Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 1/4

La fête — Ceux qu’elle surprend - Marcel Roux - 1905

SOMMAIRE GÉNÉRAL:
-Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 2/4: De Khan al-Assal à la Ghouta
-Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 3/4: Guerre informationnelle à Khan Cheikhoun
-Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 4/4: Une analyse biaisée de la situation politique et sociale syrienne

-Addendum 1: La production de Sarin de la secte Aum Shinrikyo

Les notes de bas de pages comportent parfois des informations complémentaires par rapport aux liens hypertextes parsemant l’article.

En février 2003, Colin Powell présente devant le Conseil de Sécurité de l’ONU un dossier sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak. L’impact de cette intervention -dont le contenu sera d’ailleurs critiqué quelques jours plus tard par ce qu’on appelle aujourd’hui les « médias dominants » (The Guardian, Reuters, CNN, Channel 4,…)- se fait encore sentir aujourd’hui. La photo de Powell présentant une supposée fiole d’anthrax est utilisée de nos jours comme argument massue par ceux qui veulent remettre en cause les versions des faits présentées par les administrations et la presse occidentales, tout particulièrement en ce qui concerne la Syrie. En effet, pour un œil non-averti les similitudes seraient flagrantes dans les discours occidentaux de 2003 et des années 2010 sur l’Irak puis la Syrie. Des armes de destructions massives, une volonté d’intervention, l’impérialisme américain,…Mélanger ces ingrédients au blender donne en effet une impression de déjà vu.

Pourtant les situations en 2003 puis de 2011 à 2018 sont bien différentes. Nous devons ainsi rappeler que l’intervention de 2003 par la coalition menée par les USA et la Grande Bretagne n’a pas fait l’unanimité, l’Allemagne et la France ayant par exemple présenté une résolution commune avec la Russie pour l’empêcher¹. De même, la DGSE a présenté en 2003 au président Chirac des analyses allant à l’encontre de celles proposées par la CIA et le MI6 (ces dernières bricolées de façon plus ou moins habile)². Malgré cela les milieux conspirationnistes tentent, et réussissent, à maintenir la confusion. Des organisations et des individus qui n’auraient jamais été tentés par certaines théories conspirationnistes sur le 11 septembre reprennent maintenant l’argumentaire développé par la Russie et le gouvernement Syrien avec l’aide de leurs relais occidentaux (principalement à l’extrême droite et l’extrême gauche, mais par capillarité dans l’ensemble du spectre politique).

Cela nous amène alors au dossier en trois parties que nous avons étudié pour disséquer la rhétorique conspirationniste. Ces articles ont été postés entre le 6 avril et le 4 juillet 2017 par un nommé Philippe Lemoine sur son blog³. Il se présente comme « étudiant en thèse à l’université Cornell aux États-Unis dans le département de philosophie, […] spécialisé en logique et philosophie des sciences ». Cela est aisément vérifiable quand on consulte le site web de l’université sus-mentionnée. Devant notre scepticisme quant à ses déclarations sur la Syrie, Monsieur Lemoine nous avait orienté de manière péremptoire vers ses textes qui, à première vue et pour le néophyte non-informé, semblaient convaincants et abondamment sourcés. Mais quelques mois plus tard nous décidions de vérifier les allégations contenues dans ces articles. Nous présentons donc ici les résultats de cette recherche au cœur du système conspirationniste où s’amalgament faits, arguments ayant l’apparence de la rationalité et inventions pures. Nous avons procédé en interrogeant les arguments présentés les uns après les autres mais sans décortiquer toutes les sources citées dans le détail. En effet, comme nous le verrons plus bas, quand une source utilisée par Philippe Lemoine nous semblait être de piètre qualité nous n’avons pas voulu dépenser un surplus de temps et d’énergie pour un résultat connu d’avance. Certains auteurs cités par Lemoine et ses sources étant ainsi connus et reconnus comme des affabulateurs semi-professionnels ou des idéologues aveuglées par une vision du monde qu’ils tentent à tout prix de faire concorder avec la réalité.

ATTAQUER LES MEDIAS ET RELAYER LA PROPAGANDE RUSSE :LE BROUILLAGE DES PISTES

M. Lemoine lance sa déconstruction de « la version officielle » en attaquant un article du NY Times concernant l’attaque chimique sur Khan Cheikhoun, écrit par Anne Barnard et Michael R. Gordon et paru le 04 avril 2017. Un élément qu’il relève prête en effet le flanc à la critique : l’article ayant été publié le jour même de l’attaque sur Khan Cheikhoun, peut-on dire que ses auteurs ont le recul nécessaires pour pointer du doigt les responsables du carnage? Sauf que les conclusions sont au conditionnel. Voici ainsi ce qu’on peut lire dans le dernier paragraphe du papier du NY Times :

« A chemical weapons attack, if carried out by the government, would be a brazen statement of impunity, coming during a major international meeting in Brussels where officials are debating whether the European Union and other countries will contribute billions of dollars for reconstructing Syria if it is presided over by a government run by Mr. Assad. »

L’impression que le régime d’Assad est derrière l’attaque est en effet forte, mais jamais définitive.

Philippe Lemoine nous explique ensuite que les témoignages recueillis par les journalistes ne sont pas crédibles, la zone étant « under the control of Al Qeda in Syria » et que les civils seraient par conséquents dans l’impossibilité de s’exprimer librement. Cet argument est utilisé à nouveau, avec un élément supplémentaire, dans le deuxième article du dossier de Monsieur Lemoine :

« Many people also said that the found the testimonies of some of the victims of the attack in Khan Sheikhoun convincing, but their testimonies are largely irrelevant to the question of who is responsible and, as I already noted in my original post, they are not reliable because the area where the attack took place is under the control of Al Qaeda. They are irrelevant to the question of who is responsible because, for the most part, they only bear on whether chemical agents were released in Khan Sheikhoun, which nobody denies, not even the regime. Moreover, if sarin was indeed used in the attack, many are clearly unreliable since they mention a very strong smell, even though sarin is odorless. For instance, a few days after the attack, the Guardian published this piece after one of its journalists who was able to go to Khan Sheikhoun. One of the witnesses he interviewed, a member of the White Helmets (whose unreliability I already discussed in my original post), claimed that he “could smell [the gas] from 500 metres away”. If the author of that piece, who starts by saying that the symptoms exhibited by the victims were consistent with exposure to sarin, was surprised by this claim, he doesn’t show it… Again, since the are is under the control of Al Qaeda, the testimonies of victims shouldn’t be taken very seriously anyway. Indeed, even when the victims were transported to a hospital located elsewhere, they probably still have family in the area that could be harmed if they contradict the official narrative. It’s remarkable that, when I make this totally obvious point, I’m treated as if I was saying something completely extravagant. But again I’m just asking that we apply to the same standard we would apply to the testimonies of civilians who live under the control of the regime. »

Bien que l’utilisation de sarin soit désormais certaine comme nous le verrons plus loin, on a également avancé l’idée que du chlore ait pu être lancé au même moment sur Khan Cheikhoun ce 4 avril 2017, ceci expliquant l’odeur rapportée par des témoins. Si, dans son rapport S/2017/904, le Mécanisme d’enquête conjoint de l’OIAC et de l’ONU conclu à l’utilisation de sarin, « l’odeur de Javel constatée donnait à penser que du chlore pouvait également avoir été largué. Le Mécanisme n’a pas pu exclure le largage de chlore, mais il a concentré son enquête sur l’utilisation de sarin ». Médecin Sans Frontières a ainsi également pu supposer que du chlore avait peut-être été utilisé en parallèle du sarin :

« A number of victims of the attack on the town of Khan Sheikhoun were brought to Bab Al Hawa hospital, which is located 100 km north, near the Turkish border. Eight patients showed symptoms — including constricted pupils, muscle spasms and involuntary defecation — which are consistent with exposure to a neurotoxic agent such as sarin gas or similar compounds. The MSF team provided drugs and antidotes to treat patients, and provided protective clothing for medical staff in the hospital’s emergency room. MSF medical teams were also able to visit other hospitals where victims of the attack were being treated, and reported that victims smelt of bleach, suggesting they had been exposed to chlorine. These reports strongly suggest that victims of the attack on Khan Sheikhoun were exposed to at least two different chemical agents. »

Il serait tentant d’en rester là, la présence de chlore au côté du sarin contredisant les propos de Philippe Lemoine et nous permettant d’afficher une autre de ses erreurs. Mais Dan Kaszeta, que nous présentons plus bas et avec lequel nous avons communiqué¹⁰, nous a apporté une autre explication. Si les témoins ont senti une odeur se rapprochant de celle de chlore, il faudrait en réalité aller chercher vers la combustion des différents composants et sous-produits du sarin :

