Entre deux Amériques : une expédition en mode lean startup

En 2013, NatExplorers, Barbara Rethoré et Julien Chapuis, ont réalisé un périple de 200 jours à travers l’Amérique centrale pour contribuer à l’étude, à la connaissance et la préservation de la biodiversité — sous l’impulsion de l’association Conserv-Action qu’ils avaient cofondée quelques mois plus tôt.

Cette aventure présente plusieurs traits similaires aux startups : bootstrapping, incertitude élevée, agilité, innovation, objectifs continuellement revus à la hausse.

Les méthodes qu’ils ont utilisées pour mener à bien leur mission sembleront très familières aux habitués de la méthode lean startup.

Bootstrapping, growth hacking et crowd funding

Alors qu’ils n’avaient réuni que la moitié du budget prévisionnel de leur expédition, Barbara et Julien ont quand même pris la route, et compté sur la mobilisation croissante des internautes au fur et à mesure de leur aventure.

Incertitude élevée

On reconnaît ici un pattern spécifique aux startups : l’obligation de croître rapidement, dans un environnement incertain voire hostile. Le taux de croissance est un indicateur clé des startups. YCombinator le situe entre 5% et 10% par semaine !

Barbara et Julien ont choisi de “brûler leurs navires” pour entrer en action.

Bootstrapping

Le financement de départ était constitué de leurs apports personnels et essentiellement de love money.

Ils ont d’abord constitué une communauté autour de l’association Conserv-Action.
Ils font appel à leurs connaissances proches pour acquérir de nouvelles compétences au service de leur projet : community management, communication avec les médias, prise d’images et de son, montage vidéo, réalisation de l’exposition interactive, etc.

Sponsoring et crowdfunding

Ensuite ils ont invité les entreprises à devenir sponsors via des dons monétaires ou en nature.

Le label 1% pour la planète constitue pour eux une belle reconnaissance de leur action en même temps qu’une source de financement appréciable.
Ils concluent des partenariats avec des entreprises à l’éthique proche, telles que les thés Lagosta. Cela leur permet de compléter les financements et surtout d’agrandir leur communauté en touchant les clients de ces partenaires.
Leurs sponsors sont aussi leurs ambassadeurs auprès du grand public.

Les dons des particuliers via la plateforme hello asso ont contribué pratiquement à part égale au budget avec les contributions des entreprises.

Innovation : la distribution participative

Un peu à la façon de la startup Bandsquare, Barbara et Julien — sous leur entité professionnelle NatExplorers — mobilisent leur communauté autour de la diffusion participative du projet Entre Deux Amériques.

Ils invitent les internautes à devenir ambassadeurs d’Entre Deux Amériques et à proposer le film et l’exposition interactive auprès de diffuseurs potentiels du projet : cinémas, festivals, relais locaux, associatifs, culturels, etc.

Growth hacking

Constituer, faire croître et mobiliser une communauté : les bases du growth hacking !

Leur projet est présent sur 4réseaux sociaux avec les hashtags #entreDeuxAmeriques et #E2A:

  • Facebook : leur permet d’interagir avec le grand public
  • Twitter : un outil puissant pour se connecter directement aux médias, aux influenceurs et aux diffuseurs (cinémas, festivals, acteurs de la culture scientifique…). Il leur a permis d’intéresser plusieurs interlocuteurs pour accueillir l’exposition, le film, les conférences et animations scolaires “Entre Deux Amériques”.
  • Instagram : très fréquenté par les médias, les photographes et vidéastes — complète l’impact de Twitter avec la diffusion de photos et de courtes vidéos et une visée plus internationale.
  • Linkedin : leur reconnaissance professionnelle est attestée par la présence de Barbara Rethoré et Julien Chapuis dans le top 25 des éthologues sur ce réseau professionnel
  • Youtube : leur chaîne leur permet de diffuser des extraits du film, les coulisses de leurs actions et des vidéos de leurs missions de terrain, à destination du grand public et des diffuseurs.
Teaser du film documentaire “Entre deux Amériques”

Résultat : les médias relaient activement leur actualité.

Agilité

L’histoire de la réalisation du film incorpore de nombreux éléments qui parleront aux gestionnaires de projets agiles.

Less is more

Le projet de départ était celui d’une expédition scientifique.

Pour mener à bien leur objectif de sensibilisation du public, Barbara et Julien — sous l’étiquette NatExplorers — ont décidé de prendre des photos, de compiler des données scientifiques, des interviews… et de réunir des récits d’expédition.

Un vidéaste de leurs amis les pousse à utiliser leurs appareils photos pour ramener également des rushes vidéo. Cette partie du projet prend de plus en plus d’importance jusqu’à occuper toutes leurs journées de terrain.

Baby steps

Revenus en France, ils se retrouvent avec des rushes sans organisation, qui vont demander un long travail de tri et sélection.
Ils auraient pu s’épargner ce travail s’ils avaient suivi les méthodes traditionnelles de réalisation de film documentaire : écriture d’un script, dé-rushage quotidien, etc.
Mais alors, l’ampleur du projet les aurait probablement découragés.

En choisissant de faire d’abord et voir ensuite, ils se comportent de facto comme une startup.
YCombinator recommande aux startups de se focaliser sur leur croissance, plutôt que sur l’exécution d’une stratégie peaufinée à l’avance. En agissant de la sorte, elles économisent leur énergie pour ne la consacrer qu’aux problèmes réellement essentiels à la réussite du projet.
Ici : mener à bien l’expédition, la financer tout en la réalisant.

Méthodes agiles

Cette manière de faire est aussi très typique des méthodes agiles, qui privilégient la réalisation de petits incréments (“baby steps”) plus faciles à réaliser qu’un produit trop vaste.

La réussite de petits objectifs intermédiaires permet de s’adapter plus facilement aux difficultés rencontrées.
On atteint ainsi plus facilement le but final, qui peut d’ailleurs évoluer entre temps en fonction des variations de contraintes et opportunités de l’environnement du projet.

La startup de M. Jourdain

Lorsque j’ai fait relire ce billet de blog à Julien et Barbara, ils m’ont confié… ne rien connaître du lexique des startups et aux principes qu’il sous-tend !

Le vocabulaire et les méthodes des startups et de l’agilité leur sont complètement étrangers. Et pourtant… ;-)

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