Le Critérium International de cross cyclo-pédestre, Championnat du Monde avant l’heure

De ses origines probablement militaires à la fin du XIXème siècle jusqu’à l’organisation des premiers Championnats du Monde officiels en 1950, la “préhistoire” du cyclo-cross au plus haut niveau est indissociable de celle du Critérium International de cross cyclo-pédestre couru près de Paris entre 1924 et 1949.

Publié à l’occasion du Championnat mondial de cyclo-cross à Belvaux au Luxembourg en janvier 2017, le présent article met en évidence les coureurs luxembourgeois qui se sont distingués dans le passé de la discipline, avec en particulier l’exploit de l’année 1935, où le Luxembourg remporta au Critérium International de cross cyclo-pédestre à Paris non seulement le classement individuel, mais également celui par équipe. Sans oublier le fait que l’International de 1947 et les Championnats du Monde des années 1951, 1956, 1962 et 1968 ont été organisés au Grand-Duché de Luxembourg!

Hivernal dès ses origines, le cyclo-cross en tant que discipline spécifique du cyclisme a fait ses débuts à la fin du 19ème siècle en France. Plusieurs versions de l’histoire fondatrice circulent, dont voici les deux principales:

I. Un soldat français ferru de vélo aurait été le fondateur du cyclo-cross

Daniel Gousseau (?-1969)

Le pionnier aurait été le simple soldat français Daniel Gousseau. Un jour, il s’est porté volontaire pour escorter, en vélo faute de cheval, un groupe de hauts gradés. Gousseau arrivait sans peine à suivre. Les généraux à dos de cheval auraient reconnu le potentiel tactique du vélo en rase campagne et assez rapidemment cette innovation aurait par la suite été intégrée dans l’entraînement des troupes françaises.

Selon la légende, Daniel Gousseau organisa peu après les premières courses et le 16 mars 1902 à Kremlin-Bicêtre (Paris) le premier championnat de France. Une annonce parue dans le bulletin officiel mensuel de l’Union Vélocipédique de France (UVF) en décembre 1901 pourrait témoigner de l’organisation d’une des toutes premières compétitions de cyclo-cross pédestre. Il est documenté qu’à partir de 1902, Daniel Gousseau devint rédacteur en chef du bulletin hebdomadaire de l’UVF.

The First Cyclocross Race (source: bikehugger.com)

La première course de cyclo-cross aurait donc été créée par un journal en 1901, tout comme le Tour de France deux ans plus tard en 1903.

L’histoire militaire révèle très tôt la création d’unités d’infanterie à vélo dans la plupart des pays européens et au-delà. Les déplacements rapides et discrets des soldats à vélo les prédestinaient pour des tâches d’éclaireur, comme le fût notamment le très connu François Faber. La Suisse organise jusqu’à nos jours un championnat militaire utilisant des vélos “Originalrad 05”, à savoir un modèle de 1905 pesant 24 kilos.

Photo montrant une unité d’infanterie avec vélos (source: slideshare.net)

II. Entraînement d’hiver de cyclistes séjournant à la Côte d’Azur

Pour maintenir leur forme durant les mois d’hiver, des cyclistes s’entraînant durant les mois d’hiver dans le sud de la France auraient explicitement recherché les difficultés dans le terrain. Un jour, ils auraient créé un parcours pour faire la course. Cette compétition tout à fait inofficielle aurait été le premier cyclo-cross de l’histoire du sport.

Original artwork by Tony DeBoom

Il est difficile de cerner avec certitude le véritable origine du cyclo-cross, les sources secondaires consultées n’étant pas unanimes et fragmentaires. Mais l’hypothèse du soldat Gousseau comme fondateur des compétitions de cross cyclo-pédestre —bientôt appelé également “cyclo-cross” — est jugée hautement probable.

Un spectacle prisé des promeneurs parisiens

Déjà à la Belle Epoque, les promeneurs parisiens dans leurs beaux habits du dimanche pouvaient soudainement se trouver confrontés à un spectacle (sportif) inattendu de l’hiver. A la vision peu commune de cyclistes quittant la route et commençant à arpenter les champs et à courir par-dessus des obstacles, le dialogue suivant (imaginaire ou réel?) eût lieu entre un couple de promeneurs et des pratiquants du cyclo-cross:

“Quel sport boueux!” constata la femme. Curieux, John s’approcha du groupe et demanda “Quelle catégorie du cyclisme est-ce?” Sans hésitation, la réponse joyeuse “Cela s’appelle du cyclo-cross!” retentit.

