Le dernier Haka du charbon

Toute histoire a une fin. Et le charbon en Nouvelle-Zélande ne déroge pas à cette règle. Deux siècles d’exploitation minière. Deux siècles pendant lesquels les communautés de mineurs se sont établies et ont façonné un environnement social, culturel et sportif propre à eux. Mais si la mine et ses villes se meurent, leur mémoire, elle, reste bien vivante.

Chapitre 1 : All Blacks par la mine

En Nouvelle-Zélande, le rugby est roi. Pour les mineurs, c’est un mode de vie. Le district du Buller est le symbole de 130 années de rugby minier. Un héritage qui fait encore aujourd’hui la fierté des habitants, malgré les nouveaux défis qu’imposent le déclin de la pierre noire…

Kia kino nei hoki
A Ka mate ! Ka mate !
Ka ora ! Ka ora !
A Ka mate ! Ka mate
Ka ora ! Ka ora !
Tenei te tangata puhuruhuru
Nana nei i tiki mai, whakawhiti te ra
A hupane ! A kaupane !
A hupane ! A kaupane !
Whiti te ra !
Hi !”

Ces paroles, ce sont celles du Ka mate. Mais ce que tout le monde connaît, c’est son interprétation : le haka. Cette danse chantée par l’équipe de rugby à XV de Nouvelle-Zélande, les All Blacks. Le temps d’une minute, les joueurs ne font qu’un, unis dans le geste, le regard, la parole, pour le meilleur, et pour le pire.

All Blacks. C’est aussi le qualificatif que l’on aurait pu attribuer à ces mineurs de fond néo-zélandais du XIXème siècle. Ces hommes du district du Buller qui déjà ne juraient que par une chose : le rugby.

“They lived hard, they worked hard, they played hard”

A l’époque, tous les clubs de rugby du district étaient composés de mineurs. Une grande majorité d’entre eux travaillaient pour le compte de la Westport Coal Company et étaient très ancrés à gauche.

En dehors de l’extraction et des activités syndicales, les mineurs appréciaient deux choses : le sport et le pub. Le métier était très dur et le sport un moyen pour eux de se détendre. “Pub le vendredi soir, rugby le samedi, pub le samedi soir, football le dimanche, pub le dimanche soir, retour au travail le lundi.” explique Norman Crawshaw, historien local spécialisé dans le rugby néo-zélandais et les mines du Buller.

“Mining was supreme”

L’ovalie n’était pas aussi bien organisé qu’aujourd’hui. La mine restait la priorité numéro un. Des matchs n’avaient souvent pas lieu par manque de joueurs qui travaillaient à la mine le même jour. Les mineurs avaient droit à sept jours de match sur la saison. La Buller Rugby Union organisaient donc parfois des matchs de nuit, le mardi et le vendredi, pour augmenter ce quota. “Il y avait des arrangements entre les clubs.” explique John Lennon, actuel président de la Buller Rugby Union et arbitre.

Les mineurs-joueurs étaient tout de même payés les jours de match, avec un système appelé le back saturday. Le principe était de rattraper la journée du samedi non-travaillée.

“Rugby was the key thing”

Le rugby était bien plus qu’un sport. Tous les villages avaient leur propre club, même les plus petits. Ils permettaient de fédérer, de tisser du lien social dans les villages. Les valeurs de l’ovalie étaient similaires à celle de la mine : solidarité et fraternité.

Les petits détails de la vie quotidienne restent encore gravés dans la mémoire des anciens joueurs-mineurs :

“On allait en ville [Westport] avec le bus pour 3 shillings et le fish and chips coûtait 2 shillings” se souvient Toby Forman, un ancien joueur-mineur du Ngakawau R.F.C. des années 60.
Toby Forman lisant une ancienne revue minière
Trophée de membre à vie du club de Ngakawau

“Face the decline…”

Le déclin de l’industrie minière néo-zélandaise a commencé dans les années 1940. Les mineurs n’étaient plus sollicités et les villages se vidèrent progressivement. Les clubs de campagne ont commencé à disparaître. Mais certains, comme Ngakawau, ont résisté. Ce dernier a même été entièrement composé de mineurs jusque dans les années 1970.

“Ngakawau et Reefton sont aujourd’hui les deux clubs qui ont le plus conservé cette identité minière.” explique John Lennon. Beaucoup de joueurs de ces deux clubs travaillent dans un domaine en lien avec la mine ou sont issus d’une famille du monde de la mine.

