Emmanuel Macron : l’alignement des planètes continue. Qu’en fera-t-il?

Stratégie de communication globale redoutable, storytelling aussi percutant que rafraîchissant, une conjoncture politique favorable comme jamais : Emmanuel Macron, fraîchement élu Président de la République française, continue à bénéficier d’un exceptionnel alignement des planètes en sa faveur.

En effet:

  • La croissance qui repart : jamais depuis la crise de 2008 l’économie française n’a été dans une situation aussi favorable, la croissance française accélère +0,5% au Q2 vs +0,3% au Q1. Le PIB français devrait croître sur 6 mois en 2017 autant que sur toute l’année 2016. A titre de comparaison, pour retrouver une situation économique aussi propice aux réformes il faut remonter à 1997 sous Lionel Jospin.
  • Les législatives allemandes du 24 septembre prochain : Angela Merkel (CDU, droite) et les sociaux-démocrates draguent de concert le soutien d’Emmanuel Macron. Mieux encore, Sigmar Gabriel Ministre des Affaires Etrangères a lancé un appel à soutenir la France en infléchissant l’orthodoxie budgétaire allemande. Enfin, nous devrions voir la création d’un fonds franco-allemand d’investissement dans le numérique et ses infrastructures de quoi soutenir encore plus la croissance naissante.
  • Les effets du Brexit qui tendent enfin à rendre la France plus attractive : c’est en tous cas ce que nous apprend le Times avec une enquête menée auprès de 2000 patrons des achats européens. On y apprend que près de la moitié des sociétés européennes, 46% plus exactement, ayant des fournisseurs au Royaume-Uni sont en quête de remplaçants européens.

Enfin, si l’on en croit l’Histoire, rien n’est absolument étanche à une volonté réformiste sincère.

Prenons le Royaume-Uni en 1979 : perte de puissance coloniale et syndicats tout puissant incapables de dialogue social compromis = Margaret Thatcher a changé la donne, que l’on soit d’accord avec la méthode ou non.

L’Allemagne des années 90 : un état de “reformstau” par l’opposition systématique des Landers et le jeu des majorités au Parlement = Schröder fit un deal utile et salutaire avec l’opposition emmenée par Merkel pour enfin réformer le pays.

Ces deux exemples européens nous donne espoir et “en même temps”, comme dirait notre nouveau Président de la République, nous indiquent la marche à suivre : la limitation maximale et sincère du cynisme dans l’action politique est le gage suprême de toute réelle réforme en profondeur trans-partisane d’un Etat démocratique.

Il faut simplement revenir aux écrits de Rousseau sur l’action publique oeuvrant pour l’intérêt général et le bien commun.

Peut-on en espérer autant de “La République En Marche !” ?

A l’aune du spectacle actuel (si affligeant) des investitures, des tractations partisanes plus cyniques que jamais pour un casting gouvernemental de casse politicienne, des compromissions idéologiques pour piller et détruire les partis traditionnels et tout ce qui s’oppose au “renouveau”, des tentatives de création de parlementaires encore plus godillot qu’avant soumis à un mandat impératif tout bonnement anticonstitutionnel, des cavaliers législatifs pressentis, annoncés et assumés par ordonnances, des mises à prix législatives sur tout parlementaire entre 30 et 45 ans qui ne serait pas venu faire génuflexion…

Je pense qu’on peut légitimement en douter. Laissons sa chance au produit certes, mais restons vigilant, et SURTOUT ne lui donnons pas une majorité confortable au Parlement.

La coalition pré-législative est une faute philosophique, morale et politique à mon avis. L’opposition républicaine constructive, la voie du milieu, me paraît être la bonne notamment pour la droite et le centre.

N’oublions surtout pas que si Emmanuel Macron échoue pour la France, mais réussi pour son mouvement politique et sa carrière, l’opposition de demain en 2022 sera incarnée par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Est-ce réellement la France que nous souhaitons pour nos enfants et nous-mêmes ?