Partir ou rester. Les habitants des 18 péniches installées aux Bassins à flot subissent de plein fouet la mutation du quartier. Certains revendiquent leur place, d’autres comptent bien fuir un environnement qu’ils ne reconnaissent plus.

Des grues, il y en a eu jusqu’à 29, on les a comptées avec ma compagne”. René regarde les chantiers depuis sa timonerie. Il est le premier à s’être installé aux Bassins à flot dans les années 2000. Imperturbable, il n’a pas changé ses habitudes. Un peu plus loin sur le quai, un voisin fait part de son inquiétude :

“Le quartier de Bacalan, c’était des mariniers, des artisans, une atmosphère populaire. C’est pour ça que je suis venu habiter ici. Aujourd’hui, il n’a plus d’âme. J’envisage sérieusement de partir.”

Les embarcations vont-elles une nouvelle fois devoir virer de bord ? Ce n’est pas impossible. Au début des années 2000, elles avaient déjà dû être déplacées suite à la suppression du port à péniches sur la Garonne. La faute à des quais en mauvais état et au déclin de l’activité fluviale. La Maison du projet des Bassins à flot ne cache d’ailleurs pas que le devenir des 18 péniches est en suspens :

« C’est vraiment une question qui se pose mais aujourd’hui rien n’a été tranché. Si on a une lecture un peu dure, ces habitants sont des privilégiés. Il ne payent rien. Mais il est vrai que ces péniches font partie du paysage des Bassins à flot et qu’elles ont une histoire », explique un responsable.

Tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde. Peu importe l’évolution de leur quartier, la plupart des résidents des bateaux n’envisagent pas d’abandonner les lieux. Ici, ils sont chez eux.

Si les habitants n’ont pas envie de quitter leur péniche, c’est qu’il s’agit pour eux d’un véritable art de vivre. Aménagement, décoration, chacun a transformé son bateau en nid douillet. Sans compter les heures et les heures de travail…

Pour l’heure, les travaux n’ont pas directement affecté les conditions de vie de René, Jean-Philippe et leurs voisins, si ce n’est la vue sur les grues et quelques nuisances sonores. Mais il faudra s’armer de patience. Le projet s’étend et la métropole voit grand : plus de 12 000 habitants devraient s’installer dans les nouveaux bâtiments encore en pleine construction.

Noémie Gaschy, Jorina Poirot et Margaux Dubieilh