Écusson du club de rugby de Ngakawau
Le terrain de rugby du club de Ngakawau avec derrière l’arrivée du charbon de la mine de Stockton
Chariots suspendus qui ramènent le charbon de la mine de Stockton

De fait, la santé des entreprises liées de près ou de loin à l’extraction minière a encore aujourd’hui des conséquences importantes sur le rugby local.

En témoigne l’exemple récent de l’usine du cimentier Holcim New Zealand à Westport, qui fonctionnait en partie grâce au charbon. Cette dernière a fermé le 30 juin 2016, après 60 ans d’existence. 105 personnes ont perdu leur emploi. L’entreprise contribuait au financement de la Buller Rugby Union à hauteur de 7%.

Maillot du centenaire du la Buller Rugby Union
Étiquette de l’équipe de rugby locale collée sur les commerces de Westport
Usine Holcim de Westport , trois semaines après sa fermeture le 30 juin 2016

Origines du rugby dans le Buller

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, l’ensemble des clubs sportifs de la région de la West Coast sont fondés par les colons anglais autour des bassins miniers. Ces mines sont progressivement reliées au port de Westport, dans le district du Buller, via les chemins de fer. Durant la Première Guerre mondiale, le plus grand employeur de ce district est la Westport Coal Company. La ville va rapidement se développer avec l’exportation maritime de ce charbon. Les habitants du district sont alors tous concernés, de près ou de loin, par l’extraction du charbon. C’est à cette époque que se forment les premiers clubs de rugby dans le Buller. Le premier club au ballon ovale est le Westport RFC en 1886. C’est en 1894 que sera fondée la Buller Rugby Union, regroupant les clubs de rugby du district.

Les mineurs de la guerre

300 personnes de la Westport Coal Company, dont beaucoup sont des mineurs, sont mortes durant la Première Guerre mondiale dans les tranchées de la Somme et lors de la bataille des Dardanelles (1915/1916).

Histoire de la création de la Buller Rugby Union

La Buller Rugby Union a été créée en 1894 à cause du manque de transport. Appartenant tous à la West Coast R.F.U, les joueurs des clubs du Buller District et du Grey District sont séparés de 100 kilomètres de distance. La Buller Rugby Union règle ce problème en structurant des compétitions locales avec les clubs du district. Aujourd’hui, la Buller Rugby Union concerne six clubs du district : Ngakawau RFC, Karamea RFC, Old Boys RFC, Reefton RFC, Westport RFC et le White Star RFC.

Cette scission nourrit encore aujourd’hui les rivalités avec son voisin, qui s’affrontent chaque année dans le cadre du Heartland Championship, compétition amateur de troisième division.

Mais les deux unions, historiquement composées de mineurs et sponsorisées par le secteur de la mine, partagent le poids des fermetures des mines depuis la fin du XXème siècle.

La Buller Rugby Union représente aujourd’hui plus d’un millier de membres et fait parti des six unions (dont la West Coast R.F.U) qui fournissent des joueurs à la franchise des Crusaders, équipe évoluant dans la compétition internationale du Super Rugby.

Toby et la légende

Toby Forman a été entrainé par William John “Bill” Mumm (1922–1993), enfant du district ayant joué au poste de pilier pour le Ngakawau R.F.C. et pour l’équipe nationale, les All Blacks, en 1949.

Vidéo : Les origines du Ngakawau R.F.C. : le charbon et la guerre

Chapitre 2 : Le dernier souffle de Denniston

Cela fait maintenant plusieurs années que Gary est seul. Seul sur la colline de Denniston, ancien fleuron de l’industrie du charbon en Nouvelle-Zélande. Cette solitude, il l’a choisie. Lui l’ancien mineur et fils de mineur a essayé de revenir en contrebas il y a quelques années sans pouvoir s’y habituer. Aujourd’hui de retour dans les hauteurs, il est la mémoire vivante d’un lieu chargé d’histoire.

Au détour d’une route mal entretenue apparaît le domaine de Gary James. Une maison aux aspects quelconques et au bois dégarni. Au premier abord, un simple gîte pour les randonneurs. Et pourtant, cette maisonnette en apparence ordinaire est la dernière trace de la période charbonnière de Denniston. La dernière maison qui n’ait pas disparue après la fermeture de la mine. Avec son association « Friends of the Hill », Gary en a fait un lieu de mémoire, truffé de photos d’époque et d’ustensiles en tout genre entreposés sur des étagères craquelées. Le musée est rudimentaire mais l’ancien mineur est très fier de nous montrer les installations et reconstitutions des différentes scènes de la vie sur le plateau.

