NPR ou National Public Radio, une radio qui n’est ni publique, ni nationale. Mais formidable quand même – surtout en podcast.

L’une des radios modèles à travers le monde s’appelle National Public Radio (ou NPR). C’est un important network aux États-Unis, un groupe créé en 1970 qui n’est, contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ni public, ni véritablement national.

C’est une association à but non lucratif (en américain le statut officiel est baptisé “501c3” selon le numéro de l’article fiscal concerné), basée à Washington, et reliée à un réseau de stations indépendantes. NPR est également adossé à une fondation non-profit qui gère son « endowment », une dotation de capital placée en bourse, et dont seuls les intérêts annuels sont utilisés pour le fonctionnement du groupe.

Modèle économique de NPR

Le réseau NPR rassemble 849 radios, chacune étant à la fois affiliée, avec une licence propre accordée par la Federal Communications Commission, le régulateur américain, et indépendante de la chaîne NPR nationale (127 autres radios diffusent certains programmes de NPR sans être officiellement membres, soit au total environ un millier de radios). Au niveau local, ces stations sont également à but non lucratif, et parfois publiques, lorsqu’elles sont liées à des universités d’État (deux tiers des stations de NPR sont adossées à des universités publiques ou à but non lucratif).

Les stations affiliées payent à la fois un abonnement annuel à NPR pour faire partie du réseau et achètent des émissions à la carte, librement, comme à une sorte de banque de programmes en « syndication », ce qui représente, avec le mécénat, les aides des fondations et l’appel aux dons des auditeurs, l’une des principales sources de financement du groupe.

Le siège social de NPR à Washington, DC (Etats-Unis)

L’argent public intervient toutefois de quatre manières :

1) Via la Corporation for Public Broadcasting (CPB), une agence fédérale créée en 1967 par le Congrès sur le modèle du National Endowment for the Arts ou de la Federal Communications Corporation. Celle-ci a un budget de 446 millions de dollars par an réparti entre les télévisions comme PBS, les radios comme NPR, mais aussi les nombreux médias audiovisuels locaux ou appartenant à des minorités. CPB compte pour environ 11,4 % du budget annuel de NPR. (Ce financement public a fait l’objet de vives critiques au Congrès en 2010–2011).

2) Les États et villes financent aussi les stations locales de NPR à hauteur de 4,6 % de leur budget général.

3) Via les universités qui sont la plupart du temps publiques : ce qui compte pour 8 % des budgets des stations de NPR

4) Enfin, le budget général comprend de l’argent des fondations (8 %, notamment de la fondation Ford, de la fondation MacArthur, Bill & Melinda Gates, Knight Foundation, Wallace Foundation, George Soros…). Or, selon le modèle philanthropique américain classique, il s’agit aussi, pour une part, d’argent public indirect. En effet, tous les dons des individus, des entreprises et des fondations sont déductibles fiscalement. On peut donc considérer que l’Etat finance plus fortement NPR que ce qui apparaît, via ce manque à gagner fiscal. (De l’ordre de 35 % sur tous les dons, par exemple, si on est taxé au plus haut niveau).

Syndication

Les stations locales produisent aussi leurs émissions, également revendues au network. Ainsi, des émissions phares comme Fresh Air est faite par WHYY à Philadelphie, Talk of the Nation (désormais Here and Now) par WBUR à Boston, On the media à New York alors que The Business est produite à Santa Monica. Chaque station de NPR est donc différente avec, généralement, une partie de programmes internationaux (achetés à la BBC le plus souvent), nationaux (NPR à Washington) et locaux (produits localement). Pour un Français, il est surprenant lorsqu’on écoute Morning Edition de NPR, d’entendre s’enchaîner entre 8h et 8h15, le journal national de NPR (Washington) ; le journal local de la station locale où l’on réside ; le journal international de la BBC, et tout cela complètement mêlé avec un timing efficace (5 mn national ; 3 mn local ; 5 mn BBC ; 5 mn national etc.).

L’audience de NPR et du réseau NPR

NPR et ses stations touchent environ 35 millions d’Américains chaque semaine. L’audience de NPR se concentre généralement dans la catégorie des CSP+ et fortement diplômée (69 % du public a un diplôme universitaire).

Le modèle vertueux de NPR, qui a fait ses preuves dans le temps, est aujourd’hui menacé. L’audience des radios affilées, appartenant aux classes aisées ou fortement diplômées, vieillit. Les auditeurs les plus jeunes privilégient plutôt le podcast ou le streaming (en moyenne un auditeur de NPR en hertzien a vingt ans de plus qu’un auditeur en podcast).

Voilà pourquoi NPR a précocement misé sur le numérique.

NPR fait sa révolution numérique

Le site NPR national a 20 millions de visiteurs uniques chaque mois. 27 millions de podcasts sont également téléchargés chaque mois.

NPR s’est concentré très tôt sur les réseaux sociaux. En particulier sur Twitter qui lui est apparu comme un moyen pour rajeunir son audience. La station a d’innombrables comptes Twitter par sujet, émission et animateurs.

L’une des forces de NPR c’est aussi son application pour smartphone. C’est un véritable média en lui-même. On y entre par les « News », comme si on était dans un média généraliste. On peut ensuite s’y déplacer par « Programs » (les émissions de NPR) mais aussi par « Stations » (chaque station locale que l’on programme en fonction de l’endroit où l’on habite et de celles que l’on préfère). Enfin, on peut se créer sa propre « Playlist » personnelle.

L’application de NPR utilise de puissants algorithmes et un système de « geo-targeting » pour les news locales.

L’application permet de switcher facilement, par exemple, d’une utilisation à domicile à une utilisation en voiture ; mais aussi d’une région à l’autre lorsqu’on est sur l’autoroute. (Un programme baptisé : « Seamless local-national listening plateform »).

NPR s’est également associé aux conférences TED et diffuse certaines d’entre elles sur son réseau.

Le numérique soulève toutefois un problème pour NPR : les auditeurs, tenus de rester sur leur station locale, dans le monde analogique et hertzien, peuvent maintenant écouter n’importe quel programme de NPR à travers le pays. Il y a une forme de déterritorialisation du réseau. Cela suscite beaucoup de discussions et de tensions au sein du groupe et pourrait affecter, à terme, le modèle de la “syndication”.

NPR One

Récemment, NPR a lancé NPR One, une application pour smartphone, qui aimerait devenir une sorte de Netflix pour la radio ou un « Netflix of listening », selon l’expression popularisée par NPR. Il s’agit d’une app’ de podcasts personnalisés qui agrège des émissions de NPR, des programmes des stations affiliées et – choix audacieux – des contenus extérieurs, indépendants du réseau NPR. L’application est basée sur un nouvel algorithme de recommandation très efficace. Une fonction « Explore » a été ajoutée, afin de permettre de découvrir d’autres contenus que ceux que l’on écoute régulièrement.

Le modèle de NPR One est à la fois un modèle de « self curated experience » – on se construit sa propre radio avec les programmes qu’on souhaite écouter – et surtout de « smart curation ».

Références utilisées

Autres documents

Sur la radio en général

  • Un blog intéressant à suivre sur la radio en général : Mark Ramsey Media.
  • De nombreuses études sur les réseaux sociaux et la radio sont disponibles sur le NiemanLab de l’université Harvard et sur le site de la Columbia Journalism Review.
  • Hot Pod, une newsletter de Nicholas Quah, offre d’intéressantes informations sur l’univers des podcast.

Merci à Théo Corbucci pour son aide sur cet article.