« A mix of Sarin and chlorine makes zero sense. The type of bomb dropped on Khan sheikhoun could not have held both at the same time, and likely would have not been able to hold chlorine.
Also, here’s the thing with the strange odours… A wide mix of residual chemicals was found at the Ghouta, Khan Sheikhoun, and other Sarin sites.
All of these other things, like IMPA, DIMP, pyro, DIPF, etc, may smell. But the smell of these things, particularly in odd combinations, is not well documented because these situations rarely occur.
Even the guys who make small amounts of DIMP for analytical purposes can’t tell you what it smells like.
Add into the scenario the fact that the bomb was explosively detonated. This means that some part of these components make have been combusted. Nobody knows what Hexamine + Sarin + DIMP + HF salts smells like when burning.
Also, there’d be some HF in the mix, which has a pungent odour. »

Et après lui avoir demandé si des témoins et les membres de MSF aient pu confondre ces odeurs pour celle du chlore voici sa réponse :

« Indeed. We don’t know much about what these things smell like.
It’s not as if we take all the weird exotic toxic chemicals and pay people to smell them and writing notes. Also, if chlorine smell is one of your frames of reference because you’ve smelled it a bit in your life…. »

Il est donc improbe d’écarter des témoignages expliquant qu’une odeur de gaz ait été sentie en expliquant que le sarin n’a pas d’odeur. Nous parlons ici de sarin pur, car dans la réalité les expériences diffèrent face au sarin. En ce qui concerne les attaques contre le métro de Tokyo en 1995 (dont nous reparlerons dans la deuxième partie de notre dossier) certains passagers ont sentis une très forte odeur alors que d’autres individus exposés n’ont pas rapporté d’odeur particulière¹¹. Conclure au fait que le témoin cité par le Guardian mente car il explique avoir senti une certaine odeur -dont on ne connaît pas la nature- est une fraude au réel.

Il est donc ensuite étrange que M. Lemoine ne s’embarrasse pas de précautions particulières quant à l’expression des Syriens et la crédibilité de leurs témoignages pour évoquer, dans son troisième article, le sondage¹² réalisé par ORB International dans le but de prouver que les habitants du pays de Cham soutiendraient Bachar el-Assad :

« In fact, according to the only serious poll we have about public opinion in Syria (there are other polls about Syria, most of which support the view that Assad is popular, but they can’t be taken seriously), it seems that Assad has more support in the country than anyone else. This poll was conducted in 2015 by ORB International, a polling firm based in London. It found that 47% of respondents had a positive opinion of Assad, against 50% who had a negative opinion of his influence. By contrast, only 35% had a position opinion of the Free Syrian Army (which is supported by the West), against 63% who had a negative influence of it. […]The only point I’m making is that, even though the media constantly repeats that the Syrian people is unanimously opposed to Assad, this is obviously false. The truth is that a large part of the population, perhaps even a plurality, is supporting the regime. Anyone who claims that we are in a position to say more than that is either a fool or lying. »

Pourtant si l’on se fie à ce sondage de 2015, les habitants de Raqqa semblent soutenir l’Etat Islamique (71% d’opinion positive dans les régions contrôlées par l’EI). Cela aurait-il quelque chose à voir avec la méthode du sondage? Voici, selon Johnny Heald d’ORB International, la méthode utilisée par l’entreprise pour recueillir ses données à Raqqa et dans les zones contrôlées par l’EI¹³ :

« In the IS-controlled areas of Raqqa for each survey we visit the head of the town and ask him for permission to randomly interview people. His response is ‘so long as you are not an international media station and pull out video cameras, I don’t mind you doing this’. Why is this his reaction? Because, as the data verifies, many of those living in Raqqa now are happier since IS took over. They welcome the security, they see IS trying to help the people with electricity, with food, with petrol. In many respects it is a story they are keen to tell. »

Il est pourtant fort probable que ces enquêteurs aient été suivis par les agents de l’Amniyat, les services-secrets de l’EI sur lesquels Mathieu Suc a écrit pour Médiapart¹⁴. Dans ces conditions on voit mal les habitants de Raqqa s’exprimer librement. Un article de Radio Free Europe¹⁵ repris par PartnershipBlog¹⁶ critique également les méthodes de sondage d’ORB International :

« A Syrian activist Abu Ibrahim Raqqawi described these results as “crap”. ORB would not provide RFERL with information about the polling methodology used in Raqqa (being parsimonious about methodology information was also a complaint in the ORB Iraq deaths survey). Johnny Heald who runs ORB told the BBC that IS agreed to the poll because “as the data verifies, many of those living in Raqqa now are happier since IS took over.” This suggests ORB sought permission from IS to conduct the poll. Since Islamic State is also widely reported as ruthlessly suppressing free speech, it seems highly unlikely the people surveyed were chosen at random and allowed to freely express themselves.
As the Assad regime has also been widely reported for over forty years as ruthlessly suppressing free speech, it seems highly likely the same problem applies to ORB surveys in regime controlled areas. According to the 2015 survey 67% in regime controlled Damascus felt Bashar el-Assad had a completely positive influence, while 23% felt Assad had a “somewhat positive influence”. In Idlib the figures were 5% and 4%. »

Il est en fait plausible que, contrairement à ce que prétend Monsieur Lemoine, les Syriens ne soient pas stricto-sensu pro- régime ou pro-ASL, mais que la majorité de la population souhaite principalement vivre en sécurité et qu’ils acceptent la domination, même inique, de ceux qui peuvent leur apporter un semblant de paix ainsi qu’un minimum de stabilité économique. Ceci étant dit, les manifestations¹⁷ du 14 septembre 2018 dans la poche d’Idleb ont montré une population demandeuse de paix, mais aussi de liberté et s’opposant aux alternatives djihadistes ou extrémistes. Les initiatives ont ainsi fleuri dans cette province depuis 2011, comme en témoigne un article¹⁸ de Laila Shami sur le rôle des femmes dans la Révolution.

Mais pourquoi alors se fier à certains témoignages et pas à d’autres? La question est d’ailleurs intéressante car les situations en Syrie le sont également. On sait maintenant que les populations sous la coupe du régime ou de l’Etat Islamique ne sont pas aussi libres en terme d’expression que celles vivant en zones rebelles ou kurdes, même si encore une fois chaque situation doit être étudiée en fonction des groupes contrôlant telle ou telle zone et des politiques qu’ils mettent en œuvre. Ainsi la situation pendant le siège d’Alep n’est pas la même que celle durant celui de la Ghouta parce-que les groupes rebelles ne traitent pas les civils de la même manière. Voir La Rébellion de façon monolithique c’est courir vers l’erreur.On peu d’ailleurs noter que Khan Cheikhoun en avril 2017 était probablement sous le contrôle de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), organisation issue du Front al-Nosra mais ayant rompu avec Al-Qaïda peu après sa fondation au point d’être vilipendée dans un message audio d’Ayman al-Zawahiri, le chef du réseau terroriste international, en novembre 2017¹⁹. Le fait que de multiples groupes soient donc présentés par les conspirationnistes comme une simple coalition sous la bannière d’Al-Qaïda permet ainsi de camoufler une certaine paresse intellectuelle pour servir des buts politiques.

Suivant pourtant cette ligne de pensée, M. Lemoine donne en exemple un article de Patrick Cockburn pour nous expliquer la chose suivante :

« it’s basically impossible to get reliable information from many parts of Syria, because journalists have to rely on people who live under the control of terrorist organizations »

Si les informations au sujet de la Syrie sont en effet difficiles à obtenir, cela est loin d’être impossible comme nous le montre par exemple le travail effectué par Rukmini Callimachi sur un Canadien ayant rejoint l’EI²⁰. Utilisant les méthodes de l’Open Source Intelligence (OSINT) son équipe est parvenue à recouper et infirmer certaines déclarations d’un ex-membre de Daesh. Et si obtenir et faire sortir des informations de Syrie est si difficile, c’est aussi et surtout parce que le régime a rendu le travail des journalistes impossible. On pense ici à la mort de Marie Colvin et Rémi Olchik le 22 février 2012 à Homs, très probablement la conséquence directe d’une frappe de l’armée syrienne²¹. Cependant, un dossier²² très documenté de la chercheuse Elizabeth Tsurkov, paru en juillet 2018, explique bien que le biais négatif (et compréhensible) de certains journalistes vis-à-vis du régime les a empêché de voir la réalité de l’état déplorable de la rébellion ces dernières années et ses relations parfois désastreuses avec les civils :

« Wide swaths of the millions residing under rebel control are disillusioned with the Syrian revolution, disgusted with the rebel factions, and dissatisfied with the local opposition government structures and NGOs operating in their region. The inability of foreign journalists to report from rebel-held Syria in addition to the ideological bent of local fixers and citizen journalists have contributed to the underreporting of this phenomenon. The Assad regime is already exploiting this reality to promote surrender deals with minimal to little fighting.
This research demonstrates that even in the case of a civil war that originated in a mass popular uprising, significant diversity of attitudes exists among those who are considered to be the support base of the rebels — rural impoverished Arab Sunnis who have been subjected to incessant war crimes perpetrated by the regime. »

