@Twitter se meurt, vive ©Twitter

La lente mort du réseau social qui a grandement contribué à la révolution industrielle de l’User Generated Content va nous obliger à trouver des solutions de repli à moins que l’oiseau bleu redevienne le rêve qu’il fut.


Twitter est pris au piège de la Bourse. À marche forcée elle «socialise» son mécanisme avec des nouveautés qui ont été adoptés par ses concurrents tel Facebook, Flickr depuis bien longtemps. Contraint à la croissance pour les dividendes de ses investisseurs, la société californienne redouble de plagiat pour conquérir de nouvelles adhésions et rattraper son retard.

C’est le prix à payer pour satisfaire des investisseurs qui ont acceptés d’attendre de nombreuses années pour avoir les retours sur investissement. Souvenez-vous, né en 2006 l’outil se propage dans une blogosphère qui ne voit pas là une menace. Les investissements initiaux sont d’un à cinq millions de dollars en 2008, pour atteindre des sommets au mois de Janvier 2014 avec une valeur boursière de 50 milliards de dollars.

Le site ne recrute plus autant de nouveaux utilisateurs que Facebook qui a toujours fait la course en tête. Elle est en crise de croissance exponentielle. Le petit oiseau de la Silicon Valley se retrouve ainsi coincé entre les financiers d’un côté qui attendent des rendements et de l’autre des nouvelles populations de plus en plus méfiantes des réseaux sociaux.

Twitter s’est pourtant construit grâce à ses utilisateurs. Les principales innovations de ce réseaux : le “@”, le “#” et le “RT” ont été inventés par ses clients d’un nouveau genre, pouvant être ses propres employés.

Petit à petit, en regardant le comportement des autres. Petit à petit, en étant émerveillés qu’un petit groupe de développeurs de la Silicon Valley pouvait créer un outil à la fois si simple et si efficace qu’il en est déroutant, petit à petit interconnectant les individus comme les neurones d’un cerveau. Petit à petit, de créativité en créativité, un écosystème a éclos.

La taille du réseau, aujourd’hui ne permet plus une innovation qui se démocratiserait. La conscience de participer à l’élaboration d’un nouveau continent n’est plus dans les têtes des utilisateurs. Dans les années 2006 à 2009, l’élaboration des règles de fonctionnement se faisait comme on construit une maison dans un village. Chaque personne apporte ses compétences et ses talents.

Michael Arrington, fondateur de Techcrunch, a toujours vécu avec passion les plantages des serveurs de Twitter.

Par exemple en 2008, le service s’effondre sous une croissance exponentielle et l’ouverture de son logiciel aux développeurs. L’écosystème est alors à son maximum et les serveurs ont du mal à suivre. C’est alors un tremblement de terre pour la vallée. Des services similaires sont créés pour remplacer ce qui était devenu en si peu de temps indispensable. Qui se souvient aujourd’hui de Frienfeed ou du Laconica ( Status.net aujourd’hui ) pourtant en logiciel libre.

Des dialogues un peu abscons de blogueurs à blogueurs.. Une effervescence propre à une tribu de geeks

C’est le soutien de la communauté qui a porté Twitter dans sa quête d’une infrastructure fonctionnelle et stable pendant sa croissance. C’est d’ailleurs assez incroyable de revoir l’émotion suscitée dans la communauté des «Twitterers». Et l’aide reçu par des spécialistes venant de Google, d’IBM et d’autres grandes firmes. Cette période de deux mois pendant laquelle, la petite firme a transformé une startup en industrie pour accueillir le lancement de l’Iphone par Steve Jobs.

Car Twitter avant l’Iphone avait déjà du succès. Ce n’est pas l’onéreux gadget de Cupertino qui a fait naitre le service. Beaucoup de téléphones portables pouvaient accéder à ses services grâce au SMS. Cette option transparait encore un peu aujourd’hui à travers les notifications. On pouvait donc recevoir et émettre des tweets par sms. En Europe cela se passait à travers un numéro de téléphone en Angleterre.

Pourrait-on imaginer aujourd’hui Twitter sans smartphone ? Aujourd’hui, le trafic est à 80% fait à partir de cet objet qui tient dans la main. Plus que ça, la conjonction des deux a permis de donner naissance à un boom de la publicité sur mobile avec des chiffres astronomiques et des fusions-acquisitions exceptionnelles.

