Comment aider un collégien à raccrocher en maths

C’est l’histoire de Léa, 15 ans, en 3ème dans un collège du Sud-Ouest.

Ses parents l’ont forcé à prendre des cours particuliers en maths parce qu’ils commençaient à sérieusement s’inquiéter pour elle. Leurs soucis sont compréhensibles : Léa a 5 de moyenne en maths, ne connaît toujours pas ses tables de multiplication et, comme si ça ne suffisait pas, son professeur a confié à ses parents qu’il se sentait totalement “impuissant” pour l’aider.

Pour les parents, c’est une vieille hantise qui resurgit brusquement :

“Nous mêmes nous n’étions pas forts en maths à l’école et, maintenant, nous ne nous sentons pas capables de l’aider dans ses devoirs. Comment faire pour qu’elle se débrouille mieux en maths que ses parents ?”

Malheureusement, les parents de Léa sont agriculteurs dans les environs lointains de Toulouse et il ne trouvent aucun professeur particulier pour aider leur fille.

Et puis, un jour, ils voient une annonce dans leur boulangerie habituelle :

Le jour même, je reçois un coup de fil au cours duquel les parents me font part de leurs inquiétudes et me proposent de commencer immédiatement.

Je me rends compte rapidement que Léa est l’exemple typique d’un potentiel gâché. Au bout de quelques cours, elle me raconte qu’en 6° elle a eu un prof aigri, qui catégorisait rapidement les élèves entre “bons” et “pas bons”. Peut-être que Léa n’avait pas de facilité particulière en maths ou qu’elle avait un niveau de départ un peu moins élevé que certains de ses camarades. Toujours est-il qu’elle a été catégorisée avec les “pas bons” et que le professeur ne s’est plus intéressé à elle pendant le reste de l’année.

Voilà un exemple criant de l’effet Pygmalion : le fait d’être perçue comme “pas bonne en maths” par son prof a fini par la persuader elle-même qu’elle était “mauvaise en maths” et que ça ne changerait pas.

Trois ans plus tard, autant vous dire que la situation ne s’était pas améliorée, au contraire…

J’ai essayé différentes approches avec Léa, toujours avec patience et en reprenant par les bases. Mais pour la première fois, je rencontrais un “mur” : elle ne prenait pas le temps de réviser ou de faire ses exercices pour le cours suivant. Pour couronner le tout, elle partait toujours battue d’avance…

Dans un premier temps, mon objectif était de lui redonner confiance en elle en lui montrant qu’en travaillant, elle aussi pouvait y arriver. Pour ça, j’ai pris un objectif très simple : lui faire maîtriser les tables de multiplications (qu’elle ne connaissait toujours pas).

Sauf que plutôt que de faire ça de manière traditionnelle, j’ai décidé de faire ça sous forme de “mini-jeu” avec des niveaux, des difficultés différentes, un chronomètre et un tableau des meilleurs scores.

Je lui ai donc fabriqué cet “embryon de jeu” à l’aide de… macros sous Excel. 😨

Un peu la honte en “déterrant” ce vieux fichier 7 ans après 🙊

C’était très basique comme “jeu”… mais ça a marché ! Elle a commencé par les tables des 1, 2 et 3 au niveau facile. Comme elle a vu qu’elle y arrivait, elle a gravit petit à petit les niveaux. Puis elle a attaqué le niveau difficile…

En l’espace de 3 semaines, Léa pouvait donner la réponse à n’importe quelle opération en moins de 2 secondes.

Plus important encore : Léa avait commencé à retrouver confiance en elle !

C’est là où je me suis fait pour la première fois la réflexion : pourquoi est-ce que nous n’apprenions pas plus sur ce modèle de jeux vidéo ?

Il présente pourtant tous les avantages d’un bon cadre d’apprentissage :

  • des niveaux de difficulté croissante
  • des objectifs clairs
  • un univers motivant

Cinq ans plus tard, cette idée a fait son chemin et je me lançais dans le projet Navadra : un jeu vidéo pour redonner le plaisir de faire des maths aux collégiens. 🎮

Aujourd’hui nous sommes six. Chacun de nous a sa propre histoire sur le sujet mais nous sommes tous convaincus que le jeu est un formidable moyen d’apprendre… et nous voulons qu’un maximum de jeunes puissent en profiter.

Nous avons voulu tester l’idée avec une version simple que nous avons mis à disposition des enseignants et des élèves : plus de 20 000 collégiens et 700 professeurs se sont déjà prêtés au jeu !

Il est maintenant temps d’aller plus loin et d’exploiter au mieux le potentiel du jeu au service de l’apprentissage. Si, vous aussi, vous voulez rendre l’apprentissage enthousiasmant, soutenez notre projet !

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