Je fais bien la maligne depuis quelques mois.

La fille aux multiples amants, qui prend tout ce dont elle a envie et réalise tous ses fantasmes, Ohlala attends il faut que je te raconte, on a fait ci et je lui ai fait ça, et j’ai kiffé en plus, toujours plein d’anecdotes, de questions curieuses, parfois jugée parfois enviée, elle est si libre et libérée ! C’est bon et amusant, ça me satisfait physiquement, que demander de plus ? En plus je pars bientôt, pas le temps de m’encombrer. Pas de sentiments, que des centimètres. Mais ça ne suffit pas toujours, enfin ça dépend, avec ceux-là oui, je ne les connais pas vraiment et je n’en ai pas envie.

Et puis lui. Que j’avais déjà un peu repéré, de loin, il y a longtemps. Qui est réapparu, un peu par hasard. J’ai décidé d’essayer, un peu par hasard. Et déjà c’est différent, on parle beaucoup trop, de beaucoup trop de sujets, très vite. On a plein de points communs. Il est un peu paumé d’un point de vue sentimental, me martèle ses névroses, ça me va, il est honnête et puis moi je pars dans quelques mois de toute façon alors bon… On décide d’aller manger ensemble. Il parle beaucoup, ça me va toujours, j’aime l’écouter, j’aime son humour et sa façon de tourner les choses.

On repart à pieds, on parle encore. C’est tellement rare, en fait, ces conversations où il n’y a pas de blancs, où un sujet en amène tout de suite un autre. Je ne sais pas pourquoi ce soir là je me suis beaucoup confiée, naturellement. En quelques heures il en savait plus sur moi que beaucoup de gens de mon entourage, même plus que mon ancien copain avec qui je suis pourtant restée un an et demi. Ce n’est pas du tout mon genre normalement, de parler comme ça, je suis très secrète, je ne porte pas mon passé en étendard, mais ce soir là, je ne sais pas, j’ai eu l’impression qu’il comprendrait. Il a écouté.

Je l’ai suivi chez lui, il m’a prévenue qu’on arrivait et que c’était la dernière ligne droite si je voulais partir, sur le ton de la plaisanterie. Je ne suis pas partie. C’était un tout petit appartement, sans canapé, on s’est assis chacun à un bout du lit, on a parlé encore un peu, j’avais envie de l’embrasser, je lui ai dit, que je l’aurai bien fait avant mais qu’il parlait trop et que je ne voulais pas l’interrompre. Il a souri et on s’est embrassés. C’était bien. On a fait l’amour et baisé en même temps, je savais ce qui lui plaisait et réciproquement, là aussi on avait pas mal de points communs. C’était un peu rude, comme j’aime, mais ses yeux ne quittaient pas les miens, et c’était vraiment fort. On a recommencé tout de suite après. Dans la nuit, à moitié endormis, on a continué.

Il avait à faire le matin, je me suis levée un peu étourdie, un peu groggy, j’ai toujours du mal à me réveiller. On s’est séparés à la station de métro. Je savais déjà que j’avais envie de le revoir et j’ai espéré que ça soit réciproque. Il m’avait expliqué que ces dernières expériences n’avait jamais dépassé la première nuit, je voulais être l’exception. Quelques heures plus tard il m’a confirmé que c’était bien, quelques jours plus tard on parlait de la prochaine fois. Je savais déjà que j’étais atteinte, j’ai un petit sourire niais quand je vois qu’il m’a écrit et quand j’en parle à ma meilleure amie. Attention, tu sais comment ça se passe dans ces cas là ! Oui bien sûr que je le sais, mais ça fait tellement longtemps, c’est tellement bon de ressentir ça.

Je décide de lui dire, parce qu’on a commencé comme ça, en se disant tout. Je m’épanche et déclare mon coup de cœur, il me répond qu’il a vu et me rappelle son instabilité émotionnelle. Je sais déjà tout ça, je sais aussi que je ne serai plus là dans quelques mois, je pense qu’on peut chacun y trouver son compte. Je veux bien être une de ces filles pansements, une fille sympa et pas prise de tête, le genre qui laisse un bon souvenir quand on y pense, une fille pommade pour les cœurs blessés. J’ai déjà eu ce rôle là et ça correspond plutôt bien à ma personnalité, ça me va dans ce genre de circonstances, mais ça je ne lui dis pas.

Je quitte Paris quelques temps, lui aussi. On continue de s’écrire. Souvent. On prévoit de se revoir. On se sextote pour la première fois. On parle de son ex, de ses incertitudes, ça me touche parce que j’ai eu les mêmes il y a pas si longtemps, je ne peux pas vraiment l’aider mais j’ai envie d’être là pour lui, de lui dire qu’il n’est pas tout seul. Je lui parle d’une ancienne histoire, j’aimerai que ça ressemble à ça pour nous, un genre d’amourette de longues vacances, pas besoin de trop réfléchir, pas de projets long terme, un genre de Couple à Durée Déterminée, avec seulement les parties agréables. Il n’a pas l’air contre.

Je reviens, on se revoit. On se saute dessus, c’est bien. Il nous prépare à manger, on regarde un film, on rit, on parle sous les draps. Mais je sens un décalage, son ancienne histoire n’est pas vraiment terminée, la fille le hante, il attend des retours pro, cherche un appart, un nouveau boulot. Il n’a pas la tête à ça et pas la tête à moi. J’ai l’impression que moi ou une autre ne changerait pas grand chose. C’est peut-être juste une impression, je ne sais pas, mais c’est désagréable. Je cogite toute la nuit. Je dors mal. Au matin, je ne suis pas très bien, mais je me dis qu’au moins on peut se retrouver dans les bras l’un de l’autre, une étreinte c’est toujours bon pour ce qu’on a, peu importe les problèmes. Mes efforts sont vains, et comme je suis stupide et angoissée, ça me vexe. Je pars.

Et je sais que je ferai mieux de mettre un terme à tout ça, avant que ça soit trop tard. Je lui dis. Il ne cherche pas à me donner tord, ça me fait encore plus mal. Je pleure toute une matinée, pour de vrai, des sanglots énormes, la taie d’oreiller tachée de mascara, les vagissements. Je ne me souviens plus de la dernière fois que j’ai pleuré comme ça, dans la vie en général et pour un garçon encore moins. J’essaye de couper tous les ponts, le supprime des réseaux sociaux, mais ça ne suffit pas. Je relance une conversation, je me sens bête. Il répond poliment, c’est tout. Le sujet n’est pas abordé. J’essaye de ne plus y penser. De ne pas essayer de savoir ce qu’il fait ou à quoi il pense.

Je crois qu’il me manque, non en fait j’en suis sûre, nos conversations quotidiennes me manquent, l’idée de le revoir me manque. J’aimerai qu’il pense la même chose de son côté mais en étant honnête avec moi-même je vois bien que ce n’est pas le cas. Ça me rend malheureuse mais ce n’est pas moi qui décide, et lui non plus d’ailleurs. Je ne peux pas lui en vouloir. J’imagine que ça va passer. Je souhaite sincèrement que les choses avancent pour lui, qu’il parvienne a se détacher de certaines choses, qu’ils aient des réponses positives à ce qu’il recherche. J’espère qu’il ira mieux, et je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’à ce moment là il aura envie de m’envoyer un message comme avant, qui dirait quelque chose comme “je crois que tu me manques".

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