En Marche ? Des promesses à l’épreuve des faits.

La trahison ?

Le grand écart d’Emmanuel Macron et de son gouvernement en 3 points

C’était il y a deux mois à peine. Mon fils mettait dans l’urne une feuille sur laquelle était inscrit un nom : Emmanuel Macron. L’occasion de lui expliquer ce qu’était au juste un président de la république. Quand on a 5 ans, c’est on ne peut plus suffisant. J’aurais également pu lui dire qu’au delà du nom, il votait, comme l’écrasante majorité des français, pour un changement net et accélèré de la classe politique et de la manière d’exercer le pouvoir. Mais le changement on le sait n’est jamais qu’une promesse flou et protéiforme. C’est le mythe des temps modernes, qui parle à chacun différemment. Il fallait attendre quelques semaines pour voir de quoi il était fait.

L’aveu des faits

À présent, nous voilà servi. D’abord beaucoup de discours. De grands principes. Un gouvernement qui se forme puis se reforme, à mesure que les principes et leur application évoluent. Cette semaine, à l’occasion du discours de Politique général du Premier Ministre, j’ai comme tout le monde pris connaissance des actions jugées prioritaires par le nouveau gouvernement. Une a particulièrement retenu mon attention : la loi sur les vaccins. Sujet épineux qui divise radicalement les français. Aujourd’hui aucun discours sur les vaccins n’est intelligible, puisque chaque parti estime que les arguments de l’autre sont irrecevables. Si le sujet passionne autant les français, c’est qu’il touche à ce qui nous est le plus cher : nos enfants et ce qui est le plus intime : notre corps.

Si aujourd’hui je me sens trahi, ça n’est pas parce que le gouvernement a choisi de passer cette loi. Ca n’est pas parce que j’ai amené mon fils à voter pour quelqu’un qui — deux mois plus tard — contraint ma capacité et la sienne à déterminer la manière dont il se soigne. Non les problèmes sont ailleurs, mais ils sont tout aussi profonds.

Quelle moralisation ?

D’abord sur la loi de moralisation de la vie politique. Il me semble que les conflits d’intérêts devraient être au centre de cette loi, or je constate qu’en pratique il n’en est rien. La Ministre de la Santé a beau avoir été rémunérée pendant 14 ans par des laboratoires pharmaceutiques, cela ne l’empêche pas d’assumer la plus haute fonction dans notre pays en matière de santé publique. Pas plus qu’hier, nous n’échappons au jeu des chaises musicales souvent observé à Bruxelles où Washington, où le passage du privé au public puis au privé est la règle. Peut-être le Président attend-t-il qu’un scandale frappe sa Ministre de la Santé pour prendre ses dispositions, comme il l’a fait avant elle avec son Ministre de la justice (un beau symbole pour commencer) et son Ministre de la Cohésion des territoires. 
Ce que je retiens sur cette moralisation c’est : beaucoup de paroles sur l’esprit, un fort volontarisme sur la lettre, une vraie inconséquence dans la mise en pratique — à mille lieux de l’esprit.

Première leçon : de fait et ça ne change pas, le pouvoir en place préfère subir les scandales qui l’assaillent plutôt que de les prévenir. Faisons confiance à la démocratie et à ses meilleurs défenseurs — les medias — pour servir de contre-pouvoir comme il se doit.

Quelle méthode ?

Ensuite sur la méthode. Le Président a bâti son storytelling présidentiel sur la concertation locale, la création de cercles participatifs citoyens. La Ministre de la Santé il y a quelques semaines parlait de même de partenariats avec les familles en matiére de politique de Santé, sans doute pour atténuer l’impression que le pouvoir donnait (déjà) d’imposer ses vues, vite et fort. Aujourd’hui dans la pratique, nous assistons à un passage en force sur un sujet polémique. Pourquoi ? Pour résoudre les incohérences entre la loi et le marché (certains vaccins comme le DTP n’est plus commercialisé seul). De fait, c’est le marché qui prime.

Le temps de la concertation du reste serait passé, le Comité d’orientation de la concertation citoyenne ayant rendu son verdict. L’heure est donc venue de passer à l’action. Mais quelle action au juste ? Les rapports de Madame Hurel et du comité citoyen présentent plusieurs approches possibles : l’exercice ou non de la clause d’exemption par exemple, le contrôle vaccinal à l’entrée des créches. N’est-il pas opportun de les discuter de façon posée, et de revisiter par la même occasion la clause de conscience ? 
Non, le texte de loi devra être rédigé avant le 08 Août. Qu’il est décevant de voir le gouvernement avancer aussi rapidement et presque en douce. Ce sont des pratiques d’un autre temps, qui ne devraient plus avoir cours aujourd’hui. Pas chez des personnes de notre génération, pas dans un gouvernement qui incarne le renouvellement.

2éme leçon : si les têtes changent, les pratiques restent. Archaïques et déplorables. Si l’on peut sur ce point s’appuyer sur les média pour être informer et alerter, la société civile de toute évidence devra se mobiliser autant si ce n’est plus qu’avant, des cet été. Cette mobilisation commence le 8 juillet, et se poursuivra à l’automne lorsque le texte passera devant le Parlement.

Un parti libéral ?

Enfin sur le plan des idées, il me semblait que si En Marche n’était ni de droite, ni de gauche, la philosophie qui portait le mouvement était libérale. Je songe à cette analyse de Erwan Le Noan :

« Le libéralisme d’Emmanuel Macron se concentre sur l’individu et sa capacité à se déployer pleinement.”

Loin de s’inscrire dans cette pensée, le projet sur les vaccins fait primer le libéralisme économique sur le libéralisme politique. Un libéralisme bien plus précieux pour les citoyens, puisqu’il protège leurs droits fondamentaux et leur capacité à exercer leur liberté. Parmi ces droits fondamentaux, la famille et la santé. Prendre acte de cette liberté, c’est a minima accepter qu’en conscience un citoyen se sous-traie à une loi, qui va à l’encontre de ses valeurs et de celles qu’il veut transmettre à sa famille. Rendre tout obligatoire, c’est nier cette liberté et prendre le risque de marginaliser ceux qui y tiennent.

Qu’il soit nécessaire pour réformer la France de gouverner par ordonnances, c’est probable. En revanche rien de bon ne sortira d’une politique qui contraint les individus à faire des choses contraires à leurs principes. Il est même probable, à lire Madame Hurel, que rendre les vaccins obligatoires ne serve à rien :

“ Jusque là, la France a des taux de couverture vaccinale comparables voire meilleurs que les autres pays pour les vaccins obligatoires, mais moins bon que certains pays pour la plupart des vaccins recommandés”

C’est sans doute qu’il y a tout à gagner à donner le choix et à faire confiance aux Français, en respectant leurs positions, quelles qu’elles soient.

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