De plus, comme nous le disions plus haut et contrairement à ce que Monsieur Lemoine prétend, elle montre bien que les syriens ne se rallient pas au régime (ou à l’EI) parce-qu’ils le soutiennent mais pour avoir accès à un minimum de sécurité :

« Members of this group²³ are not regime supporters, yet many of them prefer to live under it as it would end bombings, provide them with greater stability and may lead to restoration of services. They oppose the launch of new offensives by rebels as they lead to intensified regime bombings, disruption of their daily lives, mass displacement and death. »
« Probably the most common feeling expressed by this group, but Syrians inside Syria in general is tiredness of the war, the suffering and the destruction. Ameer the electrician from Idlib told me: “Most people want the end of the war. They no longer care about whether the regime remains or goes. They care about their children’s education… and living with security.” Farouq from Quneitra echoed his words in saying: “Every home [family] here has been afflicted and every home want to end this to ensure that his family remains alive.” »
« Across Syria, civilians and combatants alike are tired of the war and many who have previously dared to dream of a different Syria have been broken by seven years of war and deprivation. Many Syrians are willing to submit themselves to Assad’s police state once again in exchange for safety from bombings and the provision of basic services. Damascus is winning the war in Syria not simply by regaining territory, but also by breaking the spirit and willingness to resist the regime in areas under its control and areas still outside of it. »

Mais ce problème d’un manque d’information (ou de reportages parfois partiaux) n’est pas dû au contrôle de certaines zones par des groupes djihadistes, comme le démontre très bien le travail d’Elizabeth Tsurkov. Elle a ainsi pu interroger de nombreux syriens, en dehors ou à l’intérieur de leur pays :

« This research was carried out over the span of 17 months and is based on hundreds of interviews and off-the-record conversations conducted over messaging applications and social media with Syrians inside Syria as well as fieldwork in Turkey. All names of interviewees have been altered to ensure their safety. »

Il est donc clairement faux de dire qu’on ne peut pas obtenir d’informations en Syrie. Il s’agit simplement de faire un travail honnête et objectif. Ce qu’ont fait Elizabeth Tsurkov, Rukmini Callimachi et Marie Colvin. Patrick Cockburn (et Robert Fisk), cités par Lemoine dans son article et ses tweets²⁴, semblent par contre heureux d’être promenés en Syrie par les forces du régime. Conspiracy Watch a ainsi réalisé un portrait²⁵ de Robert Fisk où l’on peut lire ceci :

« Ainsi, en août 2012, arrivant avec les troupes de Bachar el-Assad dans la ville insurgée de Daraya, dans la banlieue sud de Damas, assurait-il que le massacre qui venait d’y être commis contre des civils était l’œuvre des rebelles. Sa source : des prisonniers surveillés par les militaires. Or la journaliste Janine Di Giovanni, qui avait quant à elle réussi à se rendre sur place et interroger des témoins hors de tout contrôle des forces du régime, publiait de son côté un article dans The Guardian contredisant celui de Fisk : les nombreuses personnes qu’elle avait interrogées, dont certaines lui avaient donné leurs noms, affirmaient que les quelque 500 personnes tuées en deux jours et demi avaient pour la plupart péri sous l’effet de tirs à la mitrailleuse depuis des hélicoptères (engins dont les rebelles ne disposent pas) et qu’ensuite militaires et miliciens chabiha avaient procédé à des exécutions de masse. Ces témoignages avaient été corroborés par Human Rights Watch à partir d’images satellites. Robert Fisk, lui, s’en était tenu à sa version innocentant le régime. »

De même The Daily Beast a présenté le biais pro-régime de Cockburn dans un article intitulé Who’s Lying about Syria’s christian massacre?²⁶ paru le 27 mai 2015. Quand Philippe Lemoine décrit Cockburn comme « one of the few journalists who have written about the civil war in Syria « , il ne nous explique pas en quoi Monsieur Cockburn serait plus « honnête » que ses confrères. Étant donné que Patrick Cockburn a également effectué ses reportages entourés des soldats de l’Armée Arabe Syrienne en quoi ses descriptions des faits seraient elles plus fiables que celles de la majorité des journalistes couvrant le sujet? Lemoine reprend juste la rhétorique de Cockburn pour qui, à partir de 2013 environ, toute opposition au régime est jihadiste et affiliée à Al-Qaïda.

C’est ainsi que Lemoine tente de lier Mohamed Firas al-Jundi à Al-Qaïda pour décrédibiliser son témoignage :

« The NYT article also quotes uncritically Mohamad Firas al-Jundi, minister of health in the National Coalition for Syrian Revolutionary and Opposition Forces, whose military branch is the Free Syrian Army. Despite the fact that it’s often presented as a moderate group, the FSA is known to have collaborated with Al Qaeda during the siege of Aleppo, but again don’t count on the NYT to tell you about that. »

Plusieurs remarques s’imposent ici :

Premièrement il faut noter que les rapports entre la Coalition Nationale Syrienne et l’Armée Syrienne Libre semblent compliqués. Selon Le Point, dans un article²⁷ du 29 octobre 2013, l’Armée Syrienne Libre de l’intérieur ne reconnaît plus l’autorité de la CNS :

« “La CNS n’a pas été créée par les forces révolutionnaires à l’intérieur du pays, elle a été au contraire imposée par certains pays régionaux et occidentaux”, déplore Fahad al-Masri, porte-parole du commandement conjoint de l’Armée syrienne libre de l’intérieur, qui ne reconnaît plus aucune légitimité à la CNS. »

Deuxièmement, les rapports entre HTC et al-Jundi semblent ne pas être au beau fixe. En effet selon deux sources différentes ( Almasdar News²⁸, pro-Assad, et Zamanalwsl²⁹, anti-Assad), les bureaux d’al-Jundi auraient été envahis par des combattants de HTC et lui-même aurait peut-être été arrêté. Disqualifier al-Jundi et son témoignage en le liant à Al-Qaïda est donc un grand écart difficilement soutenable compte tenu des éléments présentés ci-dessus.

Troisièmement, l’ASL a en effet collaboré avec AQ pour combattre les forces du régime et cela est bien documenté dès 2012. Donc quand Lemoine explique doctement « don’t count on the NY Times to tell you about that » il doit oublier qu’Anne Barnard en parlait dans son article du 8 décembre 2012 pour…le NY Times³⁰. Il répète d’ailleurs ce type de déclaration paradoxale dans son troisième article quand il nous dit :

« Even if we suppose that Assad is always responsible, which is clearly false since journalists routinely accuse him of atrocities without any evidence that he ordered them, you should ask yourself why the media doesn’t show images of the atrocities committed by the rebels. For instance, I bet you have never seen a picture of this young boy³¹, who was decapitated by members of a group supported by the US. »

L’article qu’il donne en lien provient du Daily Beast, publication qu’il a l’air de tenir en piètre estime quand il commente un autre article :

« This article in the Daily Beast, by the way, makes even the NYT article pass for a model of journalistic integrity. It’s amazing that such a hack job was published in what is supposed to be a reputable publication, but the Daily Beast and many other Western news organizations have been publishing that kind of garbage about Syria for years. »

Pour résumer la pensée de Philippe Lemoine et clore cette parenthèse, le Daily Beast, faisant partie pour lui des « medias » et autres « western news organizations » publiant des « déchets » concernant la Syrie, sort un article sur un jeune garçon décapité par des membres de Harakat Nour al-Din al-Zenki, ce qui prouve donc que les « medias » ne montrent pas ces images. Tout ça est assez complexe. Notons cependant que les crimes de la « Tiger Force », une unité de l’armée syrienne proche des services de sécurité de l’armée de l’air, ont été bien moins rapportés que ceux des djihadistes, bien qu’aussi odieux et s’affichant publiquement sur les réseaux sociaux³².

Finalement, pour ce qui est de la collaboration entre ASL et Al-Qaïda, il est nécessaire de rappeler qu’elle a été circonstancielle pour lutter contre un ennemi supérieur. Dans un contexte aussi indéchiffrable que celui de la Syrie en guerre civile, les alliances se font et se défont parfois au niveau local : on ne peut, dans la « rébellion », créer des camps homogènes et immuables. Les forces qui soutiennent Assad sont par contre très bien identifiées : Russie, Iran, Hezbollah (qui est au passage entré magiquement dans le camp des « laïcs anti-terroristes »).