Panneau indiquant l’entrée de la mine de Denniston lorsqu’elle était encore en activité
Casque de mineur
Reconstitution d’une mine avec les chariots
Intérieur du bus qui amenait et ramenait les mineurs au travail
Chariot servant au transport du charbon

Une histoire de pubs

A l’origine, Denniston n’était pas voué à devenir un village. Les mineurs y travaillaient, prenaient leurs douches, et descendaient de temps en temps prendre une bière au pied de la colline. A cette époque, la compagnie des Mines veut faire de Denniston un « dry camp », un camp de travail sans une goutte d’alcool. Ce n’est qu’après avoir constaté de multiples retards des mineurs qui enchainaient les allers retours que la firme décide d’installer un bar sur le plateau, à proximité des mines. Le “démon alcool” comme le nomme Gary, faisait le bonheur des mineurs qui y dépensaient leur maigre salaire après une dure journée de travail. Excédées de voir leurs maris sans le moindre sou, c’est par une journée ensoleillée que les femmes prirent leurs enfants et montèrent les sentiers escarpés de la colline. Nul ne les fera bouger de là et surement pas leurs maris, dépités de voir arriver des gardes fous. Denniston prenait ainsi vie. Ce qui devait être à la base un simple camp de travail devient un petit village minier perché à 600 mètres d’altitude.

Au-delà d’être à l’origine de Denniston, le pub en était une institution, un pilier de la vie minière sur le plateau :

« C’est la seule échappatoire, se défend l’ancien mineur, boire un coup pour oublier la dureté des jours qui passent sous la mine »

Là-haut, 8 « Hotels » tournent à plein régime. Ils ne s’arrêtent que lorsque les mineurs sont assez saouls, ou n’ont plus un rond. Le survivant de la colline a connu ses endroits de près, sa tante tenait un établissement. Il se souvient de son cousin lui confiant “à quel point il était difficile de regarder certains de ses amis en face lorsqu’il avait vu leurs pères dépenser tout son pécule au bar”. Et même lorsque la Couronne britannique décidait une fermeture des pubs à 18 heures, Denniston fait de la résistance. Ici, les pubs ne fermaient pas, ils s’animaient, se remplissaient, retenaient leur souffle lorsqu’un policier venait toquer à la porte puis reprenaient au rythme des chopes de bières. Jusqu’au dernier saoul et sou.

Mineurs au pub après une journée de labeur

Une communauté pour faire renaître le passé

L’esprit de la mine a perduré. Il a traversé les années, les crises et la désertification et incarne désormais le lieu. De l’aveu de Gary, “la vie était difficile, sous la noire fumée du charbon, la pluie”. Mais plus qu’une simple communauté, le village est devenu une famille. A tel point que chacun laisse sa porte ouverte lorsqu’il quitte sa demeure, “au cas où son voisin aurait besoin de quelque chose.” se rappelle-t-il avec nostalgie.

Aujourd’hui Denniston n’est plus. Le site minier a été aménagé certes, mais les débris et les chariots rouillés jonchent encore le plateau. Au bord du Incline trône fièrement un immense chariot. Celui-là même qui descendait, plein de charbon, la colline à toute vitesse avant de rejoindre la voie ferrée et le port plus bas, dans la ville de Westport. Pour Gary James, Denniston est encore dans une période intermédiaire, pas totalement remise du déclin de la mine mais qui “commence à s’ouvrir et se moderniser”. Il explique sa difficulté à gérer seul le site pendant les périodes creuses en hiver. Ce n’est qu’à Noël, en plein cœur de l’été néo-zélandais, que l’activité sur le plateau bat son plein. Pendant cette période le musée accueille un millier de visiteurs (cf vidéo) sur six semaines, en écrasante majorité des locaux qui viennent ou reviennent apprendre l’histoire minière de leur région et de leurs aînés. Le reste de l’année, le musée se limite à l’accueil de groupes scolaires.

Le village a ainsi succombé au temps et Gary a vu tous ses amis, ses compagnons, quitter la colline. Mais lui n’a pas pu partir. “Ma passion est ici, je ne peux pas quitter ce lieu” avoue-t-il. Il espère encore. Il n’y croit pas mais espère un retour de l’économie du charbon. Il espère encore “revoir des familles, des enfants, des activités là-haut”. Mais l’heure est au futur et l’ultime mineur de Denniston fait de son mieux pour redonner un second souffle à cet endroit qu’il a tant chéri.

Ruines sur l’ancien site minier de Denniston

Historique de la fondation de Denniston

1861→ Découverte du charbon sur la colline de Denniston

1879 → Fondation du village de Denniston par des mineurs originaire principalement d’Ecosse. Au bout d’un an, des 300 âmes qui étaient venus coloniser le plateau, il n’en reste plus que 150

1910 → l’activité charbonnière se développe. Le village de Denniston se développe avec celui de Burnett’s face dans la vallée en contrebas. A eux deux, ils comptabilisent 1500 habitants.