Premiers championnats nationaux dès 1902

Les premiers championnats nationaux de cyclo-cross furent courus en France en 1902. La Belgique organisa son premier championnat huit ans plus tard en 1910. Puis d’autres pays suivirent: Suisse (1912), Luxembourg (1923), Espagne (1929) et Italie (1930). Les premières compétitions s’apparentaient d’avantage à une course de moutain-bike telles que nous les connaissons aujourd’hui. Une course qui comporte un point de départ et un point d’arrivée, avec au milieu des champs, des forêts, des collines et des rivières à traverser.

Le style Lapize repris par Eugène Christophe, autre pionnier du cyclo-cross

Le premier coureur à utiliser la technique aujourd’hui bien connue pour porter le vélo sur l’épaule et à courir ainsi sans gène était le vainqueur du Tour de France de 1910, Octave Lapize (Fra). Lapize trouvera tragiquement la mort dans une bataille aérienne durant la Première guerre mondiale. Mais le style de Lapize sera adopté par d’autres coureurs, parmi lesquels le premier “éternel second” de l’histoire du Tour de France, Eugène Christophe. La pratique de porter le vélo sur l’épaule lui sera d’ailleurs d’une grande utilité dans le Tour de France de 1913, lorsqu’il brisa sa fourche et qu’il lui fallut descendre la majeure partie du Col du Tourmalet à pied avant de trouver une forge pour réparer soi-même sa monture (comme l’exigeait sous peine de disqualification le règlement de l’épreuve à l’époque). Le cyclo-cross se trouve ainsi lié de manière indirecte à l’une des grandes légendes du Tour de France.

Le champion Eugène Christophe, qui considérait le cyclo-cross comme la parfaite culture physique du cycliste, publia en 1921 un article dans le Miroir des Sports (édition du 20 janvier 1921) expliquant comment manier sa monture face à différents obstacles en forêt (source: Advice for Friends of Cyclocross by Eugène Christophe, ou encore Conseils Aux Amis Du Cross Cyclo-Pédestre par Eugène Christophe)

Le cyclo-cross est dès ses origines une épreuve courte, mais physiquement très éprouvante. L’effort violent et quasiment sans relache à fournir fait que les compétitions ne dépassent habituellement pas le cadre d’une heure. Sur les circuits en boucles usités dans le monde du cyclo-cross moderne, le dernier tour entamé à l’approche de l’heure pleine est néanmoins terminé.

Les images ci-après tournées en 1925 montrent qu’en Grande-Bretagne les organisateurs de courses n’hésitaient pas à mettre des coureurs de cross à pied en compétition directe avec des cyclo-cross men.

En 1925, des cyclistes et des coureurs à pied engagés dans une course à travers les champs d’un nouveau genre à Walsall/ Stafford en Angleterre (film: British Pathé)
L’engouement pour le cyclo-cross entre les deux guerres mondiales, discipline encore relativement récente à l’époque, peut d’un point de vue contemporain être comparé à celui plus tard pour le mountain bike. “Inventé” dans les années 1970, la popularité du mountain bike grandira au cours des années 1980/90. Mais il fallut attendre 1990 pour voir à Durango dans le Colorado aux États-Unis l’organisation d’un premier championnat du monde UCI de mountain bike.

1ère édition du Critérium International de cross cyclo-pédestre (1924)

La première épreuve d’envergure internationale dans le domaine du cyclo-cross fut le “Criterium International” organisé par le journal l’Auto et l’Union Vélocipedique de France à partir de 1924 dans une forêt à l’ouest de Paris. Cette course dans une région rurale fût accueillie dès ses débuts avec grand enthousiasme par le public. La popularité de cette épreuve allait rapidemment croître d’année en année.

Le départ était à Suresnes, avec comme toute première difficulté du parcours, mais avant l’entrée en forêt, l’ascension du Mont Valérien.

Le parcours de 20,2 kilomètre de la 1ère édition du Critérium International de cross cyclo-pédestre (1924) (source: blackbirdsf.org, avec description du parcours et règlement officiel; voici le lien vers la carte montrant les environs de Suresnes — lieu du départ — aujourd’hui)

La pièce-maîtresse des difficultés du parcours du Criterium International — qui n’etait pas couru sur un circuit en boucle comme le sont les cyclo-cross de nos jours — était une descente terrifiante appellée le “Trou du Diable” (dans le monde anglosaxon “the hole of the devil” ou encore très parlant “the drop of death”). Cette difficulté périlleuse concentrait évidemment un public considérable, avide de voir la démonstration du talent des meilleurs coureurs, mais également de voir tomber lamentablement avec leurs bicyclettes jusqu’au pied du dénivellement les autres, ceux trop téméraires dépassés par le degré de difficulté.