De la même façon, Philippe Lemoine relaie les attaques contre les Casques Blancs (nom informel de l’ONG Défense civile syrienne). À partir de l’entrée en guerre de la Russie en Syrie, les Casques Blancs commencent en effet à être victimes de la propagande (et des frappes) russes³³ qui les assimile à Al-Qaïda et les qualifie de marionnettes des Occidentaux ( les Casques Blancs ayant été créés par l’ ancien militaire anglais James Le Mesurier). C’est ainsi que Monsieur Lemoine nous dit que les Casques Blancs « should have no credibility whatsoever » car ils ont des liens « with various terrorist organizations ». Sur quels sources Monsieur Lemoine se base-t-il pour asseoir son argumentaire³⁴? Premièrement sur un article du site internet 21st Century Wire intitulé Forget Oscar: Give The White Helmets the Leni Riefenstahl Award for Best War Propaganda Film et écrit par Patrick Henningsen³⁵. 21st Century Wire est un site web conspirationniste ayant interviewé des gens aussi rationnels que David Icke (qui pense qu’une conspiration de reptiliens dirige le monde³⁶) et publiant des articles de pseudo-science comme Tapping the Sacred Knowledge of Vibration and Its Powerful Connection to Human Emotions³⁷. Sans oublier un papier³⁸ où l’auteur, Branko Malic, déclare sans ambages « I am most certainly a ‘Holocaust denier.’ ». Tout ça n’est pas étonnant quand on sait que Henningsen, également éditeur au 21st Century Wire, est un ancien contributeur d’Info Wars (le site conspirationniste d’Alex Jones) qui pense que l’attaque sur le Pentagone du 11 septembre 2001, le massacre de Sandy Hook en 2012, ou l’alunissage d’Apollo XI sont des hoax³⁹. 21st Century Wire a également republié un article⁴⁰ de Philippe Lemoine sans l’en avertir au préalable⁴¹. Pour ce qui est de la deuxième source, Philippe Lemoine donne le lien d’un article de Consortium News écrit par Rick Sterling⁴². Consortium News a été fondé et dirigé de 1995 à 2018 par Robert Parry, ancien grand nom du journalisme ayant révélé l’Affaire Iran-Contra. Mais Robert Parry, décédé en 2018, a peu à peu été dépassé par sa suspicion tout azimut vis-à-vis des gouvernements occidentaux, au point de se faire un porte-voix de la propagande russe. Dans une analyse du site Bellingcat, également attaqué par Monsieur Lemoine, on voit que Parry tente coûte que coûte d’exonérer l’armée russe de l’attaque contre le vol MH17⁴³. Théorie qui est aujourd’hui reconnue comme fausse par l’énorme majorité des experts n’étant pas sous la tutelle russe⁴⁴. Il est intéressant de noter que l’accident du MH17 est un bon exemple des tentatives de désinformation russe. Voici ce qu’en dit Mykola Cuzin⁴⁵ dans Lyon Capitale :

« Dans le même temps, [la Russie] a multiplié les tentatives pour se disculper et faire accuser l’Ukraine en utilisant la désormais célèbre tactique du “foisonnement”, qu’elle maîtrise parfaitement, qui consiste à saturer les canaux d’information de données contradictoires tendant à donner au public l’impression qu’il n’existe plus une vérité, mais des vérités de valeur inégale… Parmi les hypothèses fantaisistes relayées par les médias russes mainstream, l’une mettait en cause un avion de chasse ukrainien SU25, sur la base d’un photomontage réalisé à partir d’une image Googlemap datant de 2012 ! »

Mais pour ce qui est de notre sujet et des Casques Blancs, une source principale revient dans les deux articles de Rick Sterling et Patrick Henningsen : Vanessa Beeley. Pierre angulaire de la propagande du gouvernement russe et du régime de Bachar el-Assad, son nom n’est cité qu’une fois dans la série d’articles de Philippe Lemoine malgré son importance sur la scène conspirationniste. Conspiracy Watch et le Huffington Post ont consacré des articles à cette abonnée de la conspiration⁴⁶. Elle pense, entre autres, que la version officielle concernant l’attentat contre Charlie Hebdo est fausse, que les attaques de novembre 2015 à Paris sont un « false flag », et que « les sionistes dirigent la France ». On ne sera donc pas étonné qu’elle ait participé à une conférence au théâtre de la Main d’Or aux côtés de Dieudonné et Laurent Louis, « antisioniste » belge proche de l’ancien humoriste et d’Alain Soral⁴⁷. Avant d’être mise sur le devant de la scène par les médias d’État russes elle occupe divers postes dans le marketing puis dans des associations de soutient à la cause palestinienne.

Un an après le début de l’intervention russe, alors que le regard de la Fédération se tourne vers les Casques Blancs qui documentent les attaques contre les civils et les hôpitaux, Vanessa Beeley est invitée à Moscou. Elle y rencontre entre autres Maria Zakharova, directrice du département de l’information et de la presse du ministère russe des Affaires étrangères et la religieuse Agnès-Mariam de la Croix, religieuse pro-régime ayant accusé les rebelles d’avoir monté de toutes pièces l’attaque sur la Ghouta en 2013 (qu’elle a présenté comme une quasi-comédie avec figurants⁴⁸). Beeley va alors régulièrement intervenir dans les médias officiels russes, en particulier la chaîne de télévision RT⁴⁹ et Sputnik, une agence de presse du gouvernement russe⁵⁰. On peut donc trouver étrange qu’une blogueuse sans formation de journaliste attaquant régulièrement les « mainstream medias » et autres « NATO aligned corporate media in the West »⁵¹ soit si peu critique des médias officiels russes et syriens. Cela est sans doute dû au fait qu’elle doive en grande partie sa visibilité et sa renommée aux officines russes qui l’ont propulsée sur le devant de la scène alter-médiatique. L’article⁵² que le Huffington Post lui a consacré pose une question particulièrement intéressante : « So why would Russia, a state with extensive intelligence gathering services and boots on the ground in Syria, rely on the word of an unknown British blogger? » Probablement parce-que le discours d’une occidentale a plus de poids en Occident que celui d’un journaliste russe lambda. Et la diplomatie russe l’a très bien compris comme l’explique l’article sus-cité : « Our analysis shows that from September 2016 the Russian Ministry of Foreign Affairs and the Russian UN mission has mentioned the White Helmets on 55 separate occasions.Of these, 52 were direct attacks on the organisation. On only one occasion did the Russian state offer its own evidence — most appear to rely on articles written by Vanessa Beeley or published on websites of which she is an “associate editor”. »

Le but des officiels russes n’est donc pas de présenter leur point de vue mais un message qui sert leurs intérêts en influençant les opinions publiques occidentales, en particulier les individus proches des milieux d’extrême-droite et d’extrême-gauche. On voit ainsi, en France, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, opposés sur bien des sujets de politique intérieure, se rejoindre et avoir quasiment le même discours quand il s’agit de la Syrie⁵³ ou de la Russie⁵⁴.

Pour en revenir aux Casques Blancs, Les Observateurs de France 24 ont réalisé un dossier en trois parties, publié en mai 2018, pour tenter de démêler le vrai du faux⁵⁵. Le site internet de vérification d’information Snopes à fait de même en 2016⁵⁶. Finalement un bon résumé des faits et des protagonistes de la campagne de désinformation contre les Casques Blancs est présenté dans le dossier de The Syria Campaign intitulé Killing the Truth⁵⁷. Et pour conclure sur Vanessa Beeley, on ne peut pas dire que ce soit une quête de la vérité qui l’anime quand, en privé, elle admet savoir que l’on torture à grande échelle dans les prisons syriennes mais qu’elle n’en dira pas un mot pour protéger Bachar el-Assad⁵⁸. C’est donc cette personne, cornaquée elle aussi par le régime quand elle se rend en Syrie, que Monsieur Lemoine considère comme une source de bonne qualité⁵⁹.

Pour conclure, on peut dire que les articles utilisés par Philippe Lemoine sont intéressants pour plusieurs raisons qui ne sont pas celles invoquées par ceux qui les convoquent et les utilisent pour tenter de défendre leurs thèses. Premièrement, ils nous montrent que des journalistes autrefois réputés ont perdu pied avec le nouveau monde informationnel se mettant en place au courant des années 2000–2010 avec l’émergence des réseaux sociaux et des combats qui s’y jouent. Fisk, Cockburn et Parry se sont perdus dans leur quête de la « vérité » et ne sont plus mus que par l’idéologie, cette dernière ayant supplanté la déontologie qu’ils prêchaient il y a encore peu de temps. Il est d’ailleurs notable que Philippe Lemoine cite le cas de Judith Miller comme exemple de malhonnêteté journalistique. Cette gagnante du prix Pulitzer a, avec Michael R. Gordon que nous évoquons plus bas, participé à la propagande du gouvernement Bush avant l’invasion de l’Irak en 2003. De la même manière que Fisk, Cockburn, Parry ou Seymour Hersh elle a, elle aussi, remisé son sens de la déontologie pour des raisons qui lui sont propres⁶⁰. Deuxièmement on peut voir que ces sources sont régulièrement mises en avant par le gouvernement russe, ses organes d’information et sa diplomatie. Vanessa Beeley et un profil Twitter au pseudonyme de MoonofAlabama⁶¹, cités dans l’article de Rick Sterling, sont par exemple tagués dans des photos de la mission russe à l’ONU⁶². Nous reviendrons plus loin sur cette singularité de la diplomatie électronique russe. Nous terminerons cette courte section sur les Casques Blancs par une remarque plus globale sur les théories conspirationnistes et le travail de déconstruction de leurs « arguments ». Là où Philippe Lemoine expédie la question des Casques Blancs en une phrase en donnant comme sources deux articles plus que douteux, nous avons dû effectuer plusieurs heures de recherches qui sont contenues dans presque trois pages de cet article. C’est pour cette raison que ne sont pas ici analysées en détail les attaques contre les Casques Blancs. Si ils avaient été le sujet central de Philippe Lemoine nous y aurions consacré la majorité de notre temps. Mais remonter les sources conspirationnistes revient à devoir contrer des arguments manipulant les sources, se citant eux-mêmes et allant jusqu’au mensonge et à l’invention. C’est pour cela que nous avons considéré que présenter le caractère extrêmement douteux des sources utilisées par Monsieur Lemoine et les autres amateurs de « faits alternatifs » était suffisant en ce qui concerne notre courte étude.