Et depuis trois ans, un retournement de situation qui apparait incroyable au regard de l’histoire que je viens de vous narrer. D’abord ça a commencé avec l’abandon des applications tierces…

Car s’appuyant sur l’écosystème des développeurs professionnels et amateurs, Twitter a poussé au delà de son site internet l’utilisation de sa messagerie d’un nouveau genre. Cette galaxie de «produits dérivés» a atteint alors des proportions aujourd’hui oubliées. L’application interactive “Twitterversecréé par le Guru des médias sociaux, Brian Solis représente cette galaxie par cercle concentrique. Si gigantesque et varié en effet, qu’elle est de l’ordre de l’univers d’où le mot-valise : twitter universe, Twitterverse.

L’image est d’origine est là : http://www.flickr.com/photos/briansolis/3570379944/

Mais, en 2011 la fête est terminée. Les nouvelles versions d’API se succèdent et les codeurs qui rêvent de faire une application révolutionnaire devront de plus en plus se conformer aux règles et aux contraintes de la nouvelle plateforme. Le point d’orgue de ce changement étant le changement de version 1 vers 1.1 … Un tout petit point qui introduit de nombreuses règles pour maitriser l’apparence des tweets. Cette “législation” normalise donc le gigantesque panneau de pub que devrait devenir la messagerie.

Cette image a été créé par Yiying Lu. Cette image a longtemps été un icône du web 2.0. Wired a raconté son histoire : http://www.wired.com/underwire/2008/07/twitter-fans-tu/

Ces changements sont accueillis de manières mitigés dans la communauté de codeurs. L’introduction en bourse de Twitter et les profits potentiels publicitaires étouffent les derniers récalcitrants. D’autant que la précédente version avait encore des touches d’amateurisme qui la rendait peu stable. On peut aussi voir ce contrôle croissant comme la volonté de continuer à respecter l’expérience utilisateur sur le site.

Par touche successive, petit à petit, le petit oiseau a réussi à faire oublier le #failwhale de ses débuts. De plus en plus propre et avec de moins en moins d’applications différentes qui utilisent le service, est-ce que la fin du “chantier” qu’à été cette messagerie d’un nouveau genre ne correspond pas aussi à une forme de retour à la réalité ? Cette réalité étant la nécessaire croissance et le retour sur investissement.

L’abandon également des SMS en août 2008 a créé une étrange sensation en France. J’ai rêvé qu’à ce moment là le #Free de Xavier Niel passe un accord avec Twitter pour nous permettent de vivre la même expérience que les américains. Ce service a fonctionné un temps. Mais cela coûtait très cher à la société américaine. En effet aux États-Unis on ne paie pas les frais de transport des messages.

Mais en devenant plus puissant et professionnel, Twitter ne peut plus se permettre de montrer de signes de faiblesses. De nombreux événements historiques n’auraient sans doute pas été les mêmes si Twitter n’avait pas été présent. Prenant acte du rôle croissant des nouvelles technologies, l’ONU a pris position contre l’interdiction de Twitter en Turquie. Sa branche des droits de l’Homme considère en effet que les droits à la vie privé et la liberté d’expression sont les mêmes sur internet que hors-ligne.

“As the General Assembly recently affirmed in November 2013, the same rights that people have offline must also be protected online,” Mr. Colville, Porte parole du haut commissariat aux droits de l’Homme (OHCHR)

Twitter a pourtant été largement à l’écart des révélations d’Edward Snowden en dehors de la veille que tout community manager ferait. En effet jusqu’à présent Twitter a fortement résisté à la Justice.

Twitter subit la pression des États pour contrôler les propos tenus en ligne.

Aujourd’hui Twitter vivote, ajoute des pubs...Cependant, les gens ne se laisse plus bercés par le stratagème de la Grenouille. L’agacement augmentant, le soutien populaire que Twitter avait à ses débuts, finit par s’estomper jusqu’à qu’un réseau social plus “cool” le remplace.

Ressources :

Interview YiYing Lu, le créateur du #failwhale

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