Incroyable ! Elle trouve les solutions pour convaincre les femmes de travailler dans l’IT !

Ses propositions vont vous étonner !

Petites précisions avant de commencer :

- pour éviter de faire un article trop long, j’ai tenté de dégager des idées générales (mais je peux rallonger, mettre des anecdotes, des exemples, des liens vers des études en commentaire si vraiment vous les voulez, y’a qu’à demander) 
- le problème ne se situe pas que au niveau des hommes. Les hommes et les femmes ont des préjugés sur “les femmes dans l’IT”. Les femmes aussi ont des comportements discriminatoires à l’encontre de leur propre genre ;
- je ne m’aventurerai pas à affirmer que ce que je vais raconter peut s’appliquer aux discriminations liées à la race, la religion, la sexualité, l’âge. Comment le saurais-je ? Ca ne me concerne pas.

À l’origine de l’IT, il y a les femmes…

Je vous laisse regarder cette conférence de Claire L. Evans qui retrace l’histoire d’Internet et qui rappelle quelque chose que peu de gens savent ou se remémorent : l’informatique était un domaine essentiellement féminin. Cela répond en partie à la remarque “Les femmes ne vont pas dans l’IT parce qu’elles ne s’y intéressent pas” (quid des femmes qui fuient le secteur ?).

Si vous êtes trop paresseux pour regarder la vidéo, voici un passage de “Ruined by design” de Mike Monteiro où il cite Claire L. Evans :

Extract from “Ruined by Design” by Mike Monteiro

Je ne vais pas vous retracer l’histoire de “comment en est-on arrivé là”. Mais on pourrait déjà commencer par se poser deux questions : “aujourd’hui, qu’est-ce qui empêche les femmes de revenir travailler dans ce domaine ?” et “que peut-on faire pour que ça change ?”

Qu’est-ce qui pose encore problème ?

Qu’est-ce qui empêche les femmes de travailler dans le domaine de l’IT ?

La même chose qui décourage celles qui y travaillaient d’y rester : le comportement de leurs collègues et patrons. Voyons déjà les excuses qui légitiment un comportement détestable.

La caution de genre : une femme dans votre groupe ne désapprouve pas les propos sexistes. Donc vous vous dites qu’elle approuve. Et donc que toutes les femmes sont ok avec les propos sexistes énoncés.
Premièrement, ce n’est pas parce qu’on ne dit mot qu’on consent (c’est comme avec le sexe : si on ne dit rien, ça ne veut pas dire oui ; si ce n’est pas oui, c’est un viol). Des femmes en minorité dans un environnement de travail ne vont pas risquer d’augmenter l’agressivité à leur encontre en disant tout haut que les remarques incessantes et les blagues graveleuses les mettent mal à l’aise. Nous savons pertinemment que ça incite encore plus les gens malaisants à insister encore plus lourdement. Donc on se tait.
Deuxièmement, même si une femme trouve vos blagues sexistes drôles, ça ne constitue pas une généralité pour autant. Nous ne sommes pas toutes pareilles. Si une femme cautionne, cela n’engage que son opinion, que son ressenti, pas celui des autres. C’est d’ailleurs pareil pour les hommes. Et c’est pour ça que c’est important pour les hommes comme pour les femmes de ne pas encourager les blagues sexistes. Vous n’êtes pas convaincu ? Tonton Taika a un message pour vous à propos du racisme. C’est pareil avec le sexisme.

https://www.youtube.com/watch?v=g9n_UPyVR5s

La caution de l’empathie : en essayant d’imaginer ce qu’est d’être à la place de quelqu’un d’autre, vous ne faites qu’imaginer, vous ne savez pas et la plupart du temps, vous vous trompez complètement. Arrêtez de vouloir vous mettre à notre place ; dans le doute, demandez-nous. Quand on vous dit que quelque chose nous gêne, arrêtez de vouloir argumenter ou de chercher à comprendre pourquoi. Acceptez déjà le fait que vous nous mettez mal à l’aise. Ca devrait déjà suffire à légitimer que vous arrêtiez.
Il n’y a rien de plus débile que de légitimer une attitude sexiste par “franchement, moi ça ne me gêne/gênerait pas si j’étais à ta place”.
Ah si, y’a la caution “moi qui suis [insérez ici le nom d’une autre population discriminée], j’accepte parfaitement le monde dans lequel on vit. Il faut t’y faire”. Mais non ! C’est pas parce que tu acceptes d’être critiqué, agressé, jugé, discriminé que je dois accepter de le subir aussi !

La caution de l’humour : “Ça me fait rire, donc c’est drôle. Si tu ne trouves pas ça drôle, tu es le problème, pas moi”. Quand on rit au dépend des autres, ce n’est pas drôle pour tout le monde. Ça veut dire qu’à un moment, quelqu’un peut souffrir de cet humour. Comme les harceleurs à l’école qui “pour rire” insultent encore et encore la même personne, qui la frappent “pour rire”, qui se moquent “pour rire”, qui lui ordonnent de se suicider “pour rire”,…
Il existe, heureusement, une forme d’humour qui peut faire rire tout le monde : c’est quand on rit avec les gens, pas des gens. Et c’est encore plus rigolo parce que justement, on ne blesse personne et que tout le monde peut en profiter.

