L’expérience inégalée d’entreprendre chez ses parents

“blue corded headphones” by Emma Matthews on Unsplash

“A Paris, les entrepreneurs qui rêvent et qui triment sont membres d’une unité d’élite, appelée Unité Spéciale pour les Victimes. Voici leurs histoires…” tadammmm

Bon, je ne connais pas la vie de tous les entrepreneurs, mais je connais les réalités de ceux qui squattent chez leurs parents.

Oui parce que moi, j’habite chez les miens. A 28 ans, je suis ce qu’on peut appeler une Tanguette (féminin de Tanguy, tu l’auras compris).

Ça fait maintenant 2 ans que j’entreprends, dans le secteur de la mode en ligne plus précisément. J’ai connu des hauts et des bas, comme tous dans l’aventure de la création d’entreprise, mais par chance, je peux toujours compter sur ma famille.

Alors, attention, j’ai voulu prendre mon indépendance, mais peu après avoir commencé les recherches d’appart, j’ai aussi voulu entreprendre.

Donc, tant qu’à vivre dans la précarité en Île-de-France, autant qu’elle ait un but ultime bien précis: celui de créer mon entreprise.

Et c’est là que ça devient intéressant. Tu penses que lancer ta boite chez tes parents c’est simplement “limiter tes charges financières” … Non, ça c’est ce que tous tes potes pensent. Et même que certains peuvent t’envier, à l’idée alléchante de quitter leur 25m² à 1000€/mois . C’est aussi ce dont toi tu t’étais naïvement convaincu.e, allongé.e sur ton lit, des rêves de succès plein la tête, et des envies de bien-être et de sérénité plein le cœur.

Mais la réalité est bien plus… “riche” mon ami.e…

Motivée, faut rester motivée

Moi mes parents ils sont retraités. Ils ont la soixantaine, et donc le rythme de vie qui va avec (les veinards). De toute façon c’est simple, j’avais à peine fini mes études que ma mère terminait sa carrière professionnelle, et disait “oui” à la promesse de vacances éternelles. Je cherchais un premier boulot, et elle, sa prochaine destination au soleil.

Du coup, quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais entreprendre, j’ai de suite demandé à squatter une des chambres vides de la maison (oui, très cher.ère, une modeste demeure de quelques hectares en proche banlieue) pour la transformer en bureau et atelier créatif. Je me suis dit: “comme ça, pas besoin de louer un espace en coworking, je serai tranquille dans mon bureau, sereine pour travailler”.

Alors, la sérénité, oui, mais la solitude, elle, tu ne la vois pas venir. Tu te la prends juste en pleine face, comme les portes du métro que tu te prends dans la tronche parce que le mec d’avant a décidé de ne pas te calculer. Comme un ouragan, qui passait sur toi, quoi.

C’est-à-dire que chaque matin, tu te lèves en te disant que tu es la seule cheffe à bord, que tu dois faire avancer le navire, t’organiser, planifier, et surtout, bosser. Dans les faits, il faut réussir à se lever tôt, sans avoir forcément de lieu de travail extérieur où se rendre, et sans avoir de boss au dessus de soi pour imposer des règles. Les règles, c’est toi qui les fixes, et ça c’est le plus dur, clairement.

Surtout que pendant tout ce temps, mes parents eux, continuent leur douce vie de retraités, à coup de longs voyages dans les Caraïbes, et de grasses matinées quotidiennes.

Et j’ai le seum. Le vrai seum. Celui qui te prend aux tripes, qui te fait trembler les narines et le bout des lèvres. Celui qui te fait secrètement penser à ta retraite (pardon, ce pays lointain, appelé “retraite”), et envoyer chier la vie active. Le seum qu’on décrit pour parler des haters sur Instagram. Sauf que là, c’est moi la hater, et ma cible, des retraités émérites de 60 ans.

La tentation est donc grande de céder à ce rythme. Parfois, il m’arrive même de dire bonjour à la salle de bain vers 14h, en plein flagrant délit de négligence vestimentaire. Ben oui, mais c’est tellement pratique de bosser en pyjama, aussi! En mode start-upeuse dans la tech. Trop dans le turfu, pas le temps pour les niaiseries (comprendre, l’hygiène).

Alors, les levers à 7h, motivée, déterminée à changer le court du temps… ça a duré 6 mois. Ensuite, je me suis crue moi-même retraitée. J’ai commencé à me coucher à des heures inavouables, à connaître par cœur le programme TV d’M6 et TF1, et à revenir à l’heure pour les Reines du Shopping. Adieu l’esprit start-up, le challenge et la rigueur. Bonjour les excuses et la détente.

Adieu monde tranquille

Depuis quelques mois, j’ai repris une rigueur de travail (fierté!). Je me lève tôt, je m’organise et je priorise. Mais c’est sans compter sur la détermination de mes parents à refuser toute notion de respect du travail d’autrui.

Les premiers mois de ma création d’entreprise, j’étais à fond, je découpais, je dessinais, je faisais plein de mood boards et je remplissais des cahiers entiers d’idées. Bref, j’étais inspirée, fallait pas me déranger. J’avais limite le panneau d’entrée qui disait “do not disturb”, comme dans les films américains. Mais bon, le souhait de ne pas être dérangée, ce n’est pas vraiment une possibilité que tu peux te permettre d’exiger quand tu entreprends chez tes parents.

T’as beau te prendre pour Steve Jobs, Mark Zuckerberg, ou Sofia Amoruso, et développer THE idea, qui va, tu l’espères, changer ta vie, tu restes avant tout, la fifille à tes parents.

Chez moi, ça se matérialise surtout par les interruptions assez fréquentes pour un peu tout: répondre au téléphone, accueillir les potes des parents, ou répondre aux interrogations les plus urgentes de la vie quotidienne, du style: “c’est quoi déjà la chaîne de Quotidien?” , “tu connais la fille qui chante Oh Djadja?”, ou “t’as le bonjour de tonton au téléphone”.

Mais, bizarrement, va savoir pourquoi, j’aime bien être interrompue à un moment précis. Ce moment, où dans un élan de pitié, ma mère ouvre la porte pour me dire: “viens manger, c’est prêt” (#Tanguette, #coeuraveclesdoigts).

Un soutien à toute épreuve

Oui parce que dans cette aventure intense, flippante et imprévisible qu’est l’entrepreneuriat, je peux compter sur mes plus fidèles alliés, mes parents (#larmichette).

Quand je suis complètement déboussolée, et persuadée que “ça va jamais marcher de toute façon”, et bien ce sont les premiers à m’épauler, et à me montrer par tous les moyens, que je suis plus que capable de relever les montagnes sur ma route.

Ils m’envoient des vidéos inspirantes sur Facebook, me parlent des super reportages sur l’entrepreneuriat, et me présentent comme la prochaine Michelle Obama (là je leur demande de se calmer un peu bien évidemment).

J’ai la chance d’avoir des parents super chaleureux et bienveillants, qui me soutiennent, malgré le fait qu’ils ne comprennent toujours pas ce que je fais de ma vie. Mais ils sont confiants. Ils sont plus certains de ma réussite que moi-même, et ça, c’est un sacré cadeau.

Et puis honnêtement, si tout était si simple, ben on n’aurait rien à raconter.

Et un jour, moi aussi, je pourrai dire “started from the bottom, now I’m here!”. Boom! (emoji biceps)