La catastrophe des enfants d’Oslo

Le Borgel
4 min readApr 9, 2020

Par Haïm Saadoun

Biographie tirée de l’ouvrage
“ Le cimetière du Borgel de Tunis Patrimoine en péril ”

Le 20 novembre 1949, en pleine nuit et de manière quasi clandestine, deux avions du type dakota décollèrent de l’aérodrome de Tunis à destination d’Oslo. Ces avions transportaient des enfants juifs de Tunisie, de santé fragile et âgés de 10 à 15 ans. Pour ne pas attirer l’attention des autorités françaises et de la population indigène, les enfants furent séparés de leur famille bien avant le vol. Ce vol, qui devait durer plusieurs heures, était leur première séparation d’avec leurs parents, leur entourage et leurs amis de classe. Le bureau de l’Alyah (Service encadrant les Juifs dans leur projet d’émigrer en Israël) avait pris en charge l’organisation de ce départ. Le but de ce voyage était un séjour de convalescence pendant huit mois dans une maison de repos en Norvège, suivi d’un départ pour Israël afin que ces enfants soient intégrés dans les institutions de l’Alyat Hanoar (Institution de soutien à l’immigration des jeunes en Israël).

Après seize heures de vol, un des deux avions s’écrasait dans un des fiords des environs d’Oslo. Il fallut plus de quarante heures de recherches soutenues pour retrouver les débris de l’appareil. Par miracle un seul enfant, Isaac Allal, âgé de 11 ans, fut retrouvé vivant, coincé entre les vestiges des sièges de l’avion. Les autres passagers, soit vingt-sept enfants, quatre hommes d’équipage et trois monitrices-infirmières succombèrent dans cette catastrophe aérienne.

Malgré la demande des parents et des dirigeants de l’Agence Juive, les autorités du protectorat ne permirent pas l’inhumation en Israël. Au début du mois de décembre, les corps des enfants furent transférés en Tunisie pour y être enterrés. Les dirigeants de la Communauté juive, les autorités françaises et les dirigeants de la communauté musulmane accompagnèrent les enfants jusque dans leur dernière demeure.

La catastrophe d’Oslo fut un événement tragique. Le choc qui s’abattit sur les familles concernées, sur la Communauté juive en Tunisie et sur les organisations qui s’occupèrent de cette opération, était incommensurable. Pour les parents, c’était de bon cœur qu’ils avaient accepté de donner le meilleur à leurs enfants, aussi bien pour leur santé fragile que pour leur émigration en Israël. Leur disparition, si loin de leur foyer, de leur famille et de tout ce qui pouvait apporter un soutien quelconque, ne put qu’ajouter au tragique de cet événement.

Jamais la communauté juive de Tunisie ne fut si unie et si éprouvée autant que par ce deuil ; jamais elle n’éprouva en tant que collectivité une aussi profonde identification. L’opération des enfants d’Oslo, malgré l’ampleur de sa tragédie, n’a pas freiné l’émigration des Juifs de Tunisie, ni celle des jeunes. Dans l’esprit de la Communauté juive, une nouvelle page venait d’être inscrite dans l’histoire de l’émigration des Juifs de Tunisie en Israël. Une partie des familles endeuillées émigra et forma le noyau qui fonda le mochav (village coopératif) Yanouv, non loin de Natanya. Le gouvernement de Norvège, qui fit le maximum pour aider les enfants et leurs familles, offrit les premières maisons du mochav.

Tombe de Jacqueline Tubiana © AICJT

Traduction de l’épitaphe de la tombe de Jacqueline Tubiana :

« Une grande tristesse s’est posée sur nous, une jeune fille et deux enfants mon père et ma mère étaient très heureux pour nous j’ai annoncé aux sœurs l’approche de la bar-mitsvah,
Samedi après-midi on a voyagé notre famille nous a accompagnées nos yeux étaient branchés au départ par la séparation ma tante maternelle m’a avertie de faire attention à mes deux petites sœurs,
Nous sommes montées à bord et les portes de l’avion se sont fermées. Nous sommes montées à bord et les portes de l’avion se sont fermées,

Tombe de Suzette Cohen Coudar, accompagnatrice des enfants © AICJT

Au lieu de voir la joie nos proches sont partis vers le chaos on est parties et le malheur nous a enserrées à oslo,
Ce voyage était la catastrophe à oslo pour nous au lieu d’assister à la bar- mitsvah on a vu l’avion partir et la peur s’est mêlée en nous avec le doute,Chère mère tu as trouvé l’angoisse et je ne pensais pas perdre mes deux sœurs,
J’ai vu khamous en larmes je n’ai pas appelé maman et papa,
Les gens de la famille se sont rassemblés lorsqu’on a vu nos noms,

Mon nom est jacqueline la jeune fille qui était la plus âgée,
Malheur à moi maman et papa et que la grande consolation arrive et que la résurrection des morts arrive »

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Le Borgel

Le projet REBI initié par Marc Fellous et Joseph Krief soutenu par l’AICJT, ambitionne de remettre en état le cimetière du Borgel à Tunis