Pourtant, Philippe Lemoine sait critiquer certaines sources. Et parfois apparemment à raison quand il nous présente Michael R. Gordon, co-auteur de l’article du NY Times attaqué par Monsieur Lemoine : « he was the co-author with Judith Miller of the infamous NYT story which claimed that Saddam Hussein was trying to obtain aluminum in order to build atomic weapons ». Cette présentation de Gordon permet ainsi de faire le lien avec ceux qui, aujourd’hui, rejettent la « version officielle » des faits portant sur la Syrie bien que les situations ne soient absolument pas similaires. Cela nous suscite pourtant la remarque suivante : il faut aujourd’hui que les journalistes et les chercheurs soient exemplaires dans leurs travaux (en particulier en ce qui concerne la recherche et la présentation de leurs sources) et, au cas où ils commettraient des erreurs, que ces dernières soient reconnues et corrigées de façon claire et honnête. Cela permettrait d’assécher une des sources auxquelles s’abreuvent les conspirationnistes comme on peut le voir avec les cas de Michael R. Gordon et Judith Miller.

Monsieur Lemoine nous dit ensuite que la co-auteur de l’article, Anne Barnard, « is the author of a story⁶³ that uncritically accepted the claim by the rebels that Assad was somehow in cahoots with ISIS, despite the lack of evidence and how implausible such a claim is ».

La lecture de l’article cité ici donne pourtant une impression bien différente de la vision de Philippe Lemoine. Voici ce qui est dit dans l’article d’Anne Barnard :

« Khaled Khoja, the president of the main Syrian exile opposition group, accused Mr. Assad of deploying his warplanes “as an air force for ISIS.”Echoing those claims, the Twitter account of the long-closed United States Embassy in Syria made its strongest statement yet about Mr. Assad’s tactics.
“Reports indicate that the regime is making airstrikes in support of #ISIL’s advance on #Aleppo, aiding extremists against Syrian population,” the embassy said in a series of Twitter posts. In another post, it added that government warplanes were “not only avoiding #ISIL lines, but actively seeking to bolster their position.”
Neither American officials nor Syrian insurgents have provided proof of such direct coordination, though it has long been alleged by the insurgents. The State Department spokeswoman Marie Harf told reporters Tuesday that United States officials were looking into the claims but had no independent confirmation.What is clear is that Mr. Assad and the Islamic State reap benefits by eliminating or weakening other insurgent groups. Mr. Assad can claim he is the only alternative to the Islamic State, and the Islamic State can claim it carries the banner of oppressed Syrians and Iraqis. »

On ne peut donc pas vraiment dire qu’Anne Barnard « uncritically accepted » la version des rebelles ou même de le diplomatie US. Ce qui est par contre clair aujourd’hui est le fait que l’État Islamique n’a jamais été la première cible des Russes ou du régime de Damas. Ainsi un rapport du Jane’s Terrorism and Insurgency Centre de Mai 2018 nous explique que les frappes conjointes SAA/RuAF n’ont visé l’EI que dans 14% des cas depuis le début de l’intervention russe⁶⁴. Un article de Reuters datant de 2015 ne nous apprend pas autre chose quand il dit « Almost 80 percent of Russia’s declared targets in Syria have been in areas not held by Islamic State »⁶⁵. Enfin, un article du Point de 2015 relate un épisode de collaboration indirecte entre le camp du régime et l’EI⁶⁶ :

« “L’EI a annoncé à plusieurs reprises qu’il allait déclencher une offensive sur Alep, sans le faire. Il attendait le bon moment et a profité des frappes russes sur les rebelles pour avancer”, explique Romain Caillet, un expert des mouvements djihadistes. “L’atout principal de l’EI, c’est sa réactivité. Sa tactique militaire, c’est de profiter des opportunités.” Pour Thomas Pierret, expert de l’islam en Syrie à l’université d’Édimbourg, “les Russes concentrent leurs attaques sur les rebelles et ne frappent que très marginalement l’EI”. »

Après cette parenthèse sur Gordon et Barnard, Philippe Lemoine revient sur leur article et nous dit que les deux auteurs « don’t even attempt to address the obvious problem that, given that Assad is clearly winning the war, it’s not clear why he would take the risk of using chemical weapons, which his government is supposed to have gotten rid of in 2013 ».⁶⁷ Un article⁶⁸ de Business Insider d’avril 2018 répond à cette question en ce qui concerne l’attaque sur Douma du 07 avril 2018 en citant trois sources différentes dont Neil Haueur :

« […]negotiations between the regime and Jaysh al-Islam, with Russia as a guarantor, broke down on Thursday.The regime wanted Jaysh al-Islam to either lay down their weapons or be bused out of the area to central Syria, Hauer wrote, but the negotiations faltered. Jaysh al-Islam reportedly agreed to lay down their weapons only if they were allowed to stay in Douma as a local police force, which Assad didn’t favor.As a result, the regime struck Douma hard with airstrikes on Friday, then allegedly used chemical weapons on Saturday. On Sunday, Jaysh al-Islam agreed to leave the area. »

Un excellent dossier⁶⁹ du site War On The Rocks s’intéresse également à ce point saillant de la dialectique complotiste. Il nous faudrait presque ici le citer dans son intégralité, mais nous-nous contenterons de ce long passage qui nous paraît essentiel (la lecture de l’article et des sources sur lesquelles il s’appuie est pourtant capital) :

« American counter-insurgency doctrine emphasizes the need to isolate and defeat the insurgent actor, empower the population to support such operations, and gain legitimacy with the population. The Syrian Arab Army and its backers, by contrast, favor mass punishment and ethnic cleansing, part of an approach referred to as “draining the swamp.” Chemical weapons have proved to be more psychologically damaging to populations than conventional munitions, and are thus well-suited to the regime’s strategy of mass punishment.
For Assad, chemical weapons also compensate for the limitations of his army’s older, less sophisticated weapons. While the use of precision-guided munitions has grown in militaries around the world, they are still a comparatively small part of most countries’ arsenals, limited to anti-tank roles or against naval targets. As a result, most states are forced to use unguided munitions instead. Many targets, if sufficiently protected, can weather most unguided attacks by sheltering in structures, tunnels, or fighting positions. For example, it can take upwards of 147 unguided 155mm artillery shells to destroy a moderately-sized structure. Most of the shells fired won’t even hit the building. Those that land near the building will be unable to strike any of those sheltering inside unless many fragments have chipped away at the concrete wall. Though manifestly unpleasant, the majority of people seeking shelter are likely to survive.
Chemical weapons, however, can seep into these buildings with relative ease, as long as the shells land even reasonably close to the target. In Syria as well as in other conflicts, the anti-Assad opposition has dug fairly sophisticated tunnel systems that are, in theory, impervious to the regime’s heavy artillery and unguided bombs. To effectively target these buried facilities, Assad has turned to chemical weapons, which often descend and concentrate in low-lying areas. The advantage is clear: The regime can ensure heavy casualties with a small amount of effort, either by incapacitating or killing combatants, or by terrorizing these groups and the civilians who live alongside them.
These tactics are not unusual. In 1988, the Iraqi government used chemical weapons to kill civilians hiding in basements in Halabja. Indeed, the Iraqi army was quite transparent that this was their intent. To quote Ali Hassan al-Majid, known more widely as “Chemical Ali” for his use of chemical weapons during the Anfal campaign, “I told the mustashars [village heads]… I said I cannot let your village stay because I will attack it with chemical weapons. Then you and your family will die. You must leave right now.” In Yemen in the 1960s, Egyptian forces used nerve agent to target civilians and insurgent sheltering in caves near Royalist strongholds.
Chemical munitions are also relatively cheap to produce. Unlike expensive precision-guided munitions (and the advanced command, control, communications, and intelligence systems needed to use them), even smaller and less advanced states can field chemical weapons programs relatively cheaply. As the CIA observed when assessing Iraq’s chemical weapons program in the 1980s:
The chemical warfare program has been a relatively cheap investment for Iraq. We estimate the program has cost slightly above $200 million in capital expenditures during the past decade, less than 2 percent of Iraq’s military expenditures over the same period.
Chemical weapons, it has been estimated, cost approximately $600 to generate one civilian casualty per square kilometer, as opposed to $2,000 to achieve comparable effects using conventional weapons. If you’re an army forced to fight a war on the cheap, chemical weapons make a great deal of sense. »

