Paris Istanbul


Samedi 5 avril 2014, 6.00.

Bordeaux dort encore. Mais, il est temps de partir. 3000 kilomètres nous sépare de ma destination finale.

Il y a de la route !

Le temps d’un café au bar PMU de porte de Bourgogne (car vaut mieux y aller doucement mais surement). Je rencontre un jeune complètement éméché. Il me demande « Et toi tu vas où comme ça avec ton gros sac »

« A Istanbul ».

Le garçon veut m’inviter un demi. Je lui réponds que non. Que j’ai de la route. Il me commande un café. Effaré par mon projet, il me questionne. Il est sept heures pile, je dois décoller. « Au revoir et bonne chance » me disent le taulier et le jeune-homme dans le même élan de bonté. Départ vers le tramway Buttiniere sur la rive droite qui me rapprochera de l’entrée d’autoroute. Je marche deux kilomètres jusqu’à une station-service Total puis m’attaque à l’autoroute transeuropéenne E70.

C’est parti. Cap sur Istanbul !

De bon matin, il fait un temps maussade, et il y a très peu de passage. En plus, la station-service est encore fermée, les voitures ne s’arrêtent pas. J’ai entendu que l’A89 était l’autoroute la moins empruntée de France car la plus chère. Ce n’est pas de bon augure.

Bon allez, j’arrête d’y penser. Il faut y croire après tout, et puis de toutes mes aventures en auto-stop, je m’en suis toujours sorti. Alors pourquoi pas cette fois-ci ?


De longues heures d’attentes mais j’avance, e longues heures d’attente, mais j’avance. Avant Périgueux, dans une station-service, je demande à un automobiliste s’il peut m’emmener. En voyant son état d’ébriété évident, je décide d’attendre.



Le soir, à 22.00, on me laisse au bord d’une petite route. Il fait nuit, l’endroit est à peine éclairée. Une voiture toutes les cinq minutes environ. J’ai entendu à la radio dans la voiture précédente que le tunnel de Fréjus fermait à 23.00 pour travaux. Et ce jusqu’à cinq heure du matin. Il ne me reste que cinquante minutes. Je commence à m’impatienter. Le peu d’automobilistes qui passent ne s’arrêtent pas.

L’heure tourne et je commence à me faire à l’idée de trouver un abri pour la nuit. Mais je suis si proche de l’Italie, plus que trente kilomètres avant le tunnel. Je n’ai pas envie de passer la nuit ici, il faut que j’atteigne une station-service, mais j’ai quitté l’autoroute et il est déjà tard. Et puis nulle part où s’abriter, tout juste un abribus, pas de village à moins de quatre kilomètres.

Je désespère. Le moral est au plus bas.

Et soudain.

Les phares d’une voiture m’illuminent et s’approchent de moi.

Je ne peux distinguer le visage du conducteur. Je m’approche, et aperçois une jeune fille d’une vingtaine d’année, en robe de soirée. Elle me demande d’une voix incertaine ma direction. Je lui dis que je vais au tunnel.

« Je peux t’approcher d’une quinzaine de kilomètres ».

La jeune fille décide finalement de faire un détour de plus de dix kilomètres pour m’approcher jusqu’au dernier village avant le tunnel.

Il est 22.40. Plus que 20 minutes et il fermera ses portes. Une autre automobiliste m’embarque et me dépose un kilomètre avant l’entrée.

« Je dois te laisser là car je ne pourrai plus faire demi-tour à l’entrée du tunnel »

Plus aucun passage, il fait nuit noire, l’entrée n’est plus qu’à un kilomètre. Je marche jusqu’à l’autoroute, la pente est très raide, mon sac devient lourd, très lourd. Je marche le dernier kilomètre au bord de l’autoroute sur la bande d’arrêt d’urgence. Dans la pénombre. Je suis essoufflé et malgré le froid des Alpes, je transpire. Chaque virage me parait interminable et je ne distingue toujours pas les lumières de l’entrée du tunnel. Un virage, puis deux, je souffre énormément mais je dois continuer. Au bout d’une quinzaine de minute, mon calvaire prend fin. J’arrive péniblement à l’entrée du tunnel.