Jos Rasqui (1895–1966), triple champion national sur route indépendant (1917, 1920 et 1921) et champion national de cyclo-cross (1922), sera avec une 10ème place le meilleur Luxembourgeois de la 1ère édition du Critérium International. Il existe de nos jours encore un magasin de vélos à Esch-sur-Alzette qui porte le nom de cet ancien coureur (photo sans lien avec le Critérium International)

Voici le classement complet de l’édition inaugurale du Critérium International de cross cyclo-pédestre de 1924:

1. Gaston DEGY (Fra) en 52'13" 4/5
2. Henri Moerenhout (Bel) en 53'27"
3. Théo Van Eetvelde (Bel) en 53'28" 2/5
4. Maurice Dewaele (Bel) en 53'32" 2/5
5. Charles Martinet (Ita)
6. Georges Gatier (Fra)
7. Hubert Noël (Bel)
8. Albert Blattmann (Sui)
9. Henri Volland (Fra)
10. Joseph Rasqui (Lux)
11. Jean-Pierre Engel (Lux)
12. Louis Krauss (Sui)
13. Ferréol Seydoux (Sui)
14. Michel Wolff (Lux)
15. Luigi Vertemati (Ita)
16. Charles Krier (Lux)

Partants : 20 / Classés : 16 / Moyenne : 22,977 km/h

Par équipes : 1. BELGIQUE 9 pts, 2. FRANCE 16, 3. SUISSE 33, 4. LUXEMBOURG 35

Le Luxembourg était bien représenté à l’occasion de cette édition inaugurale du Critérium International, mais 4 coureurs dans le fond du classement n’étaient pas un début très prometteur.

1925

Une équipe de tournage présente à différents endroits du circuit nous permet aujourd’hui de revivre en images l’édition de 1925, qui fut remportée par le Belge Henri Moerenhout, devant son compatriote Jos Van Dam et le Suisse Charles Martinet. 19 concurrents s’étaient disputés cette épreuve rendue excessivement pénible par suite du mauvais temps.

En 1925 a lieu à l’ouest de Paris la 2e édition du Critérium International de Cross cyclo-pédestre (film: British Pathé)

1926

Images rares tournées par British Pathé sur la 3e édition du Critérium International de Cross cyclo-pédestre, avec à la fin l’arrivée de Francis Pelissier (Fra) devant Jean-Pierre Engel (Lux)
Le coureur luxembourgeois Jean-Pierre Engel (1904–1960) était originaire de Hesperange (source photo: dewielersite.net)

Le Luxembourgeois Jean-Pierre Engel finit 2ème de cette tout juste troisième édition du Critérium international, qui est remportée par le Français Francis Pelissier (multiple vainqueur d’étape sur le Tour de France et champion de France sur route à trois reprises). Engel fait ainsi honneur à son maillot de double champion national de cyclo-cross dans la catégorie élite (1925/1926). A deux reprises, Engel sera également champion du Luxembourg sur route dans la catégorie indépendant (1925/1927).

Le pionnier de la discipline et septuple champion de France en cyclo-cross (entre 1909 et 1921) complète le podium du CI de 1926: Eugène Christophe a à ce moment de par son âge déjà dépassée le zénith de sa carrière, mais il parvient encore à courir au plus haut niveau.

1929

Le champion luxembourgeois Nicolas Frantz, plongé dans la lecture du “Le Miroir des Sports”. La photo a probablement été prise durant un Tour de France (souce: capovelo.com)

Le champion luxembourgeois Nicolas Frantz, vainqueur des Tour de France 1927 et 1928, est présent sur le Critérium international en ce début d’année 1929. Mais juste en tant que spectateur. Au départ de la première édition du CI cinq ans plus tôt, il n’avait en fin de compte pas été classé. L’épreuve CI de 1929 réunit des coureurs de 6 pays.

