Comment rester créatif quand on vit dans un grenier ?

Morgan Boreatti
Sep 5, 2018 · 7 min read

Nous n’avons pas tous l’opportunité ou l’envie de vivre à Paris. Ou même plus simplement dans une grande ville. Pourtant c’est “the place to be” pour un créatif. La culture, les expos, les rencontres, le réseau…
C’est ce que j’ai amèrement constaté en passant de ma colocation de 40m² au centre-ville de Nantes, à l’immense grenier d’une maison isolée d’un patelin paumé au fin fond du parc naturel des Ballons des Hautes Vosges (oui, je vis dans un grenier). Et comme tout le monde au début j’étais naïve, je comptais beaucoup sur cet outil si fabuleux qu’est internet pour remplacer mon ancienne vie ! Beaucoup trop. J’ai éprouvé ses limites.

Alors, que faire ? Retourner habiter en ville ? N’a-t-on vraiment pas le choix ?
J’ai décidé que moi, Morgan, j’avais le choix. Et si certains y arrivent, pourquoi pas moi ? J’ai compris au fur et à mesure que ce sont juste d’autres règles à adopter.
“Juste” ?
Parlons tout d’abord un peu de la créativité.

Alors que nous sommes isolés, une démarche de création qui demande un apport constant en nourriture intellectuelle peut vite devenir un poids. Une frustration.
Nous sommes tous passés par des moments de panne sèche où nous nous sommes dit : “oh mon dieu ça y est, ma flamme vient de s’éteindre !” Mouais…non. C’est juste normal.
“Juste” ?

La créativité et l’imagination exigent d’apprendre à se poser des problèmes.

(B. Schwartz, Réflex. prospectives,1969, p. 15)

C’est quoi la créativité ? C’est la capacité de créer (ah!). Et la capacité de créer dépend de notre nourriture intellectuelle, comme notre corps dépend de notre nourriture physique (les idées ne viennent pas du fin fond l’univers). Bien sélectionnée et bien assimilée, cette nourriture intellectuelle alimente la machine de nos idées.

Quand nous chérissons un tant soit peu notre créativité, nous devons toujours avoir la priorité de collecter et stocker correctement ce qui pourrait nous servir de nourriture. Comme dans votre frigo.
Mais attention, je ne vais pas vous dire ne pas aller au supermarché. De ne pas acheter de plats préparés, de ne pas acheter de gâteaux, de chocolat (bon, faites quand même gaffe à votre masse graisseuse et à l’huile de palme…). J’ai déjà eu de très bonnes idées grâce à des Corayas…
Vous pouvez être inspiré par un élément d’une nourriture intellectuelle abominable et en faire une oeuvre grandiose. C’est juste une question de limite et de traitement de l’information.
“Juste” ?

J’avoue, j’avoue, il y a des “trucs” qui aident. Ça ne fera pas le boulot à votre place, mais ça aide.

Tout noter.

Absolument tout !
Il n’y a rien de plus rassurant et satisfaisant que de relire ses notes (quand on les a prises correctement évidemment…). Nous en avions oublié la moitié et pouf, tout nous revient. Ce “pouf” est bon signe. Ça veut dire que vous vous étiez libéré de l’espace mémoire.
Voilà à quoi doivent servir vos notes : libérer votre cerveau d’une idée ! Premièrement, si vous ne pouvez pas bosser dessus maintenant, elle ne moisira pas dans votre tête et ne s’oubliera pas. Deuxièmement, il y a un truc magique qui se passe : avoir lâché prise fait que cette idée va repartir dans les pensées que vous traitez en arrière-plan. Le cerveau va alors réfléchir dessus tout seul, comme un grand. Lorsqu’elle reviendra dans le flux de vos pensées conscientes (merci les notes), elle aura grandement évolué.

Alors comment tout noter facilement ? Alors, rien n’est vraiment facile, mais certains systèmes nous correspondent mieux que d’autres.

Evernote, le fonctionnel : Application mobile et PC. Possibilité d’écrire des documents, de prendre des photos, de s’enregistrer. Le tout trié par dossier. On peut vraiment faire un dossier très complet sur une idée. Stockage via l’application disponible sur smartphone et PC.
Je n’ai jamais réussi à l’utiliser, trop de possibilités, je me perds facilement dans une même note. Mais les gens plus pointus que moi y trouveront leur compte !

Trello, la listeuse : Application mobile d’organisation. Le principe est simple, vous créez un projet que vous structurez en listes de tâches. Tâches que vous pouvez annoter et cocher une fois terminées. Possibilité de partager les projets avec d’autres personnes.
A la base conçue pour l’organisation et le travail en groupe, elle peut être dérivée comme bloc note. Si vous êtes plutôt fan de listes, cette appli est pour vous ! Je l’ai utilisée un moment pour structurer les histoires que j’écris, chapitre par chapitre.