1930 → la crise atteint Denniston, les mines ferment et les mineurs peinent à retrouver du travail.

1950–1960 → la plupart des habitants quittent les conditions extrêmes de la colline pour aller chercher du travail ailleurs. Le village de Burnett’s Face disparaît.

1971 → il ne reste plus que 5 personnes vivant à Denniston

Vidéo : l’effet “Denniston Rose”

Chapitre 3 : Des mines et des villes

Autour des mines se sont formées des villes. A l’âge d’or du charbon, elles étaient prospères et grouillantes de vie. De cette animation il n’en reste que la mémoire. Truffée d’anecdotes et de tranches de vie, elle est entretenue par les vétérans de ces villes minières.

Granity
Une ville (quasi) morte
Granity sur une carte
Granity

La scène semble à peine sortie d’un film. Au détour d’un vieux chemin et derrière une vieille maison se dresse une autre maison plus délabrée encore. Sur son pas, celui qu’on appelle Big George à Granity. Et pour cause, une taille impressionnante, des épaules larges viennent emplir l’espace de la baie vitrée. George Davies a le visage bouffi par les années malgré un effort de présentation et des cheveux gominés vers l’arrière. Sa demeure, c’est lui qui l’a construite, de ses propres mains, après avoir vécu dans différents villages miniers aux alentours.

« Tout le monde se connaissait. Tu grandissais avec des amis que tu gardais ensuite jusque dans la mine. Maintenant les gens sont partis. Ils ont perdus leur travail et sont partis avec leurs familles » lâche David, nostalgique.

L’homme se fait comprendre difficilement, mais son accent prononcé vient cacher une mine, pas de charbon cette fois-ci, mais de souvenirs. Granity était le plus gros « township » — village minier — du secteur. On y trouvait tout, 2 bars, une boulangerie, une boucherie, une ferme qui délivrait du lait tous les matins, maison par maison.

Une ville (quasi) morte

Granity sur une carte

Ngakawau
Une ville vide
Ngakawau sur une carte
Ngakawau

« Oh hell yeah ! ». A la question si la population a diminué après la fermeture de la mine, la réaction de Robert Tyler est spontanée, presque innocente. Le charbon, la mine, il connait. Il y a travaillé dès ses 17 ans.

« A cette époque, tu quittais l’école à 15 ans » se justifie-t-il.

Des bus, une boulangerie, une épicerie, une station essence … Autant de commerces disparus aujourd’hui, laissant la ville à son triste sort. « Triste », c’est d’ailleurs le mot qu’utilisera la femme de Robert, en retrait dans la pièce, pensive. Tout le monde se connaissait mais peu sont restés. La fratrie Tyler est l’une des dernières rescapées du petit village presque fantôme.

Une ville vide

Ngakawau sur une carte

Blackball
Les vestiges d’une vie sociale
Blackball sur une carte
Blackball

En 47 ans de vie à Blackball, ce que regrette Hank c’est la mort sociale du village. A l’époque minière, les activités battent leur plein. Un « Sports Day » tous les 12 mois, un bal tous les 3 mois venaient rythmer la vie des mineurs.

« Il y avait les activités du samedi soir, de 19h à minuit on jouait, dansait. La vie sociale des mineurs était juste merveilleuse, il y avait un grand esprit communautaire. »

De cette ardeur il ne reste plus que quelques bars moribonds et des maisons défraîchies, arborant tous fièrement les emblèmes de la mine.

Les vestiges d’une vie sociale

Blackball sur une carte

Huntly
Tout rappelle la mine
Huntly sur une carte
Huntly

Fred Ryx a travaillé toute sa vie en tant que mécanicien dans les mines autour de la ville de Huntly. Après avoir donné sa force au charbon, il a décidé d’y consacrer son cerveau en se spécialisant dans l’histoire minière du Waikato. Ce qu’il garde en tête, c’est l’esprit qui régnait au sein de la communauté minière.

« Ce qui est à montrer. C’est la camaraderie qui prévalait entre les mineurs et familles de mineurs. Mais tout cela est parti avec la mécanisation. C’est bien dommage. »

Dans le Waikato Coalfields Museum où il nous accueille, tout est soigné, répertorié, expliqué. D’un ton nostalgique et lent il retrace les histoires, les mésaventures et les joies des hommes du charbon.