“Français, Belges, Italiens, Suisses, Hollandais et Luxembourgeois tous prétendaient avec la même confiance à la victoire.”
Article sur la 5ème édition du Critérium International, paru le 7 février 1929 dans la Obermosel-Zeitung (Grand-Duché de Luxembourg)
Le Luxembourgeois Charles Krier (1902–1942), quadruple champion national sur route indépendant (1923, 1926, 1928 et 1929), avait terminé dernier l’édition inaugurale du Critérium International en 1924. Il termine au pied du podium (4ème) en 1929.

Le Luxembourg est bien représenté, mais le podium de 1929 entièrement français (1er Camille Foucaux, 2ème Charles Pélissier et 3ème Auguste Segaud) échappe de justesse aux coureurs grand-ducaux:

Charles Krier (4ème), Jean-Pierre Muller (13ème, victime d’une roue cassée), Josy Kraus (18ème, après multiples crevaisons), Fournelle (19ème selon la Obermosel-Zeitung, place qui reviendrait selon le site Mémoire du Cyclisme au Hollandais De Graff)

En 1930, le champion luxembourgeois Nicolas Frantz reviendra en tant que compétiteur sur le CI. Il terminera l’épreuve à la quatrième place, échouant au pied du podium, tandis que son compatriote Charles Krier n’atteindra plus que la 8ème place.

Les spectateurs amassés autour du “Trou du diable” (1932)

“[Aubert Winsingues] n’est donc plus tout à fait un inconnu pour le public parisien lorsque le 7 février 1932, il étrille le gratin européen du cyclo-cross lors du Critérium International cyclo — pédestre. A cette occasion, il chavire les foules et les chroniqueurs parisiens en étant le seul à franchir le redoutable « Trou du Diable » à bicyclette. L’image passera à la postérité.” — (source: stayer-fr)

Le lillois Aubert Winsingues, champion du cyclisme nordiste, trouvera après ses moments de gloire sportive une mort tragique quelques semaines plus tard. Il décède le 31 mai 1932 des suites d’un grave accident de course.

1933, la Suisse prend les places d’honneur

L’édition de 1933 est en quelque sorte celle des Suisses. Bien que remportée par le Belge Sylvère Maes, les Suisses Karl Bosshard (2ème) et Walter Blattmann (3ème) finissent avec le même temps que le vainqueur.

1934, podium exclusivement belge

Le Critérium international de cette année-là est dominé par la Belgique, qui monopolise le podium: 1er Maurice Seynaeve, 2ème Sylvère Maes et 3ème Kamiel Vermassen.

1935, l’année des Luxembourgeois

L’édition de 1935 sort du lot, alors qu’elle verra la consécration non seulement de deux frères sur le podium (1er et 3ème), mais qu’il s’agira également de la seule victoire au Critérium International remportée par un pays autre que la France ou la Belgique. Les coureurs du petit Grand-Duché de Luxembourg réussirent en effet — une unique fois — à inscrire le nom de l’un des leurs en haut du classement de l’épreuve courue jusqu’en 1949. C’est en 1935 que les Luxembourgeois Josy Mersch et son frère Arsène réalisèrent ce coup, en équipe avec les frères Matthias et Pierre Clemens.

Originaires du village de Koerich, les frères luxembourgeois Josy et Arsène Mersch sont de grands spécialistes de la discipline du cyclo-cross et dominent à tour de rôle les championnats nationaux durant les années 1930.

Le départ de l’International de 1935 fût donné le 3 février à 10h45 devant la mairie de Suresnes. Ce départ avait en fait été peu favorable à Josy Mersch, qui était resté accroché à une branche avec la selle de son vélo dès l’entrée en forêt. Son frère Arsène n’eût toutefois aucun mal à le libérer, et Josy se remit immédiatement à la poursuite de la tête de la course.

“Mont Valérien — Seynaeve aborde le premier le ‘Trou du Diable’ suivi de Vaast” (source: Match: l’intran: le plus grand hebdomadaire sportif, 5 février 1935)

Après un départ tonitruant ensemble avec Vaast, le Belge Maurice Seynaeve, victime d’une crevaison, allait perdre le contact avec la tête de la course.

Charles Vaast escaladant le “Trou du diable”, Critérium International de 1935

Josy Mersch pour sa part parvint à rejoindre Charles Vaast (Fra) en tête pour le restant de l’heure que durait la compétition. Mais pour gagner, il fallait plus.

