Les subventions aux entreprises

Je suis en affaires, et je suis en principe contre l’aide gouvernementale aux entreprises.

En principe, parce que je crois que les jeunes entreprises ont parfois besoin d’un coup de pouce pour franchir certains seuils. Je crois aussi que des entreprises florissantes, créatrices d’emplois, peuvent trébucher et avoir besoin d’une aide temporaire pour se relever.

Si vous êtes adepte de la “main invisible du marché” comme régulatrice de l’économie, vous savez que cette doctrine ne peut fonctionner que si toutes les entreprises sont en réelle compétition, et que les mêmes règles s’appliquent à tous. C’est le troisième cas pour lequel je crois que les aides gouvernementales sont de mise : quand certaines entreprises bénéficient de coups de pouce au détriment de leurs compétiteurs, et qu’il faut rétablir l’équilibre.

Faut-il s’insurger quand on apprend qu’une entreprise comme Simons pourrait obtenir un coup de pouce du gouvernement? Certains pensent que oui, en nommant au passage quelques modèles de “vrai” capitalisme comme Amazon ou Zara.

En principe, je suis d’accord avec eux. Mais dans la réalité, il faudrait que tous jouent selon les mêmes règles. Donc…

Pas d’aide gouvernementale pour Amazon pour bâtir son prochain siège social.
Ni pour ses expéditions de colis. Ni pour bâtir ses centres de logistique. En fait, aucun des 1 244 510 527$ US versés par différents paliers de gouvernement n’aurait dû l’être, non? (Oui, c’est bien un MILLIARD et des broutilles.)
Pas d’aide non plus pour Sears (537M$ US d’argent public versé ou non perçu, en vain, depuis 1989).
Ni pour Lowe’s (236M$ US reçus depuis 1997).
Ni pour Wal-Mart (205M$ US reçus depuis 1992).
Ni pour Target (167,9M$ US reçus depuis 2000).
Ni pour eBay (125M$ US reçus depuis 2000).
Ni pour Best Buy (59,9M$ US depuis 1993).
Ni pour Nordstrom (16,7M$ US reçus depuis 1997).

Et ça, c’est seulement pour quelques entreprises bien connues du domaine du commerce au détail.

Remarquez que l’immense majorité de ces aides ne sont pas des participations au capital (qui peuvent être rentables pour le gouvernement qui encaisse des dividendes comme tout autre investisseur), des prêts (avec intérêts versés au gouvernement) ou des garanties de prêts. Ce sont de pures subventions, ou alors des crédits de taxes et d’impôts.

Quand on aura mis fin à cette folie généralisée, que tout le monde jouera selon les mêmes règles et qu’aucune entreprise étrangère faisant des affaires au Québec ne recevra d’aide de son gouvernement, nous pourrons déchirer nos chemises et exiger que les entreprises d’ici fassent de même. Ce sera, en principe, une excellente chose.

En principe.

Like what you read? Give Michael Carpentier a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.