Nous sommes une force qui va

Funérailles de Victor Hugo, le 1er juin 1885

Les attentats du 13 novembre m’ont laissé un goût amer. On nous parle de génération Bataclan, alors que les tyrans ont l’âge des martyrs. Ce n’est pas seulement la jeunesse, ni la France qui ont été visés, mais la vie, comme c’est quotidiennement le cas. Les monstres froids pensent que nous, hommes qui tâchons d’êtres libres et égaux en droits et en devoirs, ne sommes plus prêts à mourir pour des idées. Heureusement, ils ne savent pas.

Certes, en voulant la liberté et la sécurité, dans une époque où les inégalités continuent de se creuser, en prétendant faire de la politique sans prendre position, alors que les institutions ont perdu légitimité et efficacité et attendent leur dislocation programmée, en semant la discorde et le nivellement vers le bas sans relâche, nos élites ont oublié le sens du bien commun, et au fond de la raison. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à nous proposer de le leur rappeler !

Victor Hugo, notre frère qui est aux cieux de la pensée et de la prose française, avait su démontrer avec force combien tout progrès réel émane du “troisième dessous social”. Toute lave commence par être nuit.

Alors que nos “pères” voient la société creusant son tonneau des Danaïdes vers la fin de la fin de l’Histoire, nous sommes de plus en plus de “pairs” à ressentir que nous traversons un tunnel, mais que la lumière est au bout. À portée d’efforts.

Nous avons le culot de croire en un nouvel âge d’or où la vieille Europe serait une inspiration, un souffle et un arbitre pour un Monde recomposant ses équilibres dans le respect de sa diversité et des droits humains, son organisation et ses modes de production, de consommation et de communication dans l’intérêt des générations futures.

La culture et l’éducation seraient ouvertes dans leur création et leur partage, la recherche de rentes laisserait place à la quête d’une vocation, d’une position sociale d’interdépendance et à un développement humain qui ne se limiterait pas à un étirement de l’espérance de vie.

Pour faire clôre cette époque, nous ne devons plus attendre après personne. Aucune force intérieure, ni aucune puissance extérieure ne viendra agir pour nous. Nos élites n’auront pas cette vision, et ne se feront pas hara-kiri avec le sourire. C’est à nous de nous sentir poussés, d’être enfin une force qui va.

Soyons le changement que nous voulons voir, prenons notre destin en main sans gémir, sans quémander, sans regretter, sans se renier, sans vanité, sans combine, mais aussi sans naïveté.

Nous allons imposer aux gouvernants une nouvelle règle du jeu, reprendre le pouvoir sur nos destins individuels et à force changer le cours de la vie collective. Nous allons le faire car nous y sommes obligés, pour la mémoire de nos aînés, venus en France semer des graines d’espoir, pour l’avenir de nos enfants à naître, déjà condamnés à payer les caprices thésauristes de leurs aïeux.

Si les rentiers pensent nous avoir épuisé en nous condamnant, petites pierres qui roulent, à être freinés par des ruisseaux de contraintes, ils se trompent encore et toujours. Ils nous ont rendus plus endurants encore. Ils nous voient comme des Sisyphe heureux, montrons-leur que le pouvoir ne réside plus dans les décisions mais dans les leviers, et que c’est nous seuls qui pourront les activer.

Désormais, nous devons conjuguer nos énergies et nos combats pour devenir ce torrent qui passera sur les roches de l’inertie pour faire naître un monde meilleur de la cuisse-même de nos frustrations, de nos rêves et de nos désirs.

Il faudra du temps, aussi n’en perdons plus et commençons de suite la grande oeuvre de reconstruction d’un contrat social projeté vers le mieux-être ensemble des générations futures. C’est notre devoir vis-à-vis de l’Histoire et le défi le plus exaltant qui puisse s’offrir à nous. Sabre au clair !