“Le meilleur, chez nous, fut donc Vaast, le champion de France, qui, après le passage du Trou-du-Diable, faisait figure de vainqueur. Il ne put résister à la fougue de Josy Mersch. Sa dernière victoire, dans le Cross de Rambouillet, avait été très belle. Il avait de nombreux partisans. Pourtant Vermassen, qui avait vu les Luxembourgeois à l’entraînement, disait n’avoir jamais pu décramponner Josy Mersch qui, pour lui, était par conséquent le plus redoutable.” — René Bierre dans le compte rendu de la course (paru dans Match: l’intran: le plus grand hebdomadaire sportif, 5 février 1935)
Josy Mersch en train d’escalader le “Trou du Diable”

Le koerichois Josy Mersch réussit finalement à distancer Charles Vaast dans les ultimes minutes de la course et à passer la ligne d’arrivée en premier, suivi à une seconde seulement par Charles Vaast et par son frère Arsène Mersch déjà à 56 secondes.

Avec Charles Vaast comme poursuivant immédiat (qui finira second), le Luxembourgeois Josy Mersch franchit la ligne d’arrivée en premier et remporte l’édition 1935 du Critérium International de cross cyclo-pédestre. Le drapeau agité par le sélectionneur Pierre Kellner cache Vaast, qui n’est pas visible.

Les autres frères luxembourgeois membres de l’équipe nationale, Mett et Pierre Clemens, se classèrent 4ème et 9ème. Avec ses quatre coureurs si bien classés dans les dix premiers, le Luxembourg décrocha à la même occasion aisément la victoire au classement par pays, qui était officiellement le seul qui comptait suivant le nouveau règlement. La main-mise luxembourgeoise sur l’International de 1935 était ainsi totale.

Josy Mersch, vainqueur du Critérium International de 1935

Classement des dix premiers coureurs:

1er Josy MERSCH (Lux) en 49'08" (Moyenne : 24.4023 km/h)
2. Charles Vaast (Fra) à 1"
3. Arsène Mersch (Lux) à 56"
4. Mathias Clemens (Lux) à 58"
5. René Pedroli (Sui) à 1'27"
6. Pierre Houbrechts (Bel) à 1'57"
7. Sylvère Maes (Bel) à 2'41"
8. Emil Jaeger (Sui) à 3'02"
9. Pierre Clemens (Lux) à 3'20"
10. André Vanderdonckt (Fra) à ? (…)

Classement par équipes :
1. LUXEMBOURG 8 points
2. FRANCE 22 points
3. BELGIQUE 23 points
4. SUISSE 29 points
5. ITALIE 39 points
6. ESPAGNE 50 points

Lors de cette édition de 1935, les frères Mersch n’en étaient pas à leur coup d’essai. Leurs classements des années précédentes au Critérium international avaient clairement préfiguré la réalisabilité d’un classement sur le podium: 1932: 11ème A. Mersch; 1933: 4ème Josy Mersch et 7ème Arsène Mersch; 1934 à nouveau: 4ème J. Mersch et 7ème A. Mersch.

Les frères Mersch continueront à faire des classements honorables après 1935, confirmant ainsi leur statut de cyclo-cross men accomplis — en 1936: 5ème A. Mersch; 1937: 7ème A. Mersch, 14ème J. Mersch; 1938: 9ème J. Mersch; 1939: 13ème A. Mersch.

Commentaire de Félix Lévitan (1911–2007), co-organisateur du Tour de France, au sujet du résultat du Critérium International de cross cyclo-pédestre (source: Match: l’intran: le plus grand hebdomadaire sportif, 5 février 1935)

Il convient de mentionner qu’Arsène Mersch et les frères Clemens ont également fait équipe sur route, notamment dans le Tour de France où ils ont engrangé plusieurs victoires d’étapes et des placements remarqués au classement général. Josy Mersch était surtout un spécialiste de cyclo-cross, qui se vit contraint en 1938 de mettre un terme à sa carrière consécutivement à une grave chute.

1936

Le frère du vainqueur de l’année précédente, le Luxembourgeois Arsène Mersch, était seul en tête de l’édition 1936 du Critérium International lorsqu’un facheux problème mécanique survint: le guidon de son vélo était cassé. Or, le règlement de l’époque interdisait de changer de vélo, et ce même pas en cas d’ennui mécanique.

