Comment les réseaux sociaux m’ont aidé à débarrasser ma boîte mail du spam

L’inbound marketing mal compris, ça se traduit par des popups qui vous incitent en permanence à donner votre adresse email.
Il y a aussi ces tirages au sort dans les magasins pour lesquels on vous demande votre email et/ou numéro de téléphone afin de “vous prévenir si vous gagnez un lot”.
Et puis la masse des entreprises qui se font de l’argent de poche en revendant les données de leurs clients. Vous.

Avec cette avalanche d’emails non désirés, j’avais du mal à distinguer les vrais emails importants du reste du flot de ma boîte mail. J’envisageais de changer d’adresse pour repartir sur de meilleures bases. Mais comme je suis quelqu’un de combatif, je ne voulais pas me rendre sans une dernière bataille.

La boîte mail, ce tonneau des Danaïdes de l’internaute

Les call to (no) action

Dans un premier temps, j’ai tenté d’utiliser le lien de désabonnement des newsletters. J’ai même tenté de le faire régulièrement, ou à coup de ménages de printemps.
Mais il y a quelque chose de pourri au royaume des newsletters.

Leurs concepteurs donnent l’impression d’avoir peur des mentions obligatoires. Ils les camouflent en petit caractère, au bas des emails, dans un buisson de textes obscurs, entre les CGU, les “l’abus d’alcool est dangereux pour la santé”, et autres wordings corporate récités mécaniquement.

Les rédacteurs ne voient pas le gisement de valeur de ces mentions, qu’ils gagneraient plutôt à traiter comme des call to action générateurs de confiance du consommateur envers la marque.

Quand enfin on trouve ce fameux lien de désabonnement, débute une expérience au goût amer pour l’utilisateur. Un goût quelque part entre le bitrex et le placebo douteux.

Le derrière du e-commerce

Lorsqu’on clique sur le lien de désabonnement, on passe directement de la façade soignée de la newsletter aux poubelles crasseuse de l’arrière-boutique du site ecommerce.

L’URL, tortueuse, ressemble à celle d’une mauvaise tentative de fishing : 
http://openemail.fr/AkmBU485345_4S58481c9bb44c549a1e9b2535799e5d0cbb-mq9z4-iUHF280.html

ou

http://eye.sbc35.com/r/USB/24/34984/ocuZJbWo7kmL_I0wg2k_8w/vb6UpXfqQUW0HeV3LN0v6w?email=toto@titi.fr&adm=contact@marque.fr

information-du-jour invente la désinscription en deux étapes !

On atterrit sur un pauvre site joomla qui n’a pas même daigné masquer son favicon.
Ici, pas de graphisme, pas de design, pas d’ergonomie, juste du HTML souvent sans CSS et un message laconique :

information-du-jour nous le promet : nous avons été “désinscrit de toutes les listes de diffusion”…

Parfois, pas de page du tout : erreur 404 ! Le lien est invalide.

Quand un peu de soin est mis sur cette page, c’est pour une mission de la dernière chance du genre “êtes-vous vraiment vraiment vraiment si sûr de vouloir vous désabonner ?”.

(soupir)

Email et e-réputation des serveurs

Beaucoup de ces newsletters passent par des plateformes spécialisées (Sarbacane et consorts). Pour l’utilisateur, il y a là un important effet de levier.

En effet, qui a déjà essayé d’administrer un serveur mail autonome s’est vite rendu compte que cela est quasiment devenu inaccessible au commun des mortels.
Pour lutter contre le spam, les fournisseurs d’email ont en effet commencé à soumettre la délivrance des messages à des critères automatiques, basés sur la réputation du serveur de messagerie.
Quand vous montez votre serveur dans votre coin, vous n’avez aucune réputation. Vos messages atterrissent donc souvent automatiquement dans le dossier “spam” de vos destinataires hébergés chez les FAI et les grands du web (Google, Yahoo…).

Pour les fournisseurs de services d’envoi de newsletter, l’enjeu vital est que ces messages soient délivrés, et pas dans le dossier spam. 
Ils s’attirent donc les bonnes grâces des serveurs destinataires en garantissant une certaine “qualité de service”.
Notamment :

  • double opt-in : le destinataire reçoit un message pour valider son inscription à la newsletter
  • procédure facile et claire pour se désinscrire ou gérer ses souscriptions.

Les plus scrupuleux vont jusqu’à permettre de désinscrire notre adresse email de toutes les newsletters que le service gère.