La caution de la tolérance et de la liberté d’expression : on devrait pouvoir tolérer tous les types de propos sous couvert de liberté d’expression. Sauf que dans certains cas, la liberté d’expression des uns réduit considérablement celle des autres. Tu ne comprends pas comment ? Ok.
Imagine une salle de 10 personnes dont une femme. Cette femme, si elle a le malheur d’être avec 9 personnes sexistes, va devoir subir, sous couvert de tolérance et de liberté d’expression, des paroles blessantes à l’encontre de son genre. Étonnez-vous ensuite qu’elle n’ose pas dire ce qu’elle pense vraiment et qu’elle ait envie de fuir.

Quoi faire pour changer les choses :

Avant toute chose, relisez ce qui est écrit plus haut et réagissez en conséquence.
- Ne faites pas d’un exemple une généralité. 
- Ne parlez pas, ne pensez pas à notre place.
- Arrêtez d’agir comme si vous étiez plus légitime que vos collègues.
- Arrêtez de nous culpabiliser pour légitimer vos comportements nauséabonds.

Puis…

Engagez des femmes.
Vous voulez montrer que les femmes ont leur place dans l’IT ? Alors engagez des femmes, arrêtez de parler, agissez !
Dans mon centre de formation, je suis formatrice. 
Tous les jours, je veille à ce que tous mes stagiaires se sentent à l’aise sur leur lieu de travail. Tous les jours je veille à respecter les règles de tolérance zéro face aux discriminations. Même un “ta gueule” n’est pas toléré. Même pour rire. Je pense que c’est mon devoir en tant que responsable de faire en sorte que tout le monde se sente bien. Je pense que c’est mon devoir en tant que femme de montrer que c’est possible de se faire respecter, de travailler dans un environnement sain, de travailler dans la joie et la bonne humeur même si on est entourée majoritairement d’hommes.
Tous les jours, je montre que je suis tout aussi compétente que mes collègues. Tous les jours, je reste vigilante sur l’attitude de mes supérieurs, de mes collègues, de mes stagiaires ou des autres résidents du building par rapport aux autres. Je ne tolère pas les remarques ou les blagues discriminatoires, je le dis. Mais pourquoi j’arrive à le dire, pourquoi je me sens suffisamment en confiance pour le dire ? Parce que je sais combien c’est important pour les autres de se sentir soutenue. En tant que formatrice, j’ai un rôle d’autorité, je peux me permettre d’établir et de faire respecter des règles. Parce que je sais aussi que mes supérieurs ne sont ni misogynes, ni ignorants, et que si j’en ai besoin, ils me soutiendront. (ça n’a pas toujours été le cas)

Soutenez-nous.
Établissez un environnement de travail avec une tolérance zéro concernant les discriminations. Vous aurez tout le loisir de raconter vos blagues sexistes, racistes, homophobes, pédophiles durant votre temps libre. Lorsque vous êtes en milieu professionnel, comportez-vous de manière professionnelle.
Tâchez également à ce que l’environnement soit neutre. Pas de dessin porno, pas de femmes à poil, pas de blagues imprimées sur les murs ou sur les laptop. Là encore, on est pas au bar du coin, on est entre professionnels.

Mais le soutien, c’est aussi d’écouter quand quelqu’un a besoin de parler d’une situation malaisante. Le soutien, c’est aussi prendre des dispositions quand une collègue ou une stagiaire dit “cette personne me harcèle”. Le soutien, ce n’est pas de cacher la personne qui se plaint de la personne qui harcèle pour “régler le problème”. Il faut montrer qu’on peut affronter ces situations horribles parce qu’on sera soutenue et écoutée et qu’on doit les affronter parce que ça ne doit pas se reproduire, parce qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas les cautionner.

Montrez du respect et écoutez.
C’est quelque chose de basique à appliquer avec tout le monde. Lorsqu’on écoute et qu’on montre du respect (on ne coupe pas la parole et SURTOUT PUTAIN DE PAS sous couvert de “mais je pense que ce que tu allais dire était un hors sujet” ou “n’était pas intéressant” ou “on n’a plus le temps”), il se passe quelque chose d’incroyable : les gens se sentent valorisés (et pas diminués). Quand les gens se sentent valorisés, ils ont confiance en eux. Quand ils ont confiance en eux, ils osent parler. Quand ils parlent, souvent, c’est parce qu’ils ont de formidables idées. Vous n’imaginez pas combien de personnes silencieuses sont frustrées de ne pas pouvoir parler de leurs idées, combien se disent que si elles se sentaient soutenues, elles auraient pu proposer des solutions qui auraient éviter ou régler des problèmes. Si nous nous taisons, c’est que vous nous avez fait comprendre que notre parole, notre avis, nos idées, ne valaient rien. Vous voulez que ça change ? Rétablissez la communication. Convainquez-nous que vous avez la capacité de nous écouter.

Et vous, vous avez des idées à partager ?

Merci à Gaëlle et Mona pour les relectures, les corrections et leurs avis.