Arsène Mersch (1913-1980)

Au lieu d’abandonner, Arsène Mersch — très en forme et hautement motivé cette année-là, qui allait sur la route s’avérer être la meilleure saison de sa carrière — choisit de continuer. L’on ne réécrit pas les courses avec des mais et des si, les coureurs acceptent habituellement les conséquences des incidents de course comme une fatalité. Néanmoins, qu’il soit permis d’imaginer que durant les longues minutes pendant lesquelles il fit course en tête, le jeune frère de Josy Mersch — vainqueur de 1935 — avait le doublé familial à portée de main… Le handicap considérable que représente un vélo avec un guidon cassé ne l’empêcha pas de finir la course à la remarquable 5ème place, ce qui constituait en soi déjà une prouesse. Avec un vélo cassé, son frère Josy fût cette fois-ci contraint d’abandonner.

C’est finalement le Belge Maurice Seynaeve qui remporta cette édition de 1936, devant les Français Robert Oubron et Charles Vaast.

Années de 1937 à 1946

Après avoir fait second en 1936, le Français Robert Oubron ne remportera pas moins de 4 éditions du Critérium International: 1937, 1938, 1941 et 1942. D’un point de vue sportif, ses victoires de 1941 et 1942 sont ternies par l’absence d’un champ de compétiteurs réellement international, alors que la guerre fait des ravages en Europe. En 1948, dans l’avant-dernière édition du Critérium International, Oubron finira à la seconde place.

Le second de 1935, Charles Vaast, remporte la victoire en 1939. Les années 1940 et 1943 à 1946 marquent la coupure causée par la deuxième guerre mondiale.

Le Critérium International s’exporte au Luxembourg pour l’édition de 1947

Il est à noter que la première édition du Critérium International après la Deuxième Guerre mondiale fût organisée au Luxembourg en 1947, sur un circuit dans la forêt bordant la capitale:

“Les heures sombres ne sont pas oubliées mais font désormais partie du passé. L’élite sevrée tarde à en découdre sur le circuit de Muhlenbach de 3,200 kms à parcourir six fois.” — Van de Gejuchte/Sergent (1996)
Le parcours du Critérium International de 1947 couru à Muhlenbach au Luxembourg (source: Luxemburger Wort). Ce site est resté boisé jusqu’à nos jours et reste très prisé auprès des sportifs de la capitale (lien vers Google Earth montrant l’emplacement).

Jean Robic, coureur français que l’on ne présente plus, remporte cette première édition d’après-guerre en 1947. Jean Goldschmit fait 10ième pour le Luxembourg. “Biquet” s’adjugera également le Tour de France de cette année.

Le Français Roger Rondeaux remportera en 1948 et 1949 les deux dernières éditions du Critérium International cross cyclo-pédestre, qui sont à nouveau courues près de Paris, sur le circuit du Bois de Vincennes. Dans ces deux éditions, le seul classement luxembourgeois dans les dix premiers sera celui de Pierre Scheer qui fit 9ième en 1948.

Podiums de toutes les éditions du Critérium International de cross cyclo-pédestre courues entre 1924 et 1949. A partir de 1950, l‘épreuve laissera la place à un véritable championnat du monde organisé pour cette discipline (source podiums: www.cyclingrevealed.com). Les classements complets sont disponibles dans la rubrique cyclo-cross du site www.memoire-du-cyclisme.eu

Aucun compétiteur suisse, italien, espagnol ou encore hollandais ne réussira à remporter le Critérium International dans les années de son existance.

L’après-guerre: premier Championnat du Monde de cyclo-cross en 1950

Pour suivre l’évolution internationale, les autorités du sport cycliste arrivent au constat

“que l’organisation d’un officiel Championnat du Monde de cyclo-cross s’avère nécessaire. Depuis la création de l’International en 1924 cette discipline a fait peu à peu des émules. Aux nations dites ‘traditionnelles’ se sont jointes au concert d’autres telles la Pologne ou l’Espagne. De plus l’attribution d’un maillot arc-en-ciel, comme sur la route, crédibilise le lauréat que n’est plus seulement le vainqueur de l’International mais le véritable champion du Monde. La nuance n’est guère négligeable…” — Van de Gejuchte/Sergent (1996)

La continuité avec le Critérium International est établie à au moins deux niveaux. D’une part, le circuit du Championnat du Monde est également tracé dans le bois de Vincennes dans la périphérie de Paris. D’autre part, le premier véritable Championnat du Monde en 1950 est remporté par le Français Jean Robic, l’un des derniers vainqueurs de l’International qui a à présent cessé d’exister.

