A quoi devez-vous penser lorsque vous utilisez Facebook ?

Courbet, Les cribleuses de blé
Courbet, Les cribleuses de blé

Cet article est la traduction de “What should you think about when using Facebook?” écrit par Vicki Boykis le 1er février 2017

TL;DR: Facebook collecte des données personnelles d’une centaine de façons, au travers de nombreux canaux. C’est quasi impossible d’y échapper, mais en se documentant sur ce que cette entreprise collecte, vous pouvez comprendre les risques de cette plateforme, et choisir d’être plus attentifs et attentives dans l’usage que vous pouvez avoir de Facebook.

Facebook, pour le meilleur ou pour le pire, est devenu notre salon, notre tiers-lieu en ligne. C’est là où nous parlons avec nos amis, nous tenons informés, organisons des fêtes, pleurons les disparus, célébrons les naissances, fiançailles, nouveaux boulots, nouvelles coupes de cheveux ou vacances.

Facebook, la plateforme, occupe une telle part de notre esprit qu’elle en devient une sorte de pensine. Il est donc important de comprendre ce que Facebook, l’entreprise, fait de nos espoirs, rêves, déclarations politiques et photos de nouveaux-nés lorsqu’elle les obtient.

Et pour les obtenir, elle les obtient. En 2014, les ingénieur-e-s de Facebook indiquaient être en possession d’environ 600 tera-octets de données par jour.

Par comparaison, la taille de “Guerre et Paix”, le livre, est de 3,1 mega-octets. Le film soviétique de 1966 “Guerre et Paix” dure 6 heures, ou 8 giga-octets.

Donc chaque jour les gens envoient l’équivalent de 193 millions de copies du livre “Guerre et Paix”, ou 75000 copies du film “Guerre et Paix”.

Facebook indique, dans sa politique de données ce qu’elle collecte et fait de ces données. Mais comme de nombreuses entreprises, elle ne va pas jusqu’à dire aux clients ce qui se passe vraiment.

Frustrée par la constante spéculation sur le devenir des mes frappes au clavier lors des mises à jour de mes statuts, j’ai décidé de faire un peu de recherche. Toutes les informations ci-dessous sont issues de la presse professionnelle, de publications académiques, et de ce que j’ai pu observer en tant qu’utilisatrice de Facebook. J’y ai ajouté mes observations en tant que professionnelle des données travaillant avec des données personnelles depuis plus de 10 ans.

Si quelqu’un travaillant pour Facebook souhaite corriger ou amender cet article, je serais ravie de les entendre dire explicitement qu’ils ne collectent pas autant de données que ce que tout ce qui suit démontre.

Comment Facebook collecte des données

Pour comprendre comment la collecte de données Facebook fonctionne, j’ai dessiné ce schéma (très, très) simplifié. L’utilisateur entre des données dans l’interface utilisateur (UI). C’est le “front end”.

Ces données sont collectée dans l’une des (nombreuses) bases de données de Facebook. C’est le “back end”

Les données que l’utilisateur voit dans le “front end” ne sont qu’une partie des données du “back end”

Un diagramme simple expliquant la collecte des données facebook
Un diagramme simple expliquant la collecte des données facebook

Si la partie technique vous intéresse, il y a plein de diagrammes d’architecture sur internet. Facebook est aux avants-postes des travaux autour du big data, et leur environnement inclut Hive, Hadoop, HBase, BigPipe, MySQL, Memcached, Thrift, et bien plus encore. Tout cela est hébergé dans des data centers énormes, comme celui de Prineville dans l’Oregon.

Que sait Facebook avant que vous ne postiez?

La collecte de données Facebook peut potentiellement commencer avant que vous ne pressiez “POST”. Pendant que vous écrivez votre message, Facebook collecte chaque mot tapé.

Facebook a déjà utilisé ces données pour étudier l’autocensure (PDF).

Facebook collecte ce statut
Facebook collecte ce statut

Les auteurs écrivent:

Nous rapportons des résultats d’une analyse exploratoire qui examine l’autocensure à la dernière minute, c’est à dire le contenu effacé, après avoir été écrit sur Facebook. Nous avons collecté des données de 3,9 millions d’utilisateurs pendant 17 jours, et avons associés cette autocensure avec des facettes décrivant les utilisateurs, leur graphe social et leur interactions entre eux.

En d’autres termes, si vous avez posté un truc du genre “Je HAIS mon boss. Il me rend FOLLE” et qu’à la dernière minute vous avez changé d’avis et publié plutôt: “Pff, le boulot c’est un peu dingue en ce moment” — Facebook sais quand même ce que vous avez écrit avant d’appuyer sur delete.

Voici les données utilisées pour cette enquête:

Données démographiques, comportementales et sociales
Données démographiques, comportementales et sociales

Ce qui est intéressant ici: les posts supprimés, les commentaires supprimés, les checkins supprimés. Tout comme il n’y a aucune garantie que ce que vous n’avez pas publié ne soit pas stocké, il n’y pas non plus de garantie que si vous supprimez des données, elle sont effectivement supprimées.

Donc, même si vous supprimez un post, Facebook conserve ce post. Facebook conserve également les métadonnées, c’est à dire des données à propos de vos données. Par exemple, les données d’un appel téléphonique sont ce que vous avez dit pendant l’appel. Les métadonnées sont qui vous avez appelé, d’où vous avez appelé, combien de temps a duré la conversation, etc.

