Le numérique responsable ou quand l’écologie rejoint la cybersécurité

Michael SIMANTOV
Nov 4 · 3 min read

La révélation de septembre.

Avant ce jour de septembre, face aux incantations écologiques qui nous sont assénées à longueur de journée, je me sentais pétri de culpabilité.

Coupable, lorsque j’osais franchir les portes du périphérique parisien avec ma voiture, au mépris des inquisiteurs modernes de la Capitale.

Coupable, lorsque j’outrepassais les appels du « paperless » et du tout numérique pour préserver mes yeux et parce qu’il m’est impossible de me concentrer plus de deux pages sur un document numérique.

Coupable, lorsque je montais dans un avion, ignorant les appels écologiques à prendre le train, pour aller souiller le ciel de l’emprunte carbone du kérosène des aéronefs.

Coupable, lorsque mon raisonnement d’ingénieur m’amenait à penser que la production d’énergie la plus propre est le nucléaire.

Alors, lorsqu’en ce jour de septembre, on me propose d’assister à une conférence sur le numérique responsable, je m’y précipite espérant peut-être m’absoudre de cette culpabilité.

Et là, stupeur … Que de révélations fracassantes …. Un déferlement de statistiques toutes plus étonnantes les uns que les autres nous est présenté : le secteur numérique pollue deux fois plus que l’aérien, le secteur numérique émet autant de gaz à effet de serre que l’Inde et ses 1,4 milliards d’habitants, le streaming (visionnage de vidéo en ligne) génère une emprunte carbone comparable aux émissions annuelles de l’Espagne …

Et cette conclusion glaçante : l’usage du numérique tel qu’il se développe aujourd’hui n’est pas tenable d’un point de vue écologique.

Et ce ne sont ni des politiques, ni des journalistes qui l’affirment, mais des scientifiques, détachés de toute emprise passionnelle, et en particulier le Think Tank « The Shift Projet » dirigé par Jean-Marc Jancovici.

Ce qui est en cause : la multiplication des objets numériques, smartphones, box, objets connectés de toute sorte, jusqu’à huit par personnes en Amérique du Nord. L’usage déraisonnée du numérique. La gadgétisation. Ou la « technobéatitude ».

Ecologie et numérique : vers la sobriété.

Que préconise ce Think Tank ? Dans son étude publiée en 2018 « The Shift Project » promeut « la sobriété numérique » afin de permettre une « transition numérique » avec une consommation numérique soutenable.

Ce concept est simple : loin de remettre en cause la transformation numérique, il s’agit simplement de faire preuve de bon sens et d’adopter des mesures élémentaires : par exemple allonger la durée de vie des équipements, enrayer l’inflation des objets connectés gadgets, réduire notre consommation acharnée de streaming….

Cybersécurité et numérique responsable, même combat.

Cette démarche rappelle furieusement la cybersécurité. En effet, cette dernière appelle à utiliser les moyens numériques de manière raisonnée, à cesser de considérer le numérique comme un jouet que l’on peut explorer sans réserve, et promeut une hygiène dans l’utilisation,

Comme en cybersécurité, la démarche nécessite une sensibilisation particulièrement ardue, car il faut faire preuve de rationalité et ne pas céder aux pièges des deux extrêmes émotionnels, le déni et le catastrophisme, qui dans les deux cas, aboutissent à des décisions inconsidérées. Pièges émotionnels sans cesse véhiculés par les politiques et les médias, qui bien souvent surfent sur le conformisme ambiant.

Enfin, comme en cybersécurité, la conclusion est que le numérique tel qu’il se développe actuellement, en se faufilant dans toutes les arcanes de notre vie quotidienne, n’est pas viable à terme.

Mal utilisé, le numérique peut être dangereux. Très dangereux. Jusqu’à redouter un « cyber ouragan », comme l’écrit la fondation Montaigne dans un rapport paru fin 2018, ou une impasse écologique. Il est donc nécessaire de réexaminer notre pratique et notre usage du numérique, non pas pour enrayer son développement, mais au contraire pour lui permettre de prospérer de manière pérenne.

Ainsi, de toute évidence, numérique responsable et cybersécurité poursuivent le même combat : faire de la sobriété numérique et de l’hygiène dans l’utilisation une priorité incontournable. Pour permettre au numérique de se développer sainement et de manière durable.

Michael SIMANTOV

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Passionné par la cybersécurité, je partage des points de vue autour d'aspects culturels, socio-économiques et géopolitiques.

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