Au 20ième siècle, le Luxembourg sera organisateur du Championnat du Monde de cyclo-cross à quatre reprises: en 1951, 1956 et 1968 à Luxembourg-Ville et en 1962 à Esch s./Alzette.

Luxembourg 1951: Baumbusch (I)

Dans l’article “L’historique du Critérium International” publié dans la brochure officielle du IIe Championnat du Monde de Cross cyclo-pédestre organisé le 18 février 1951 à Luxembourg, l’on peut lire:

“En 1950, le ‘Critérium International’, disputé 18 fois, a passé de vie à trépas. Considéré jusqu’ici à juste titre comme le Championnat officieux de la spécialité, il a conquis ses galons d’épreuve officielle et est devenu Championnat du Monde.”

La 2ème édition du Championnat du Monde “fut organisé en 1951 sur un parcours très sélectif dans la forêt du Baumbusch”, sur lequel Roger Rondeaux (Fra) l’emporte devant Jean Robic (Fra). Le Luxembourgeois Jean Kirchen, qui n’est autre que le grand-oncle d’un certain Kim Kirchen, termine à la sixième place.

Luxembourg 1956: Baumbusch (II)

Ce même parcours du Baumbusch est réutilisé pour l’édition de 1956, remportée par André Dufraisse. “Les Luxembourgeois, quant à eux, avaient parfaitement rempli leur tâche, avec 3 concurrents dans les 10 premiers: Charly Gaul excellent 5e, Jengy Schmit 8e et Johny Goedert 10e” notent Thill & Bressler (2006). Johny Goedert avait déjà fait 9ième en 1953 à Onate (Espagne) et il fera bon 5ième en 1954 à Crenna en Italie.

André Dufraisse remportera également l’édition de 1957, le premier Championnat du Monde organisé par la Belgique à Edelaere. Le Luxembourgeois Jean Schmitt y fera 9ième (puis 7ième à Limoges en 1958 et 5ième à Genève en 1959).

Esch-sur-Alzette 1962: Galgebierg

18 février 1962: Championnat du Monde de cyclo-cross au Galgebierg à Esch-sur-Alzette

Pour l’année 1962, le championnat du monde fut organisé au Galgebierg à Esch-sur-Alzette. Cette édition a laissé une empreinte particulière dans l’histoire du Championnat du Monde:

“Pour une fois les coureurs n’affronteront certes pas un infâme bourbier mais pour l’emporter le vainqueur va devoir escalader à six reprises un véritable petit col! Cette difficulté, le ‘Galgebierg’ culmine à 96 mètres. La montée est longue de neuf cents mètres et la pente a un pourcentage moyen de 9%.” — Van de Gejuchte/Sergent (1996)

Evidemment, cette montée a un impact sur la course. Renato Longo (Ita) se met en tête devant le duo Maurice Gandolfo (Fra) et Roger De Clercq (Bel). Charly Gaul (Lux) suit à 30 secondes avec le peleton qu’il emmène. Une constellation quelque peu inattendue dans un cyclo-cross.

“La difficile montée du ‘Galgebierg’ est un véritable calvaire pour nombre de concurrents. Après quelques passages le peleton a littéralement éclaté.” — Van de Gejuchte/Sergent (1996)
Le site du Galgebierg à Esch s./Alzette, théâtre du Championnat du Monde de 1962, se trouve géographiquement très près du site de BIELES 2017, qui est juste un peu plus à l’ouest.

L’Italien Renato Longo devint Champion du monde, tandis que le Luxembourgeois Charly Gaul se classa à nouveau 5ième.

Luxembourg 1968: Kirchberg

1968, Kirchberg au Luxembourg

“Pour les championnats du monde de cyclo-cross de 1968, un parcours au plateau de Kirchberg avait été choisi par les organisateurs luxembourgeois. Les frères De Vlaeminck en cueillirent les lauriers: Roger dans la catégorie des amateurs et Eric chez les professionnels.” (Thill & Bressler, 2006)

Les Championnats du Monde des frères De Vlaeminck à Luxembourg en 1968, commentés en flammand

Si le Luxembourg est dans l’après-guerre plusieurs fois à l’honneur en tant qu’organisateur, il lui faudra attendre les mondiaux de Munich en 1985 pour revoir l’un de ses coureurs remonter sur le podium.

En 1979, le Luxembourgeois Lucien Zeimes s’était classé 7ième à Saccolongo en Italie. En 1984, un certain Claude Michely (Lux) finit 8ième à Oss aux Pays-Bas.

