plus riches du pays, et nous nous soucions profondément de notre nation et de son peuple. Nous avons une demande simple : ne baissez pas nos impôts »

5. Musique

Les artistes sont aussi de ceux qui dénoncent inlassablement les discours de Trump. Le 27 janvier 2017, Trump signait le décret prévoyant la restriction des immigrés en provenance d’Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudans, Syrie et Yémen.

Lors de la cérémonie des Producers Guild of America Awards 2017, le producteur et compositeur John Legend (La La Land) a déclaré :

Nous sommes la voix, le visage de l’Amérique. Notre Amérique est grande, elle est libre et elle est ouverte aux rêveurs de toutes origines, de tous pays, de toutes religions. […] Notre vision de l’Amérique est diamétralement opposée à celle du président Trump et je veux ce soir particulièrement rejeter sa vision et affirmer que l’Amérique doit se montrer meilleure que cela.

Pour finir, de nombreux rappeurs se sont opposés dans leurs textes à l’administration et au personnage de Trump. Voici une sélection de ces rappeurs anti-Trump :

Bibliographie indicative

Vous pouvez retrouver le podcast du 21 janviers de l’émission Soft Power attachée à ce médium sur le site de France Culture.

Nathan Marcel-Millet