Les primaires citoyennes, la démocratie directe 2.0

Ils ont 23, 30 ou 71 ans, ils n’ont jamais fait de politique, n‘appartiennent à aucun parti et pourtant ils sont candidats à la présidence de la République française en 2017. C’est possible grâce à des initiatives innovantes , qui utilisent le web pour promouvoir la démocratie directe et un renouvellement des usages politiques.

Capture d’écran du site Laprimaire.org

Selon une enquête Harris Interactiv du mois de mai, 44 % des français jugerait inutile de passer par un parti politique pour désigner un candidat aux élections présidentielles. Leur désamour pour la politique traditionnelle semble donc progresser, à l’image de cet autre chiffre : 88 % seraient pour un renouvellement de la classe politique.

Alors que les primaires se profilent (chez les écologistes : 17 octobre et 4 novembre ; à droite : 20 et 27 novembre ; à gauche : 22 et 29 janvier), des initiatives citoyennes originales ont émergé. Les primaires citoyennes sont organisées sur le net et sont au nombre de trois : La primaire des français, La Vraie Primaire et Laprimaire.org. Leur but affiché : proposer des candidats issus de la société civile et ainsi promouvoir un idéal de démocratie directe, sans avoir recours au système des partis.

Contrairement à La primaire des français et La Vraie Primaire dont certains organisateurs ont un historique en politique, Laprimaire.org est entièrement composé, du côté de la direction comme des candidats, par des personnes issues de la société civile. Ils sont 16 à avoir passé les premières sélections, de tous horizons : jeunes, âgés, actifs ou retraités ils pensent avoir un message à porter. Et s’ils n’ont jamais fait de politique, pour autant ils ne sont pas forcément des quidams.

Un panel de candidats-citoyens originaux :

Roxane Revon a trente ans, elle est professeur et metteur en scène et a axé son programme sur l’Europe. Ses priorités de campagne sont, dans l’ordre d’importance : “Doter l’Europe d’outils démocratiques et d’un budget” “Revaloriser l’éducation, la culture et les langues en France” et “Simplifier les institutions, le nombre de mandats en France”. Cette voyageuse qui a vécu à New York a fait de son expérience à l’étranger une inspiration politique. Elle refuse que la seule solution d’avenir soit “le repli national et l’enfermement”, comme elle l’explique dans sa vidéo de présentation :

Jean-Michel Billaut a 71 ans. Ce retraité, ancien de BNP Paribas est un “pionnier du web”. Il a été nommé personnalité de l’année par l’Association pour le commerce et les services en ligne (ACSEL) en 2010. Le programme de cet adepte de l’avenir 2.0 : instaurer la démocratie directe avec des élections généralisées en ligne, exploiter les ressources du Blockchain pour faire de la politique ou encore informatiser l’accès à la santé. En plus de bloguer régulièrement sur ses sujets de prédilection que sont l’entreprise et la santé, il anime sa propre émission intitulée avec humour le “billautshow”, où il interview en visio-conférence des fondateurs de start-up, comme sur cette vidéo de 2015 où il interview le créateur d’un site de sponsoring :

Ariane Vitellis, à peine 23 ans a de son côté publié un livre et possède également son propre site internet, construit à partir de ses écrits, de ses projets et de ses rêves. Il s’intitule “réenchanter le monde” et elle s’y présente comme une “artiste, essayiste et aventurière”. On peut par ailleurs la voir également en conférence au théâtre à Avignon où elle vit, exposer ses idées sur le monde tel qu’il devrait être, et sur la révolution des “créatifs culturels”, le thème de son premier livre. Les priorités de son programme : “Inspirer une volonté de s’engager au niveau local” et “Recréer du lien social”.

Un concept innovant

L’inscription à Laprimaire.org est gratuite et compte à ce jour 64304 citoyens embarqués. A l’origine du projet Thibauld Favre et David Guez, deux entrepreneurs du web, fondateurs de la start-up Democratech. Seules conditions pour participer : ne pas avoir de casier judiciaire, être « constructif » et « bienveillant » et signer la charte du site.

Le projet se déroule en quatre temps. La phase deux est en cours : 16 candidats ont réussi à recueillir les 500 soutiens sur le site. Fin décembre 2016, il n’en restera plus qu’un. Utiliser les ressources numériques pour organiser des élections n’est pas une première puisque par exemple, le vote est en partie électronique au Vénézuela depuis 2004. Mais en France ces initiatives font figure de pionniers.

Pour l’instant, l’idée relève plutôt de l’utopie, puisque le chiffre de 100 000 citoyens n’a pas encore été atteint (64 % seulement). Mais s’ils y parviennent, les membres de Laprimaire.org comptent présenter leur candidat à l’élection présidentielle… Et si ce n’est pas le cas, ils comptent bien que les aspirations dont leurs candidats-citoyens se sont fait les portes-paroles soient prise en compte par la classe politique.

Dans tous les cas au vu de leur succès, on peut s’attendre à ce que les primaires citoyennes fassent des émules dans le domaine du vote électronique, mais aussi de la démocratie directe, de plus en plus présente dans les revendications citoyennes.