Exténué.

Heureux d’être enfin devant ce fichu tunnel, mais ce n’est pas tout. J’espère ne pas devoir passer la nuit ici. Si proche du but. Arriver en Italie la première journée est l’objectif que je me suis fixé.

22.55, une voiture arrive enfin. Je sais que ce sera mon unique chance. Je fais des grands gestes.

Miracle.

La voiture s’arrête. Un albanais dans une voiture de luxe. Je lui demande sa direction en anglais. «Verona » me répond-il.

Je saute dans la voiture et nous passons le tunnel à 22.58. Dans le doute, je lui demande de me laisser dans la première station-service en Italie à la sortie du tunnel.

Arrivé sur place, une carte du pays, je me rends compte que Verona était bel et bien sur ma route. Que je viens de perdre 300 km! Je le savais, j’aurai du étudier ma route mieux que ça ! Je me console en pensant que d’être arrivé en Italie le premier jour était l’objectif, et que c’est déjà pas mal.

Je mange un sandwich préparé la veille et décide de dormir dans le pont qui relie les deux stations entre-elles de chaque côté de l’autoroute. Il y fait chaud, car le lieu est couvert. Je déplie mon tapis de sol et mon sac de couchage. Bonne nuit !

Le lendemain très tôt, je continue la route en direction de Turin, puis Milan. Aux environs de Milan, j’apprends qu’il est interdit de faire du stop sur l’autoroute. La « Polizia » menace de m’arrêter. Une jeune policière d’environ 23 ans a décidément soif d’autorité. Elle me parle mal, me hurle dessus. Je ne comprends pas grand-chose, mais lui signifie que nous sommes au bord de l’autoroute et qu’à moins de partir à pied par la bande d’arrêt d’urgence, je n’ai d’autre choix que de continuer en auto-stop.


« C’est la loi italienne, alors tu dois la respecter »



Je lui réponds que je veux bien respecter la loi mais que je n’ai pas d’autres solutions. Car la station est éloignée de tout, je ne peux même pas partir à pied. Elle s’énerve, fait de grands gestes puis fait mine de sortir de sa voiture pour me passer les menottes. Surpris par la bêtise de cette jeune policière, désespéré par la stupidité de son acte, je lui demande comment sortir de la station-service. Elle me dit de prendre un petit chemin depuis lequel je pourrai rallier une route. Je suis les indications de cette jeune policière, marche jusqu’au chemin, marche, marche et marche encore. Avant de me rendre compte qu’il n’y a pas de route.

Elle m’a mené en bateau.

Je retourne à la station-service très énervé. Les deux voitures de police sont toujours là.

Je dois attendre que ces satanés policiers quittent la station-service avant de reprendre le stop. Espérons qu’ils n’y passent pas la journée. Mais décidément ils n’ont pas l’air pressé. Je me dis que les bandits eux n’attendent pas, et qu’ils feraient mieux d’arrêter les voleurs au lieu de rendre la vie impossible à un pauvre auto-stoppeur. J’erre dans la station-service et fais la rencontre de plusieurs camionneurs polonais. Le Dimanche, les poids lourds n’ont pas l’autorisation de circuler. Les chauffeurs profitent du soleil en cuisinant à l’extérieur et en buvant quelques bières.


Ils m’invitent à manger une « soupe traditionnelle polonaise ». Œuf dur, Patate et lardons. Le genre de soupe qui réveille ! Ou pas. Ce n’est pas de refus. A la fin du repas, une soudaine envie de sieste. Mais les policiers sont enfin partis.


Je dois continuer en direction de Venise. Un couple d’automobiliste, impressionné par mon projet de me rendre à Istanbul en auto-stop m’invite à passer la nuit dans leur canapé à Santo Dona di clave proche de Venise. Une douche, un sommeil réparateur.

Lundi matin, on me laisse à l’entrée de l’autoroute. 3 heures d’attente qui me paraissent interminables sous le soleil, et c’est parti pour Trieste, ville frontière avec la Slovénie.

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