ARRÊTONS LE STORYTELLING BULLSHIT.

(Miss you Carry).

La semaine dernière je suis allé au cinéma voir Blade Runner 2049. Outre le film visuellement orgasmique de Denis Villeneuve, une chose m’a sauté aux yeux lors de ces putains de vingt minutes de publicité faisant office de préliminaires cinématographiques. Quoi donc me direz-vous ? Réponse : le manque d’imagination flagrant des publicitaires qui nous pondent de belles bouses dorées.

> Explications.

DES HISTOIRES SANS FOND ET INTERCHANGEABLES

Durant ces fameuses publicités en début de séance, hasard ou non, les nouvelles publicités d’Ikea et d’Uber se sont enchainées. Et je ne sais pas si c’est justement leur enchaînement ou la surprise désabusée des personnes dans la salle qui n’ont compris qu’au bout de 20 secondes qu’il s’agissait d’une pub pour IKEA ou pour UBER… que je me suis dit « là y’a un problème ».

Et la lune, c’est pour bientôt ?
Déjà faites nous place à des matériaux gérés durablement.

Images léchées, travelling progressif, voix off, slow motion, acteurs profondément humains, scènes de vies qui s’entrecoupent… attention vous risquez de faire une overdose d’émotions. Alors oui, esthétiquement c’est beau d’où le « dorées » que j’employais plus haut, par contre quand on regarde le fond : “mouais“.

Le problème c’est qu’en ce moment trop de publicités utilisent les mêmes ressors et les mêmes recettes préconçues. En même temps comment leur en vouloir puisque les pros, la presse spécialisée ou encore les écoles n’ont qu’un mot à la bouche : storytelling. Là où ça commence à me gaver, c’est que les gens utilisent « storytelling » au même titre que « design » : c’est-à-dire à peu près n’importe comment.

Alors s’il vous plait : le storytelling ce n’est pas nouveau et je vous conseille vivement de lire le livre de Christian Salmon sur le sujet avant de nous faire du buzzwording sur le sujet en nous balançant à la figure son côté novateur et tendance. MERCI ❤.

Du coup, on se retrouve avec ce que j’appelle du storytelling bullshit, soit de jolies petites histoires qui ne servent à rien à part enfoncer des portes ouvertes, hijacker notre attention et détourner notre raisonnement.

Pour imager ce côté transposable et fade, je me suis amusé à prendre 6 pubs qui passent en ce moment à la télé, et je les ai mixées (à l’arrache).

Résultat : pas si évident de retrouver quelle séquence appartient à quelle pub.

WHAT’S NEXT ?

Tout d’abord notons qu’il y a des publicités qui font un bon usage du storytelling (coucou Intermarché) et encore mieux : on peut marquer le public sans nous pondre des histoires larmoyantes (coucou Kenzo ❤).

Là où je reste plus dubitatif : c’est pour la suite.

Nous évoluons dans un monde où la violence (verbale et physique) ne cesse de croître. Et soyons honnêtes, quelqu’un de trop spontané et bienveillant sera taxé de naïf et de facilement influençable. Alors est-ce que ce déluge d’histoires émotives ne va pas enfoncer complètement le clou et nous rendre insensibles ? (J’en suis un bon exemple étant donné cet article).

Mais comme toute logique de garde / avant-garde nous pouvons espérer la mort prochaine de ce type de narration. À l’heure des memes et des parodies sur Youtube, le public décrypte et acquiert très vite les codes publicitaires. Conséquence : il risque d’être en quête de choses plus réelles et moins romancées. Plus toutes ces fakes news, et ces scandales qui surgissent (désolé Lidl), je crois que nous avons surtout besoin de concret et de renouer le dialogue (dans la confiance) avec les consommateurs… plutôt que de leur servir un verre de lait, de les border et de les endormir avec de jolies histoires.

Une réflexion qui semble déjà avoir été menée (maladroitement) par la SCNF avec sa dernière publicité sur les réseaux sociaux :

Sérieux, on n’y croit pas une seconde… #malaise #biententé #tryagain.

Alors, arrêtons de raconter d’histoires pour juste dire qu’on en raconte. Arrêtons de bullshiter les clients avec des :

« Nous allons faire du storytelling pour la prochaine campagne, vous allez voir c’est génial ».

Arrêtons de bullshiter les consommateurs en leur martelant :

« Regardez on est une marque trop humaine, trop proche des gens». 
PS : mais bon on exploite des enfants à l’autre bout du monde pour fabriquer nos produits.

Et surtout arrêtons d’utiliser les mêmes recettes fades, et bordel mettons du piment dans nos créations !