Pour ce qui est du « risque » supposé pris par Assad, il suffit de voir que les interventions occidentales directes contre les forces Syriennes ont été très loin de renverser le régime. 59 missiles Tomahawk ont été lancés par la marine des USA en 2017 et 105 missiles par la coalition occidentale en 2018. La Russie a d’ailleurs probablement été avertie⁷⁰ à l’avance de ces frappes qui n’ont fait que peu de dégâts matériels et humains. Le régime de Damas, probablement responsable de l’énorme majorité des dizaines d’attaques chimiques en Syrie depuis 2011⁷¹, sait donc qu’il ne risque pas grand chose. En 7 ans de guerre se sont à peine 200 missiles occidentaux qui ont frappés ses installations militaires et scientifiques sans que cela ait une influence quelconque sur sa reconquête du territoire syrien. Donc quand Monsieur Lemoine déclare « In other words, Assad is taking a ridiculous risk by doing something which, as even his opponents admit, doesn’t make any military sense just to show how terrible he is and terrorize the population… You can find the same nonsensical explanation in a dozen other articles. It doesn’t matter how little sense it makes as long as it’s repeated often enough. », on peut considérer que la douzaine d’autres articles qu’ il a lu sur le sujet devaient être assez mauvais ou fort peu documentés. Cela est aisément constatable quand on lit le passage suivant dans son deuxième article :

« it doesn’t make any sense. If the regime was trying to stop a rebel offensive by hitting their supply lines, as the official was suggesting, it’s really not clear why it would attack targets which, by the official’s own admission, had no military value. I don’t see how killing a few dozens civilians far away from the front could possibly stop the offensive…Moreover, if the regime wanted to do that, it seems that it could have achieved essentially the same result, without taking the huge risk of using chemical weapons, by using conventional explosive devices. »

Le seul article de War On The Rocks répond très clairement à ces arguments.

L’utilisation d’armes chimiques a donc une réelle utilité pour l’armée de Bachar el-Assad et le risque qu’elle fait prendre à ce dernier est quais nulle si l’on se penche sur l’histoire du conflit depuis 2011. Le Times of Israel résumait ainsi la question en 2018 dans l’intitulé d’un article⁷² de Avi Issacharoff :

« Why did Assad use chemical weapons? Because he can »

Il est de plus intéressant de voir que l’argument développé ici par Philippe Lemoine est exactement le même que celui utilisé par Vladimir Poutine en 2013 après l’attaque sur la Ghouta⁷³:

« Vladimir Putin has rejected US intelligence claims that Bashar el-Assad’s regime used chemical weapons in Syria, saying it would be “utter nonsense” for government troops to use such tactics in a war it was already winning.
“That is why I am convinced that [the chemical attack] is nothing more than a provocation by those who want to drag other countries into the Syrian conflict, and who want to win the support of powerful members of the international arena, especially the United States,” Putin told journalists in Vladivostok. »

Il dit exactement la même chose dans une tribune publiée par le NY Times le 11 septembre 2013 :

« No one doubts that poison gas was used in Syria. But there is every reason to believe it was used not by the Syrian Army, but by opposition forces, to provoke intervention by their powerful foreign patrons, who would be siding with the fundamentalists. Reports that militants are preparing another attack — this time against Israel — cannot be ignored. »

La rhétorique complotiste est donc déjà en place et n’a pas changé en cinq ans. Il est également éclairant de citer la suite de l’intervention de Poutine d’août 2013 rapportée par le Guardian :

« The Russian president also challenged the US to present its case for military intervention to the UN security council, after suggesting that if Barack Obama was worthy of his Nobel peace prize, he should think about the possible victims of any intervention by foreign forces. »

Ces propos sont prononcés deux ans avant le début de l’intervention russe en Syrie. Le site Airwars estime que du 30 septembre 2015 au 31 mars 2018, les frappes russes ont tué entre 5409 et 7667 civils en Syrie⁷⁴. Il ne faut cependant pas oublier qu’entre le 8 août 2014 et le 4 juin 2018 les frappes de la Coalition occidentale en Irak et Syrie ont fait au minimum, selon Airwars toujours, entre 6321 et 9712 victimes civiles⁷⁵.

Faisons d’ailleurs ici une parenthèse et notons que pour attaquer Bellingcat, Lemoine décortique la liste des donateurs du site et y trouve un nom qui l’intéresse :

« “OSF” stands for “Open Society Foundation”, another hysterically anti-Russian organization. Of course, Bellingcat could receive money from the NED and the OSF yet not be influenced by them, but it’s obvious that, consciously or not, this creates an incentive to reach conclusions its sponsors will like. »

Airwars, qui reçoivent également des dons de l’OSF, le disent ouvertement sur leur site internet⁷⁶ et collaborent avec Bellingcat⁷⁷, font donc de la propagande pro-US quand ils expliquent que les morts civiles dues aux bombardements de la Coalition sont grandement sous-estimées. Ou alors que les USA sont responsables du bombardement d’une mosquée et de la mort de 50 personnes qui s’y trouvaient alors que les premiers commentaires incriminaient Russes et Syriens⁷⁸. On a vu plus hystériquement anti-Russes. De même, Lemoine qualifie Bellingcat de groupe « that is almost entirely devoted to criticizing Russia and Assad’s regime ». A notre connaissance Syrie et Russie n’interviennent pas au Yémen. Bellingcat a pourtant publié des articles importants sur la guerre civile ravageant ce pays, en particulier concernant les frappes de la coalition menée par l’Arabie Saoudite⁷⁹.

Finalement, quand Philippe Lemoine nous dit que le gouvernement de Bachar el-Assad se serait supposément débarrassé de son arsenal chimique, il fait bien d’utiliser le conditionnel. En effet, un article de NBC News du 28 mai 2018 nous apprend que l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC/OPCW) considère que le régime de Damas n’a probablement pas déclaré l’intégralité de ses stocks d’armes chimiques⁸⁰.

Monsieur Lemoine tente ensuite de disqualifier un des experts interrogés par le Guardian concernant la théorie russo-syrienne du bombardement d’un entrepôt d’armes chimiques appartenant à Al-Nosra par le régime syrien à Khan Cheikhoun en avril 2017 :

« The NYT doesn’t even bother to name any of the “experts” in question, but the Guardian quotes⁸¹ Hamish de Bretton Gordon, former commanding officer of the UK Chemical, Biological, Radiological and Nuclear Regiment. His LinkedIn profile, however, reveals that he has no training whatsoever in chemistry »

Hamish de Bretton-Gordon a servi pendant 23 ans dans l’armée britannique en tant qu’officier du Régiment CBRN (aujourd’hui dissout) ainsi que dans son équivalent au sein de l’OTAN (Rapid Reaction CBRN Battalion)⁸². Il a été déployé en Irak, en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo et à Chypre. Il a quitté l’armée en 2011 pour créer SecureBio, une firme spécialisée dans les menaces NRBC avant de rejoindre Avon Rubber en 2014⁸³, entreprise produisant entre autres des masques à gaz pour les armées en environnement NRBC (par exemple les modèles FM12 et S10). Philippe Lemoine accuse d’ailleurs Hamish de Bretton-Gordon de conflit d’intérêt dans son deuxième article à cause de son poste chez Avon :

« It’s also worth noting that many of the experts who spoke in the media are working for companies under contract with a Western government and have therefore a clear interest in not contradicting the narrative pushed by that government. For instance, Hamish de Bretton-Gordon, the expert I talked about in my original post, works for Avon Protection, a company that provides equipment for the British military. Even if he were not making claims that he is clearly not in a position to make, this fact should at least make journalists take what he says with a grain of salt, but instead they uncritically accept it. »

Cet un argument intéressant : de Bretton-Gordon n’aurait pas de qualification pour parler des armes chimiques mais le fait qu’il soit employé par une entreprise dont le but est de lutter contre les effets de ces armes le disqualifie également car un conflit d’intérêt serait alors automatique. Il a, en tout cas, avec SecureBio, conseillé le Gouvernement régional du Kurdistan quant à une éventuelle décontamination de la ville d’Halabja⁸⁴, attaquée au gaz moutarde par le régime de Saddam Hussein. Hamish de Bretton-Gordon a d’ailleurs expliqué dans une interview à Rudaw que le massacre d’Halabja était la raison principale des entraînements pour faire face aux menaces NRBC ayant lieu à l’académie de Sandhurst quand il était jeune soldat⁸⁵. Il est également intervenu dans au moins une conférence NRBC en 2005⁸⁶. Dire que cet homme n’est pas légitime pour s’exprimer sur les armes chimiques en se basant sur son profil LinkedIn⁸⁷ est donc plutôt malhonnête. Cela nous permet néanmoins de rappeler que le conspirationniste sait être hyper-critique quand cela lui permet de soutenir certains arguments.

