NOTICE DAT #1 — Nicolas Mongermont et Cécile Beau, “Radiographie”

Marynet J
Marynet J
Jun 2, 2017 · 5 min read

L’oeuvre Radiographie est un espace dépourvu de tout superflu. Cette installation, créée en 2012 par les deux artistes se structure autour d’un point central, une antenne décamétrique de 4 mètres 60 de hauteur et de 2 mètres 10 de largeur fichée dans du remblai. Un amplificateur de fréquences est couplé à des projections vidéo qui s’étendent sur les murs l’encerclant.

radiographie8 © Cécile Beau

On entre dans l’oeuvre Radiographie comme dans une arène où se déroule une bataille invisible et pourtant bien perceptible. Cette bataille est celle des vagues de fréquences sonores et visuelles qui se percutent sans mesure. Captées, absorbées verticalement par l’antenne totémique qui se dresse et s’impose centralement, ces fréquences proviennent de sphères si lointaines qu’on ne saurait les définir. Champs magnétiques émis par des planètes, astéroïdes et autres éléments gravitant dans l’espace, le pilier de captation permet à notre oreille trop humaine de percevoir les informations qui circulent d’un bout à l’autre de l’univers. Celui ci raccourcit les distances et réduit à notre échelle la chape vibrante qui constitue le cosmos.

Le ciel nous tombe sur la tête et, implacable, en fait danser les spectres sur les murs.

Comme ultime moyen de rendre compte de ce brouhaha cosmique, un projecteur rend visible ces sonorités. En effet, dans une quasi statique et pourtant bien perceptible frénésie, la substance informative sonore aux multiples provenances traverse les airs et vient se coller, se matérialiser sur les parois.

radiographie © Christophe Raynaud de Lage

Ces vibrations infra et extra terrestres nous immergent autant qu’elles nous décomposent par cette saturation écrasante qui prend possession de notre discernement. Néanmoins, au delà de cette sensation humaine terrifiante d’appartenir à un grand “Tout” — car il s’agit bien là des sons de corps célestes rayonnants qui nous parviennent — il s’agit aussi de ceux que nous autres humains avons créés, qui nous entourent et qui s’y mêlent. Signaux morse, informations satellitaires, téléphones portables, radios FM, l’oeuvre assimile et révèle des “chants hertziens”, des “raies spectrales” comme autant de langages qui nous dépassent et que l’on ne saurait décrypter.

L’œuvre dialogue dans l’espace de l’exposition Ososphère, qui prend place dans le bâtiment abandonné de la Coop de Strasbourg, par le dialogue poétique entre la fragile immatérialité des ondes et le béton industriel épais sur lequel elles s’agitent. La fréquence, la reproduction de la manufacture et son lot de machinisme effréné de la Coop s’est effacé. Seuls persistent les échos du labeur dans les mémoires de l’architecture. Là où la manufacture humaine s’est vue abandonnée, n’en subsiste plus que le souvenir des agitations ouvrières qui s’y affairaient et qui faisaient vivre ces murs. Ici, l’oeuvre creuse une percée dans le béton et en restitue les traces de ces énergies qui font vivre nos sociétés, à toutes les échelles. Une volonté de toucher aux cieux là où, depuis toujours, sont censés se trouver nos fantômes.

et dans le même genre ?

Joanie Lemercier, Blueprint, 2015

Joanie Lemercier, Blueprint, 2015

Dans Blueprint, installation audiovisuelle de Joanie Lemercier, c’est aussi la lumière qui rend compte des spectres immatériels. Cette lumière trace, comme sur un blueprint (dessin technique) les agitations géométriques évoquant le processus qui mène à rendre visible une idée, à structurer une pensée imaginative incessante pour capter ce qui nous échappe (“idéation” en psychologie). Ces construction sont celles qui sont jetées sur le dessin technique et qui tentent de mettre en perspective notre environnement à travers l’architecture. Ce flux s’illustre sur les panneaux comme une chorégraphie d’éléments ordonnés, et tente de traduire l’immatérialité de l’espace au sens large, celui de l’infinité des possibles que l’humain tente de toucher.

Biographies de Nicolas Mongermont et Cécile Beau

Cécile Beau, diplômée de l’École des Beaux-Arts de Marseille et du Fresnoy — Studio national des arts contemporains, a développé depuis plusieures années un intérêt pour la matérialité du paysage, notamment au travers de sa dimension sensible avec laquelle l’imaginaire peut composer. Il s’agit là d’explorer les appropriations mentales de lieux en marge de la réalité, projetés par un “au-delà” du visible, un supplément fictif qui leur confère toute leur poésie. Pour les précédentes éditions de l’Ososphère, Cécile Beau a déjà pu donner à apprécier ses travaux, notamment en 2009 avec l’installation Vallen, miroitant la présence de l’ondulation d’une goutte d’eau qui ne se révèle que par sa sonorité, mais aussi en 2008 et 2012 lorsqu’elle présente son oeuvre C=1/√ρχ, une distillerie sonore urbaine filtrée par des verreries délicates. En 2012 également, elle obtient le prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo. Son site : cecilebeau.com

Nicolas Montgermont est un travailleur de l’onde. Artiste et chercheur formé à l’IRCAM, il puise dans son apprentissage scientifique du traitement du signal pour en explorer artistiquement leur physicalité. Porté par une volonté d’étudier les relations entre art, science et médiums en utilisant l’ordinateur comme un atelier, il s’intéresse à la réalité des ondes dans l’espace, à la manière dont elles se déplacent, se transforment et conçoit des dispositifs qui explorent de manière sensible leur essence poétique. Avec le collectif Art of Failure, et souvent aux côtés de Cécile Beau, il a réalisé de nombreuses installations qui tentent de synthétiser le sonore et le visuel. Très actif dans le domaine de la performance audiovisuelle avec chdh et dans la musique expérimentale dans BCK et Yi King Operators, il a également publié chez Art Kill Art. Ses projets ont notamment été exposés au Club Transmediale, à Elektra, MusikProtokoll, à la Fondation Vasarely, au Palais de Tokyo, WRO, iMAL, ou encore au PixelACHE Festival. Son site : nimon.org

Notice d’oeuvre — Guide des médiateurs, Ososphères 2017- Strasbourg.

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