Google Drive, le fourre tout : Application web, pc et mobile. Possibilité d’écrire des documents Word, des tableurs Excel, des présentations et des formulaires. Stockage en ligne (via son compte Google), donc accessible depuis n’importe quel navigateur. Même du smartphone, car l’appli mobile est disponible. Très pratique pour écrire. Possibilité de partager et donner le droit de modification d’un document avec d’autres personnes.
C’est le moyen de note le plus efficace que j’utilise actuellement. Oui je sais, c’est pas glamour. Oui je sais, c’est Google. Mais en vrai c’est bien pratique. De plus, 15Go de stockage sont disponibles gratuitement pour stocker des fichiers. Avec plusieurs pc actifs, on ne s’emmêle plus les pinceaux, on stocke tout dans le dossier de partage.

Bullet journal, le format papier : Carnet de notes d’organisation. Si vous êtes plus à l’aise avec un format physique, je pense que ceci reste le moyen le plus efficace pour ne pas se perdre dans des milliers de feuilles volantes et autres coins de cahier gribouillés à la va-vite. Initialement prévu comme organisateur (planning, agenda, listes, trackers…), il peut également être dérivé en journal uniquement pour la créativité.
Un petit aperçu du BuJo avec Solange : https://youtu.be/NzkPCut_8cY
D’autres idées de trucs pour le BuJo : https://youtu.be/8mbP58hOpno
Si vous avez lu mon article précédent, vous vous doutez qu’un bullet journal est un format impossible à tenir pour moi. Mais j’ai tout de même testé. De plus, j’ai une préférence pour le dématérialisé.

Ne pas négliger l’importance de la créativité des autres.

Films, séries, mangas, romans, jeux vidéos… Autant de formats qui vous nourrissent, vous le savez surement. Mais j’aimerais souligner autre chose et tordre le cou aux idées reçues. Je ne pense pas qu’il y ait un format mieux que l’autre, tout dépend de ce que vous recherchez et de votre mode de fonctionnement.
Par exemple, les films ne me procurent que peu d’idées, de par le mode de narration fermé et la passivité de la consommation. Je suis beaucoup plus inspirée par les jeux vidéos. Même un petit jeu mobile con peut me créer une “bulle à idées”, parfois sans aucun rapport avec ledit jeu, mais c’est l’interactivité qui me stimule.
Même si un format vous parait moins “noble”, s’il convient pour votre créativité, alors foncez.

Papillonner. Procrastiner. Contempler.

Ça peut paraître contre-productif, mais ces compétences peuvent amener beaucoup d’idées… si dans votre état d’esprit vous intégrez que la moindre petite trivialité doit devenir un prétexte à la créativité. A ce moment-là, vous serez en mesure d’utiliser une chose étonnante que l’on nomme la sérendipité. La sérendipité, c’est la découverte fortuite. Les idées sont souvent là où on ne les attend pas...
En tant que personne isolée, vous devrez beaucoup compter sur la sérendipité. Plus rien ne vient à vous, c’est vous devez aller chercher.

Croiser du monde.

Une de mes plus grandes sources d’inspiration : “les gens”. Les gens qui sont proches, les gens que l’on rencontre de manière fortuite (ça ne vous rappelle rien ? ), les gens que l’on croise… Alors, que faire lorsque l’on ne croise plus personne (grenier, campagne, tout ça tout ça) ?

Eh bien, c’est là qu’internet prend son sens. Mais attention, pas n’importe comment.

J’ai dit tout au début de l’article que j’ai atteint les limites d’internet. Ce que j’entends par limites, c’est que le rapport au “succès” est différent. Par exemple pour 100 personnes rencontrées sur internet, seulement 1 va nous correspondre. Dans notre vie le rapport est plutôt de 1 pour 10. Je ne compte également plus le nombre de collaborations et de projets sur internet qui ont avorté, beaucoup plus que dans ma vie réelle.

Mais cela n’empêche en rien son utilisation. Il y a d’autres manières de croiser les gens que le contact direct. Je croise beaucoup de vies sur YouTube par exemple. Des personnages plus ou moins imparfaits, qui m’inspirent. Des discours, plus ou moins justes, auxquels je m’aliène. Je ne peux jamais leur parler, mais eux me parlent, et me permettent ainsi de ne pas rester seule avec mes propres imperfections.

Ne jamais s’arrêter.

C’est sans doute le conseil le plus important de cette liste.
Pline l’Ancien disait : Pas de jour sans une seule ligne.
Pas de jour sans un croquis, pas de jour sans une photo, pas de jour sans une note d’idée…
Que faire si rien ne vient ? Vous traversez une période un peu plus molle, plus stressante ou plus fatigante : reproduisez. Si vous écrivez, prenez un auteur que vous admirez et écrivez avec son style. Si vous dessinez, prenez une image que vous aimez et essayez de la reproduire. Etc. C’est un exercice. Le but ne sera pas de vendre cette création ou de la diffuser, mais juste de ne pas perdre la main. Et qui sait, peut-être la sérendipité sera avec vous…

Evidemment, tous ces conseils sont applicables même si vous n’êtes pas isolé. Mais en tant que personne coupée du monde, ils sont vraiment très importants. Ce que vous faites de manière inconsciente lorsque vous habitez en ville par exemple, va devenir un effort conscient lors de l’isolement.

Et vous, comment vivez-vous votre isolement ? Était-ce un isolement volontaire ?
La sérendipité vous a conduit ici, venez me raconter.

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