Nous avons donc pu apprécier ici certaines des techniques employées pour rendre le débat le plus flou possible : interprétation biaisée des sources, critique des « médias de masse » par le biais de « médias alternatifs » censés proposer une version dissimulée des événements, instillation du doute,foisonnement des théories alternatives, etc. Nous allons, dans la seconde partie de ce travail, voir comment ces techniques sont utilisées pour contrer la « version officielle » concernant l’attaque au sarin sur la Ghouta en août 2013.

SOMMAIRE GÉNÉRAL:
-Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 2/4: De Khan al-Assal à la Ghouta
-Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 3/4: Guerre informationnelle à Khan Cheikhoun
-Les charlatans du factuel: la Syrie sous le feu conspirationniste 4/4: Une analyse biaisée de la situation politique et sociale syrienne

[1]Briguet G, Grands Etats européens dans la guerre d’Irak: raisons et justifications
https://www.unige.ch/gsi/files/4714/0351/6356/briguet.pdf

[2] https://www.20minutes.fr/france/908739-20120401-30-ans-dgse-creee-remplacait-sdece

et

Kauffer R., Histoire mondiale des services secrets, Perrin, 2017, chapitre 29

[3] https://necpluribusimpar.net/chemical-attack-syria/

https://necpluribusimpar.net/chemical-attack-khan-sheikhoun/

https://necpluribusimpar.net/beware-propaganda-syria/

[4] http://philosophy.cornell.edu/grad-profiles

[5] « La différence c’est que j’ai répondu à leurs argument en pondant un truc de 15.000 mots qui cite plus de 130 sources. Je ne sais toujours pas, si vous avais lu mes articles, où est-ce que vous pensez que j’ai tort… »

https://twitter.com/phl43/status/984051415529254914

[6] https://emergency.cdc.gov/agent/sarin/basics/facts.asp

[7] https://www.theguardian.com/world/2017/apr/06/the-dead-were-wherever-you-looked-inside-syrian-town-after-chemical-attack

[8] http://undocs.org/fr/S/2017/904

[9] http://www.doctorswithoutborders.ca/article/syria-khan-sheikhoun-victims-have-symptoms-consistent-exposure-chemical-substances

[10] Conversation privée sur Twitter les 21 et 22 juillet 2018.

[11] https://www.stimson.org/sites/default/files/file-attachments/atxchapter3_1.pdf

https://biotech.law.lsu.edu/blaw/FEMA/Proceedings.pdf

[12] http://web.archive.org/web/20170127174536/

https://www.orb-international.com/perch/resources/syriadata.pdf

[13] https://www.bbc.com/news/world-middle-east-34173549

[14] https://www.mediapart.fr/journal/dossier/international/les-espions-de-la-terreur

[15] https://www.rferl.org/a/raqqa-happiness-poll-syrian-activists-protest-bbc/27256546.html

Radio Free Europe est un média financé par le Sénat américain :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Radio_Free_Europe

[16] https://partnershipblog.wordpress.com/2017/10/02/orb-international-surveys-in-syria-are-probably-worthless/

[17] https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/09/15/syrie-manifestations-de-masse-a-idlib-avant-l-offensive-du-regime-assad_5355551_3218.html

[18] https://leilashami.wordpress.com/2018/07/05/women-are-at-the-forefront-of-challenging-extremism-in-idlib/

[19] https://fr.wikipedia.org/wiki/Hayat_Tahrir_al-Cham

Voir ce dossier d’Aymen Jawad al-Tamimi sur HTC :

http://www.kas.de/wf/doc/kas_52977-1522-1-30.pdf

À consulter également, cet article de l’Orient le jour sur les relations entre HTC et les habitants des zones que le groupe occupe :

https://www.lorientlejour.com/article/1133384/les-101-vies-de-hayat-tahrir-al-cham.html

« La vie quotidienne des habitants d’Idleb ne change pas radicalement depuis la prise de pouvoir du groupe rebaptisé : pas de code vestimentaire strict, pas d’interdiction de fumer ni de se balader seule dans la rue pour les femmes, pas de contrôle d’internet… »

[20]https://twitter.com/i/moments/1000116883750866944

How Do You Fact-Check an ISIS Members Story

[21] https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-monde-de-marie/le-monde-de-marie-des-revelations-sur-la-mort-de-marie-colvin-tuee-dans-un-bombardement-en-syrie_2691112.html

https://www.theguardian.com/media/2018/apr/09/assad-regime-assassinated-journalist-marie-colvin

https://www.thedailybeast.com/how-us-journalist-marie-colvin-became-a-martyr-in-syria

[22] http://www.regthink.org/en/articles/the-breaking-of-syrias-rebellion

On peut cependant noter que l’auteure considère elle aussi HTC comme la branche d’Al-Qaïda en Syrie, ce qui ne semble plus être le cas comme nous l’avons montré. Cela ne voulant pas dire que ce mouvement n’est pas basé sur un extrémisme religieux et politique certain ainsi que des méthodes barbares.

[23] « My research indicates that a significant share of civilians in rebel-held Syria are not supportive of the rebels, and that this group has grown in recent years due to rebel conduct, war fatigue and changing dynamics of the war. This largely silent group includes both people who never supported the uprising, as well as people who once supported it, participated in anti-regime protests and took up arms as part of rebel groups with the aim of removing Assad from power. »

[24] « The Independent is mostly bad, but on the Middle East, they have Fisk and Cockburn who are serious reporters and say things you typically don’t read elsewhere. »
Twitter, le 17 mars 2018 à 18h42 par @phl43

Nous nous permettrons de commenter ce tweet en complétant « things you don’t read elsewhere » par « except in every russian communiqué ».

[25] http://www.conspiracywatch.info/le-probleme-avec-robert-fisk.html

[26] https://www.thedailybeast.com/whos-lying-about-syrias-christian-massacre?

On peut également consulter ces 2 articles de Pulse Media sur Cockburn et sa façon particulière de relater les « faits » :

https://pulsemedia.org/2016/12/23/how-stop-the-war-and-patrick-cockburn-justified-atrocities-in-aleppo/

https://pulsemedia.org/2016/03/02/reporting-and-mis-reporting-isis/

[27] http://www.lepoint.fr/monde/syrie-comment-l-opposition-syrienne-a-ete-sabordee-29-10-2013-1749300_24.php

[28] https://www.almasdarnews.com/article/al-nusra-launches-operation-destroy-syrian-opposition-government-idlib/

[29] http://en.zamanalwsl.net/news/article/31788

[30] https://www.nytimes.com/2012/12/09/world/middleeast/syrian-rebels-tied-to-al-qaeda-play-key-role-in-war.html

[31] http://www.thedailybeast.com/us-backed-moderate-rebels-behead-a-child-near-aleppo

« The gruesome videotaped murder of a child drew outrage on social media and the promise of an inquiry from the group’s leadership, which has previously received U.S.-made weapons and American funding. The group no longer gets such backing. »

[32] https://international-review.org/tiger-forces-part-1-the-war-crimes-of-the-cheetah-groups/

[33] https://www.theguardian.com/world/2017/dec/18/syria-white-helmets-conspiracy-theories

[34] Pour une liste exhaustive des individus et organisations pro-régime, voire cet article de Kester Ratcliff :

http://archive.is/nA4Kc

International Assadists References Directory

[35] http://21stcenturywire.com/2017/03/02/forget-oscar-give-the-white-helmets-the-leni-riefenstahl-award-for-best-war-propaganda-film/

[36] https://www.vice.com/fr/article/9bpa7z/david-icke-et-lapocalypse-des-lezards

[37] http://21stcenturywire.com/2015/06/08/tapping-the-sacred-knowledge-of-vibration-and-its-powerful-connection-to-human-emotions/

[38] https://archive.fo/aVvOz

[39] https://www.snopes.com/news/2018/05/02/assad-supporters-plan-put-media-trial-journalism-syria/

[40] https://21stcenturywire.com/2017/06/30/syria-chemical-weapon-media-hysteria-obstructs-critical-thinking/

[41] « I’m the author of this article. I wasn’t even asked by @21WIRE if they could reproduce it, but as long as the word gets out… »

https://twitter.com/phl43/status/881266786213261313

Ce à quoi Vanessa Belley répond :

« Don’t usually ask :)but will do in future. Great piece. You were clearly credited »

https://twitter.com/VanessaBeeley/status/881276385347723265

Échange ayant eu lieu sur Twitter le premier juillet 2017.

