L’oeil du photographe est à la vie ce que la plume du poète est à la langue. Il en capture l’instant, elle en capture le mot. Dans les deux cas, c’est un seul et même élan où l’oeil et la plume voyagent ensemble jusqu’au bout du monde, jusqu’au bout de soi, et c’est un étrange et merveilleux mystère que d’y être entraîné par Sheppard R. Pepper. Lui qui, comme poète et photographe, est précisément des deux voyages. C’est ici que nous partons avec lui par la porte de l’ordinaire, ce seuil de tous les jours où chacun passe sans se le dire et d’où jaillissent des visions d’un corps à l’envol, de deux corps qui s’enlacent, d’un corps qui dort, d’un corps qui cuisine, qui bricole, qui travaille, d’un corps qui se rase, de peau ou de métal, de bras et d’ailes, tout le corps, rien que le corps des pieds au visage, sur les toits, dans le ciel, sous le soleil, la mer, et sur la terre de sable et de pierres, et même l’eau d’un lac où il se fait aussi léger que la plume du poète. Entre dehors et dedans, ce corps se déploie égal à lui-même, sans fard, sans mentir, toujours selon le même format, le même cadre systématique du Nikon Nikormat. Le noir et le blanc souvent, aussi la couleur parfois, comme pour rappeler à nos yeux que tout ceci est un rêve, mais que tout ceci existe, a existé et existera encore, encore, et en corps.

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