Tout rappelle la mine

Huntly sur une carte

Chapitre 4 : La fin d’une ère

Depuis longtemps, l’économie du charbon chute et se relève. Pour les communautés minières, la mine est vouée à cette perpétuelle résilience. Une idéologie qui détonne dans un pays où la majorité de la population voit en l’extraction minière les vestiges d’un glorieux passé désormais révolu. Une page de l’histoire néo-zélandaise est en train de se tourner.

«Les gens extérieurs à la région voient le charbon comme une chose mauvaise»

Cette phrase marque tout l’antagonisme qui oppose les populations minières au reste de la population néo-zélandaise. D’un côté, une communauté qui s’est développée autour de la mine et qui y reste profondément attachée, même pendant les heures sombres de son histoire. De l’autre, une population urbaine, activiste et militante qui lutte contre ce qui reste la matière première la plus polluante au monde.

Vidéo : “Bernie Monk : Rester fier.”

https://www.youtube.com/watch?v=MuW5SR7dwag&feature=youtu.be

Vidéo : “Greenpeace : Un État pro-charbon, une majorité anti.”

https://www.youtube.com/watch?v=zCeyeM8Nyok&feature=youtu.be

Point de non-retour

Tout est une question de prix. La majorité des acteurs engagés dans le charbon l’assurent, il suffit que le cours du charbon remonte pour que les mineurs puissent retourner travailler. Le terme de fermeture est rarement employé, on préfère dire qu’elles sont « en maintenance », en l’attente d’une conjoncture économique meilleure. Mais peu reprennent vraiment leur activité. C’est le cas de la mine de ROA, dernière mine sous-terraine du pays et inactive depuis le 26 janvier 2016 laissant 20 mineurs sans emploi. Bryan Coghlan alias « Cooky » travaillait dans cette mine. Néo-chômeur, il n’en garde pas moins espoir quant à l’avenir du charbon :

«Je ne sais pas si ce sera cette année, l’année prochaine ou une autre année encore, mais j’y crois. Si les prix vont mieux, les emplois iront mieux et la communauté ira mieux.»

Garth Elliott n’est plus aussi convaincu : “Le futur est noir pour les mineurs. J’aimerais être plus positif sur ce point mais c’est dur d’être positif lorsque la réalité est si noire”. Lui l’ex-mineur, syndicaliste depuis toujours et acquis à la cause du charbon, ne croit plus vraiment au rebond de l’économie minière. Dans le local du syndicat ETU à Greymouth, il affirme que le ralentissement économique de l’Inde et de la Chine a “sévèrement impacté l’industrie charbonnière”. Un impact d’autant plus retentissant lorsque l’on sait que 98% du charbon de la West Coast est destiné à l’exportation. La catastrophe de Pike River en 2010 viendra marquer le point d’orgue de cette crise du charbon dans la West Coast, atteignant un point de non retour.

Penser la vie après la mine

Le charbon ne fera désormais plus partie de l’aventure néo-zélandaise. Mais la fin de l’économie minière n’est pas une fin en soi. Pour les populations des bassins miniers, l’objectif est désormais de se réinventer, de trouver de nouveaux moyens de développement et de prospérité. Tony Kokshoorn, maire de la ville de Greymouth, sévèrement impactée par le déclin de la mine, a conscience des enjeux auxquels il doit faire face. Il le sait et le répète, “la transition sera douloureuse”. Dans sa région, le charbon a toujours fait partie du paysage, de l’existence même de la communauté. En prenant le pas du secteur des services et du tourisme en particulier, le truculent maire l’assure:

« Le charbon fera toujours partie de notre histoire, même s’il prendra plus la forme d’héritage à promouvoir que d’exploitation minière »
Reconstitution de l’intérieur d’une mine au Coaltown Museum de Westport

Cette notion d’attachement est aussi chère à Jeannette Fitzsimons, première député du parti des Verts en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui à la retraite, elle participe à la sensibilisation des populations aux problèmes environnementaux au sein du Coal Action Network Aotearoa (CANA). Elle le clame et l’assume, l’époque du charbon “doit être révolue”. Mais pour elle, cette révolution ne peut être effectuée de manière brutale:

« Nous ne voulons pas faire cela au détriment de personnes qui perdraient leur emploi. Donc nous travaillons avec les communautés impactées lors de fermetures de mines et nous encourageons de nouvelles formes de développement »

D’autres comme Simon Boxer l’assurent : la transition “ne viendra pas des politiques”. Le responsable de la campagne sur le changement climatique chez Greenpeace Nouvelle-Zélande explique que même le parti des Verts ne parle pas du réel problème. Selon lui, les changements, quels qu’ils soient, “se passent dans la rue”.

Sébastien Rouet et Mohamed-Amin