[42] https://consortiumnews.com/2016/10/23/the-white-helmets-controversy/

[43] https://www.bellingcat.com/news/uk-and-europe/2015/05/19/robert-parry-falsely-accuses-60-minutes-australia-of-using-mh17-fake-evidence/

[44] Lyon Capitale a produit un bon résumé de l’affaire ici :

https://www.lyoncapitale.fr/politique/poutine-et-le-crime-du-mh17-que-faire-avec-la-verite/

Les conclusions de l’enquête conjointe entre les Pays Bas, la Malaisie, l’Australie, la Belgique et l’Ukraine peuvent être consultées ici :

https://www.om.nl/actueel/nieuwsberichten/@103183/update-criminal/

[45] Par ailleurs président de l’association Ukraine 33 et du comité de défense de la démocratie en Ukraine.

[46] http://www.conspiracywatch.info/vanessa-beeley-la-blogueuse-complotiste-preferee-des-medias-russes.html

https://www.huffingtonpost.co.uk/entry/vanessa-beeley-syria-white-helmets_uk_5ad9b6cae4b03c426dad48a9

[47] Beeley reconnaît d’ailleurs avoir collaboré avec Soral dans cette vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=-2CggWXv1Zk&t=20s

Source: Episode 109 de l’émission Sunday Wire du site 21stcenturywire.com — 15 novembre 2015

Elle le cite au côté du site conspirationniste Panamza comme une référence concernant les attentats contre Charlie Hebdo dans cette autre vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=LzuUxb3gnzU

Source : UK Column News — 16 novembre 2015

[48] https://blogs.spectator.co.uk/2013/11/mother-agnes-has-pulled-out-of-the-stop-the-war-conference-and-yet-she-would-have-fitted-in-so-well/

[49] Margarita Simonyan porte la double casquette d’éditeur en chef de RT et de l’agence d’information d’Etat Rossiya Segodnya.

https://en.wikipedia.org/wiki/Margarita_Simonyan

[50] https://en.wikipedia.org/wiki/Sputnik_(news_agency)

[51] https://www.sott.net/article/378211-Vanessa-Beeley-Mainstream-media-is-lying-Residents-of-Ghouta-are-being-slaughtered-by-Western-backed-Al-Qaeda

[52] https://www.huffingtonpost.co.uk/entry/vanessa-beeley-syria-white-helmets_uk_5ad9b6cae4b03c426dad48a9

[53] http://www.liberation.fr/france/2018/04/14/syrie-melenchon-denonce-des-frappes-menees-sans-preuve-ni-mandat-de-l-onu_1643392

[54] https://francais.rt.com/france/49615-jean-luc-melenchon-et-marine-le-pen-critiquent-la-position-de-la-france-vis-a-vis-de-la-russie

[55] Partie 1 :http://observers.france24.com/fr/20180507-intox-casques-blancs-collaboration-groupes-jihadistes-al-nosra

Partie 2 :http://observers.france24.com/fr/20180507-intox-syrie-casques-blancs-collaboration-jihadistes-al-nosra

Partie 3 :http://observers.france24.com/fr/20180508-intox-syrie-casques-blancs-mise-scene-attaque-faux-sauvetages

[56] https://www.snopes.com/fact-check/syrian-rescue-organization-the-white-helmets-are-terrorists/

[57] https://diary.thesyriacampaign.org/killing-the-truth/

[58] https://wewritewhatwelike.com/2017/09/07/beeley-admits-even-assad-doesnt-deny-torture-spy-vs-spy-a-pro-assadist-comedy/

Voire également cette vidéo de Channel 4 sur les tortures systématiques :

https://www.youtube.com/watch?v=4jJBtFrTqcg

Revealed: Syrian military leaders knew detainees were being tortured

[59] L’article ci-dessous, rédigé par Brian Whitaker, dissèque également les « faits alternatifs » présentés par Beeley. Nous en recommandons chaudement la lecture :

https://medium.com/@Brian_Whit/vanessa-beeley-the-syrian-conflicts-goddess-of-propaganda-2c84f850dba4

[60] Judith Miller n’a d’ailleurs pas fait de mea-culpa comme nous l’explique cet excellent article article du Washington Post :

https://www.washingtonpost.com/opinions/a-reporters-defense-of-her-flawed-reporting/2015/04/09/5bf93f14-de15-11e4-a500-1c5bb1d8ff6a_story.html

[61] https://twitter.com/MoonofA

[62] https://twitter.com/RussiaUN/media

Ainsi, sont tagués dans un tweet du 29 juin 2018 à 17h54 des profils conspirationnistes comme Vanessa Beeley, MoonofAlabama, Eva Bartlett, Partisan Girl,…

[63] https://www.nytimes.com/2015/06/03/world/middleeast/new-battles-aleppo-syria-insurgents-isis.html

[64] « Syrian/Russian airstrikes have targeted the Islamic State on 960 occasions following Russia’s intervention, accounting for just 14 percent of all such airstrikes in this period. »

https://ihsmarkit.com/research-analysis/use-of-airstrikes-in-syrian-conflict.html

[65] https://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-syria-russia-strikes/four-fifths-of-russias-syria-strikes-dont-target-islamic-state-reuters-analysis-idUSKCN0SF24L20151021

[66] http://www.lepoint.fr/monde/syrie-daesh-aux-portes-d-alep-09-10-2015-1972173_24.php

[67] Il reprend cet argument dans la deuxième partie de son dossier :

« it’s clear that chemical weapons do not play a major role for the regime in the conflict, even on the most pessimistic assumptions. Indeed, it’s overwhelming likely that, even if the regime committed every chemical attack that has been attributed to it by the opposition, refraining from using chemical weapons altogether would not have significantly changed the course of the war. Given how much Assad stands to lose by using them, this makes the use of chemical weapons extremely irrational for him in pretty much any circumstances. »

[68] https://www.businessinsider.nl/why-assad-probably-used-chemical-weapons-syria-2018-4/

[69] https://warontherocks.com/2018/06/the-military-logic-behind-assads-use-of-chemical-weapons/

[70] https://www.letemps.ch/monde/frappes-syrie-declarations-incendiaires

http://www.europe1.fr/international/syrie-lelysee-souhaite-travailler-serieusement-avec-moscou-3626432

https://www.sudouest.fr/2018/04/14/les-frappes-en-syrie-une-tape-sur-les-doigts-qui-ne-change-pas-vraiment-la-donne-4373476-4803.php

[71] https://www.hrw.org/news/2018/04/04/syria-year-chemical-weapons-attacks-persist

https://www.hrw.org/news/2018/04/30/data-used-human-rights-watchs-reporting-chemical-weapons-attacks-syria

https://www.nytimes.com/interactive/2018/04/13/world/middleeast/syria-chemical-attacks-maps-history.html

[72] https://www.timesofisrael.com/why-did-assad-use-chemical-weapons-because-he-can/

[73] https://www.theguardian.com/world/2013/aug/31/syria-un-weapons-inspectors-leave

[74] https://airwars.org/news/assessment-march-2018/

[75] https://airwars.org/civilian-casualty-claims/

Le chiffre donné par Airwars est d’ailleurs bien plus élevé que celui donné officiellement par la Coalition. Celle-ci annonce avoir tué 855 civils dans son rapport de mars 2018 :

http://www.inherentresolve.mil/News/News-Releases/Article/1477860/cjtf-oir-monthly-civilian-casualty-report/

[76] https://airwars.org/about-us/

[77] https://www.bellingcat.com/?s=airwars

[78] https://www.bellingcat.com/news/mena/2017/03/16/us-missile-remains-reportedly-recovered-from-site-of-aleppo-mosque-bombing/

[79] https://www.bellingcat.com/?s=yemen

[80] https://www.nbcnews.com/news/world/syria-may-not-have-declared-entire-chemical-arsenal-opcw-says-n877526

[81] https://www.theguardian.com/world/2017/apr/04/syria-chemical-attack-idlib-province

[82] http://www.militaryspeakers.co.uk/speakers/hamish-de-bretton-gordon-obe/

[83] https://www.avon-rubber.com/Avon-news/New-strategic-partnership-announced-as-chemical-and-biological-counter-terrorism-and-warfare-expert-Hamish-de-Bretton-Gordon-OBE-joins-Avon-Protection.htm

[84] http://www.rudaw.net/english/kurdistan/19032014

https://kurdistantribune.com/halabja-project-should-help-galvanise-world-leaders-eradicate-weapons-mass-murder/

[85] http://www.rudaw.net/english/kurdistan/31032014

[86] https://www.smi-online.co.uk/defence/archive/10-2005/conference/nbc-international-conference

[87] https://uk.linkedin.com/in/hamish-de-bretton-gordon-obe-37aa9a35