“Tes larmes sont juste une nourriture pour toi”. Cette sentence peut paraître aussi bien anodine que méprisante suivant le cadre qui la conditionne. Elle m’a personnellement brisée le coeur — régulièrement mis à l’épreuve — et enterrée six pieds sous terre.

L’explosion de sentiment est mon lot quotidien. Acharnée, extrême, accro — tantôt enragée, tantôt au paroxysme de l’épanouissement et du bonheur — je marche sur le feu en permanence et il semble effectivement que mes nombreuses larmes ne cherchent, en vain, qu’à éteindre ce dernier semblant me consumer petit à petit.

Il y a un an maintenant, j’ai pris la décision personnelle de ne plus me voiler la face. De comprendre que j’avais vécu assez avec le mensonge à toutes ses échelles possibles, avec des crises aussi répétitives chronologiquement qu’inattendues dans leur intensité . Il m’a fallu attendre 22 ans, blesser les personnes qui me sont les plus chères, me blesser moi-même par lien de causalité direct pour reconnaître en me regardant en face que je me détestais viscéralement au point de toujours tout gâcher autour de moi (plus particulièrement, les événements, les rencontres, les relations qui auraient pu m’être bénéfiques) et que mes réactions, mes crises, mon angoisse perpétuelle, ma tendance extrême au doute et à la paranoïa n’étaient ni adaptés socialement et sociétalement ni même sains.

Si il apparaît aujourd’hui évident que le choix d’un traitement psychologique puis psychiatrique n’incombait qu’à moi, il a aussi été provoqué par un amour gâché. Gâché par un tourbillon d’angoisses, de peurs et de pulsions qui ont muté de manière pragmatique et intelligible en crises quasi-quotidiennes et en mensonges protecteurs.

J’ai aujourd’hui toujours la chance de pouvoir vivre cet amour. Je le ressens toujours malgré le sentiment de culpabilité inhérent à mes erreurs et la personne qui en est le destinataire, après être logiquement partie, accepte aujourd’hui de me re-fréquenter sous couvert d’un certain détachement qui me pousse dans mes retranchements sains et malsains.

Durant notre relation, j’ai beaucoup pleuré. Dans la vie quotidienne, je pleure régulièrement. De joie, de peine, d’angoisse. Toujours de manière exacerbée et rapide lorsqu’une situation m’oppresse au point d’étouffer (pour différentes raisons). Ces larmes, quoique quiconque puisse en penser, je m’en passerais bien. Je ne les contrôle pas et elles expriment toujours un ressenti réel pour moi. Ce dernier n’est parfois pas lié aux événements ou aux raisons explicitement affichés mais mes larmes sont toujours sincères.

Tenter de faire admettre cela à ceux qui subissent ou ont subi les affres de ce qui s’est avéré, s’avère et s’avèrera toujours être une maladie mentale est difficile et douloureux. Il s’agit de s’enfermer régulièrement dans le cercle vicieux de la culpabilité duquel la thérapie et le traitement est censé nous sortir.

Cela fait un an que je suis traitée de manière hebdomadaire. Tous les vendredis à 16h30, mon psychiatre m’attend. Au gré du temps, je m’améliore, on estime que je me contrôle mieux quand je comprends que j’ai effectivement de plus en plus d’emprise sur cette nécrose qui me parait au moins autant constitutive de mon être qu’étrangère, pernicieuse et polluante.

Le combat contre la maladie sera un combat de tous les jours bien que les effets néfastes s’estompent doucement au travers d’une meilleure gestion et d’une acceptation progressive. Ce combat passe aussi par la capsule consciente que constitue le passé. Il faut le laisser partir tout en le prenant tel qu’il est. C’est loin d’être une chose facile mais c’est salvateur.

Je suis malade, il l’a subi. Les sentences blessantes font partie des tests et de la reconstruction. Prendre le dessus chaque jour, comprendre l’incompréhension et tenter de se faire pardonner par ceux et celui qu’on aime.