Claude Michely gagne la medaille de bronze en 1985

Le Luxembourgeois Claude Michely, médaille de bronze du championnat du monde de cyclo-cross en 1985 (Munich)

Claude Michely, multiple champion national du Luxembourg et grand spécialiste du cyclo-cross, réalise l’exploit en parvenant dans la capitale de la Bavière à décrocher sur un circuit recouvert de neige verglacée la médaille de bronze au Championnat du Monde de cyclo-cross de 1985. L’Allemand Klaus-Peter Thaler est champion du monde et le Néerlandais Adri van der Poel médaillé d’argent.

Règnes de plusieurs champions

Plusieurs règnes de champions marquèrent l’histoire d’après-guerre de la discipline: Roger Rondeaux (Fra)- 1951, 52, & 53, Andre Dufraisse (Fra)- 1954, 55, 56, 57, & 58, Renato Longo (Ita)- 1959, 62, 64, 65, & 67, Eric de Vlaeminck (Bel), Albert Zweifel (Sui)- 1976, 77, 78, & 79, Roland Liboton (Bel)- 1980, 80, 82, 83, & 84.

Eric de Vlaeminck est considéré à ce jour comme le plus grand champion du cyclo-cross, avec 7 titres mondiaux conquis en seulement 8 années.

Le circuit de cyclo-cross “Josy Mersch” du SAF Zéisseng

En l’honneur du vainqueur de 1935 du Critérium International, un circuit de cyclo-cross est aménagé à Cessange au Luxembourg et inauguré le 9 janvier 1999 en présence de Josy Mersch.

Le tour du circuit de cyclo-cross “Josy Mersch” du SAF Zéisseng en caméra embarquée

Des difficultés aussi redoutées et vertigineuses que le mythique Trou du Diable, à présent jugées trop dangereuses, cessèrent de figurer dans les parcours de cyclo-cross. Les parcours contemporains sont axés sur une course plus fluide et plus rapide.

Le cyclo-cross, bien qu’ayant ses spécialistes et stars à part entière, continue d’être considéré par beaucoup de coureurs sur route comme un entraînement hivernal bienvenu. La discipline reste sans conteste une école de maîtrise pour les néophytes.

Après presque un demi-siècle, le championnat du monde revient au Luxembourg

Après 1968, l’édition 2017 du championnat du monde qui sera organisée fin janvier à Sanem/Belval — “Bieles” en luxembourgeois — marque après une très longue période d’absence le retour au Luxembourg de cette compétition au plus haut niveau.

Le cyclo-cross est pendant ce temps resté très populaire au Luxembourg, où il est pratiqué par de nombreux jeunes cyclistes. Le public sera certainement au rendez-vous de cette fête du cyclisme mondial. La proximité avec les pays voisins “fondateurs de la discipline” devrait attirer les foules.

Les espoirs luxembourgeois reposent en particulier sur les épaules de la championne Christine Majerus. Des Championnats du monde féminins de cyclo-cross sont organisés depuis l’année 2000.
“For the Love of ‘Cross” featuring Christine Majerus

Sources consultées:

www.amicaleducyclisme.fr

Bikehugger: The First Cyclocross Race

CyclingRevealed Presents the World of Cyclocross

Cyclocross in Austin: Soldiers of the ‘Cross: The Emergence of Cyclocross

Cyclo-Cross-Reminiszenzen. Historik des “Critérium International de Cross Cyclo-Pédestre. In: Luxemburger Wort, 10.01.1947, S. 10.

Thill, Fernand; Bressler, Henri (2006): Le sport cycliste dans la capitale. Dans: “Ons Stad”, Nummer 82

Van de Gejuchte, Dirk; Sergent, Pascal (1996): La gloire dans les labours : grande et petites histoires du championnat du monde de cyclo-cross. Ed. de Eecloonaar, Eeklo (Belgique)

Wittmann, Ralph (2012): Radcross: Das Handbuch zur Radsport-Disziplin. Books on Demand GmbH, Norderstedt (Deutschland)


Cet article est dédié à la mémoire de feu Monsieur Lucien Blyau (Belgique/1925–2016), superfan du cyclisme mondial qui avait dans son enfance encore vu courir le Luxembourgeois Arsène Mersch (1913–1980) — avec son frère Josy Mersch (1912–2004) l’un des animateurs du Critérium International durant les années 1930. L’auteur de cet article est le petit-fils (sans licence) d’Arsène Mersch.