Emmanuel Macron veut interdire la commercialisation d’œufs de poules élevées en batterie avant 2025. Est-ce réalisable?

Faisabilité : Déjà engagé par de nombreux supermarchés

1. Un projet déjà…. en marche

Bon nombre de supermarchés ont déjà entamé la suppression des oeufs de poules élevées en batterie de leurs rayons, comme Monoprix, Colruyt, et le Groupe Schiever (Atac, Bi1 et Maximarchés).

D’autres ont également pris l’engagement de le faire d’ici 2025, dont Carrefour, Intermarché, Système U (à l’horizon 2020, uniquement sur sa marque propre), Aldi, Lidl, et Norma.

“Il y a un effet d’entraînement du marché”, explique Amélie Legrand, chargée des affaires agroalimentaires pour l’ONG Compassion in World Farming.

“Les entreprises ont maintenant intégré la problématique du bien-être animal dans leur stratégie. Et les poules en cage en sont le sujet phare, qu’elles ne peuvent plus ignorer”, précise-t-elle.

2. Est-ce faisable?

Part de la production d’oeufs selon le type d’élevage des poules, en France en 2015. Source : Ministère de l’Agriculture

La France est le premier producteur européen d’œufs, avec 14,7 milliards d’unités en 2015, selon les chiffres de la filière avicole. Or, encore une grande majorité de ces oeufs sont produits par des poules élevées en cage.

Si les changements à opérer sont grands, ils semblent faisables, puisqu’ils ont déjà été opérés chez certains de nos voisins européens. Selon la Commission européenne, les poules pondeuses en cages sont très minoritaires en Allemagne et aux Pays-Bas.

Proportion d’oeufs de poules élevées en cage en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Source : Commission européenne.

3. Réticence des producteurs

Si le groupe de grande distribution Les Mousquetaires soutient que “d’ici à 2025, les éleveurs auront le temps nécessaire pour s’adapter aux nouvelles exigences et développer des méthodes d’élevage alternatives à la cage aménagée”, certains producteurs semblent réticents.

Yves-Marie Beaudet, producteur d’oeufs, a investi 1,6 millions d’euros pour mettre son exploitation conforme aux nouvelles normes de 2012. Il affirme qu’il n’aurait ni les moyens, ni la place de faire de nouveaux aménagements pour mettre ses poules en plein air si Emmanuel Macron interdisait les oeufs de poules en cage.

“De 160.000 poules, je descendrais à 40.000 poules, car je n’ai pas les terres suffisantes pour mettre toutes mes poules en plein air. Donc la solution, c’est inévitablement supprimer les 4 emplois présents sur l’exploitation”, conclut-il.

Pour Ovocom, entreprise commercialisant des oeufs, “l’échéance est trop serrée.” “Cette transition demande du temps et de l’argent : ce que les supermarchés ne laissent pas aux producteurs.”

Les producteurs évoquent également un impact sur les prix : “un œuf plein air coûtera 53% plus cher qu’un œuf standard”, précise Ovocom. Une hausse des prix qui se répercuterait non seulement sur les oeufs, mais aussi sur tous les produits dérivés de l’oeuf, et aurait un impact direct sur les consommateurs.

4. Ou comment ne pas prendre de risques électoraux

Hormis chez les producteurs d’oeufs, Emmanuel Macron ne prend que peu de risques en proposant d’interdire la vente d’oeufs de poules élevées en cage, une mesure qui fait pratiquement l’unanimité en France. Selon un sondage OpinionWay, en 2014, 84% des Français approuveraient que les supermarchés cessent de vendre des oeufs de poules élevées en cage.

“Notre engagement répond à une demande croissante des clients, de plus en plus attentifs aux conditions d’élevage et au bien-être animal”, explique d’ailleurs le groupe Les Mousquetaires, qui s’est engagé en janvier dernier à cesser de vendre des œufs de poules élevés en batterie d’ici 2020 sous sa marque, et d’ici 2025 pour l’ensemble des fournisseurs de ses rayons. Une bonne volonté des supermarchés, d’ailleurs indispensable pour que la mesure proposée par Emmanuel Macron soit mise en oeuvre.

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