“Je respecte votre email” (mouahaha !!)

J’ai donc investi du temps pour suivre les nombreuses et variées procédures de désinscription.

Mais la masse d’emails non désirés n’a pas vraiment diminué. Et pour cause! Une bonne partie de ces messages sont générés par des marques et des plateformes qui se revendent nos emails.
Impossible de combattre directement cette invasion : nos données sont propagées de liste en liste. Se désinscrire est illusoire.

Filtres inefficaces

Dans un second temps, j’ai pris soin de déclarer comme spam les messages abusifs et de les filtrer. Mais c’est peine perdue : les expéditeurs multiplient les adresses d’expédition et varient les titres de messages, ce qui oblige à tomber dans un épuisant jeu du chat et de la souris.

J’avais tenté des approches coopératives, il me restait à expérimenter des techniques plus proches de la guérilla.

Les réseaux sociaux sont le talon d’Achille des marques

Les marques ont investi massivement les réseaux sociaux. Le moindre début de bad buzz est traité comme une urgence absolue. Les community managers semblent vivre dans l’angoisse permanente de l’effet Streisand.

Utiliser l’effet de souffle pour éteindre le spam

Cette fois, j’ai utilisé Twitter et Facebook pour mettre les marques récalcitrantes dos au mur.

Twitter présente l’avantage de pouvoir gérer la portée des messages (tweet public/semi-privé/messagerie privée).

Sur Facebook, les marques érigent généralement des garde-fous en limitant les interactions à la messagerie privée. Rien d’infranchissable, car on peut aussi simplement les citer dans un post qui sera lu par l’ensemble de notre réseau. Effet boule de neige garanti.

Les absents ont toujours tort : il est reste possible de citer une marque qui n’est pas présente sur le réseau social. Et là, difficile pour elle de se défendre…

Mais mon but est plus subtil : je veux atteindre les plateformes marketing qui vendent leurs sévices aux marques. Tenter de priver de revenus ces entreprises qui ont fait du spam massif leur business model :

  • “Guide Comparateur” mailing-4@information-du-jour.com
  • “lideedujour.fr” info@lideedujour.fr
  • “Les Offres 2RV” contact@trk01.fr qui utilise un lien de désinscription hébergé chez http://mailody.review (Interspire email marketer)
  • “email.offres-france.fr” qui fait l’économie d’un lien de désinscription et prend soin de distinguer reply@email.offres-france.fr et send@email.offres-france.fr
  • “email.offres-france.fr” semble se faire aussi appeler “email.web-online-solutions.fr” ou “e25.messoffresweb.fr” : tous utilisent les mêmes formats d’email et la même double adresse email pour envoi/réponse
  • “Cheapyfly” Guide-Comparateur qui brouille les pistes en multipliant les les adresses de réponse abuse@cheapyfly.com et mailing-2@offres-mailing.com et utilise pour les désinscriptions le domaine http://mailing.information-du-jour.com

Vous tous, et particulièrement information-du-jour.com et trk01.fr, vous n’êtes pas les bienvenus dans ma boîte email.

J’ai donc fait pression sur les marques de façon à ce que ce soit elles qui s’assurent de faire cesser l’usage de mon adresse email par ces prestataires, conscientes que c’est leur réputation à elles que je mets en jeu.

Engager le dialogue ?

Depuis des années que je tentais avec politesse et patience de trouver un interlocuteur, je n’avais pas reçu de réponse satisfaisante.

La digitalisation de l’expérience utilisateur c’est ça aussi : le pouvoir a en partie changé de main. Engagé dans un dialogue de sourd avec les bureaucraties marketing, le consommateur se rebelle et joue la carte du chantage. Il n’a aucune raison ni envie de dire merci lorsque les nuisances cessent.

Bilan

Depuis 2 mois, plus de message indésirable.
Littéralement, du jour au lendemain !

Alors que je tentais d’endiguer en vain ce fléau depuis des années en utilisant les outils ad hoc, les réseaux sociaux m’ont permis d’éradiquer l’invasion en quelques heures et quelques messages courtois mais très représentatifs de mon exaspération.

Quand aux marques impliquées, elle ont perdu ma confiance.
Je me suis tourné vers des fournisseurs plus respectueux de mes données.

Appelez cela UX, digitalisation de l’économie.
Pour ma part je dirai simplement “respect élémentaire”.