Façade

Je suis à la fois plus con et plus intelligent qu’on le pense. Je peux ressortir du lot, mais j’ai aussi souvent (si ce n’est plus) été celui à cause de qui on a dû niveler par le bas, parfois inutilement. C’est ma façon de me cacher. On a tous une façade, on a tous peur de révéler au grand jour qui nous sommes vraiment. M’aimerait-elle encore si elle savait? M’aimera-t-elle encore quand elle saura? Suis-je celui que je montre ou suis-je mes pensées profondes, celles qui ne s’échapperont pas même après le huitième verre de trop? Ces questions nous hantent tous, et moi, surtout quand je suis avec les autres. Au fond, comme tout le monde. Je ne suis pas de ceux à qui la solitude va bien, et quand je me réfugie dans un mutisme paradoxalement involontaire et conscient, c’est pour me torturer avec toutes les réponses qui affluent, tant leur absence m’accable. Comme on apprécie quand même les balbutiements d’une relation qu’on sait vouée à l’échec, on aime se poser ces questions auxquelles on n’aura peut-être pas de réponses, car on aime se faire des illusions… Demain, ça ira mieux. Demain arrivera demain, et des illusions deviennent désillusions.

Pardonnez-moi, mais je vais parler de moi parce que je suis mon propre lot d’absurdités. Je suis extrêmement narcissique, mais en même temps névrosé jusqu’à la moëlle. Être le centre d’intérêt peut m’insupporter au plus haut point, mais si on pousse le vice assez loin, je n’arrive plus à m’en passer, l’opinion qui me forge le plus, après la mienne, étant celle des autres.

Mon nouvel an, c’est le début de l’été. En juin, malgré quelques allergies qui perdurent, je souffle enfin. Je fais le bilan d’une année forcément « pourrie » et d’un nouveau début forcément « prometteur ». Je me console en me disant que la seule différence entre moi et les autres, c’est un décalage de cinq mois. Bref, ce bilan. D’année en année, il s’améliore, mais d’année en année, il se remplit de questions. Suis-je menteur si je n’ai jamais été aussi honnête qu’ici? (Pardon à toutes mes exes.) Suis-je malhonnête si je continue à arborer ce masque trompeur? Mon rapport aux autres dicte mon comportement, mais mon rapport aux autres change au gré de mes humeurs, donc j’ai plusieurs masques. Je suis pourtant autant moi-même dans n’importe lequel d’entre eux. En changer ne fait pas de moi un autre. Si je vouvoie mes aînés et que je tutoie mes pairs, ai-je changé fondamentalement? Si je traite un ami d’enculé, mais que je ne me permette pas d’en faire autant à d’autres, ne suis-je pas le même jeune adulte qui tente de cacher ses craintes et ses (vaines) angoisses derrière un énième masque? De même que balancer « pute » et autres ne rend pas un texte incisif et son auteur quelqu’un à la plume acérée. « Mais tu es toi-même vulgaire. N’est-ce pas là le comble de l’hypocrisie? » me dira-t-on. À quoi je répondrai : oui, je peux être vulgaire, sans doute pour me donner inconsciemment une fausse contenance désinvolte. Ce qui est certain, c’est que je ne le suis pas par posture. « Comment peux-tu prétendre ne pas être hypocrite? Tu ne peux pas être faussement désinvolte ET sans posture. » Merde! tu m’as eu. Ou presque eu. Je ne suis pas exempt de contradictions, et peut-être d’hypocrisie, mais je précise que je suis le produit de mon époque (et d’une) et que j’ai sournoisement inséré le mot « inconsciemment » pour me libérer de quelconque accusation (et de deux). Quoi? Je suis de mauvaise foi? Malheureusement, je n’ai aucun scrupule à en faire usage avec modération. Au risque de me répéter : je ne suis pas exempt de contradictions et d’un minimum d’hypocrisie.

Tant de digressions pour, au final, dire que je suis mes façades. Je porte fièrement mes masques, ils me permettent de pouvoir aisément slalomer d’un milieu à un autre, d’une personne à une autre, d’une facette de moi à une autre. Tout cela est cohérent, je vous l’assure.

Une autre question me taraude, mais heureusement j’y trouve une réponse — pour changer. Quelle est l’importance de ce texte? Il n’y en a pas : au fond, tout le monde s’en fout. Ce n’est même pas un cri qui brise le silence. C’est un murmure dans la nuit, un murmure qui passe inaperçu, mais je préfère de loin parler de moi que du monde. Je ne connais rien de plus que… moi. Ça aura au moins le mérite d’être vrai. C’est plus facile d’être impudique sur moi-même que de prétendre pouvoir te raconter, toi.

P.S. Mon « on » dit « je ».

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