Pour Facebook, les métadonnées sont aussi importantes que les données, et elles sont utilisées pour faire des extrapolations sur qui vous êtes. En utilisant les Outils Développeurs de Chrome, c’est relativement simple de voir la quantité de données communiquées à Facebook depuis votre client jusqu’à leur “back end” via xhr. Je ne suis pas une experte du “front end” (mais j’aimerais pouvoir en parler avec un pour savoir quoi d’autre en extraire), mais, dans l’image ci dessous, vous pouvez voir que Facebook mesure le temps que vous passez à faire … quelquechose? Ce n’est pas clair, mais ça contribue sans doute à mesure le temps passé sur le site, sur lequel Facebook communique.

Comment Facebook mesure le temps passé sur le site
Comment Facebook mesure le temps passé sur le site

Ah — et c’est aussi le cas pour les suppressions de compte.

Facebook a tellement de systèmes dans lesquels ses données se mélangent, comme l’indique un ancien consultant Facebook:

Pour répondre à la première partie de votre question, “Puis-je payer Facebook pour s’assurer de la suppression complète de mes informations”, en supposant que “complète” signifie supprimer toute trace de votre existence sur Facebook, la réponse est non.

De la même manière, avec les posts supprimés, il n’y a aucune garantie que Facebook ne conserve pas le post dans la base de données du “backend”, seulement un engagement à ne pas l’afficher sur le “frontend”.

Une fois que vous avez écrit un post, téléchargé une image, ou changé une information, tout cela devient disponible pour l’usage interne de Facebook, à des fins de recherches, mais aussi de revente à des agrégateurs marketing tels qu’Acxiom, ou au gouvernement Etats-Unien, via des agences comme la NSA et le programme PRISM.

Après avoir posté: ce que Facebook collecte à propose de vous

Bien évidemment, Facebook collecte toutes les données que vous leur fournissez volontairement: affiliation politique, lieu de travail, films favoris, livres préférés, endroits où vous avec fait un “check-in”, commentaires sur les posts des autres, et toutes les réactions aux posts. Facebook vous permet de télécharger une partie des données vous concernant dans leur base de données.

J’ai effectué ce téléchargement, et dans mes données, j’ai pu voir:

  • les photos que j’ai téléchargé, et les photos où je suis taggée,
  • les videos,
  • tout ce que j’ai posté sur ma timeline (y compris les évènements qui m’intéressaient, ce que les gens on posté sur ma timeline, et les souvenirs partagés),
  • mes amis et depuis quand je suis amie avec eux,
  • tout mes messages privés,
  • tout les évènements auxquels j’ai assisté,
  • tous les dispositifs (ordinateur, téléphones) que j’ai utilisé pour me connecter à Facebook

Ainsi que toutes les publicités qui pourraient m’intéresser. Ce n’est pas quelque chose que j’ai partagé volontairement. C’est Facebook qui l’a générée automatiquement avec un algorithme basé sur tout ce que j’avais posté au préalable:

La listes des intérêts publicitaires de vicki
La listes des intérêts publicitaires de vicki

Mais j’y reviendrai dans la section consacrée à la publicité.

Au delà des données et des métadonnées, Facebook collecte aussi des intentions. J’ai évoqué plus haut l’une des façons de le faire, par le biais des statuts non postés. Une autre façon est via le suivi des heatmap d’attention pendant le visionnage de vidéos.

Facebook sait non seulement tout de vous, mais également tout de vos relations amicales. En bref, Facebook en sait beaucoup sur vous, même si vous n’avez pas détaillé votre profil ou posté activement sur le site.

Comment Facebook utilise vos données en interne?

Facebook fait plusieurs choses avec les données collectées.

Tout d’abord, il y a des requêtes simples pour obtenir de l’information sur comment améliorer la performance du site, ou générer des rapports d’activité (comme par exemple quelle était la disponibilité du site, combien d’utilisateurs y a-t-il, combien de revenu est issu de la publicité aujourd’hui,…). Un peu comme n’importe quelle entreprise en fait.

Mais avec Facebook, il y a un truc en plus. Facebook dispose d’une équipe d’ingénierie entièrement dédiée à la construction d’outils qui rendent l’exploitation de données plus facile, avec un language type SQL sur des données Hadoop, tels que Hive. Bien que Facebook prétende que l’accès à ces données est strictement controlé, il semble que ce ne soit pas toujours le cas.

Paavo Siljamäki, directeur de la maison de disque Anjunabeats, a mis en lumière cette situation, en postant, sur Facebook, que lors d’une visite aux bureaux de Los Angeles de Facebook, un employé a pu facilement accéder à son compte sans avoir besoin de son mot de passe.

Et ce n’est pas le seul retour à propos d’accès aux données privées par des employés de Facebook.

Ensuite, il y les projets de recherche académique. Facebook considère ses utilisateurs comme des cobayes, ce qui n’est pas mentionné dans leur Politique de Données Personnelles. C’est intéressant, car sur la page d’accueil de Facebook Research, on peut lire: “Pour Facebook, la recherche est présente dans tout ce que nous faisons”

Facebook dispose d’une équipe importante de data science (Au moins 41 personnes). Pour comparer, une entreprise de taille équivalente (environ 15000 salariés) pourrait avoir une équipe de 5 data scientists, si elle essayait vraiment de contribuer à la recherche en data science de façon significative.

Au moins jusqu’en 2014, Facebook ne disposait pas d’un processus pour determiner quelles données pouvait être accedées, et pour quelles études. Comme l’écrivait un ancien data scientist de Facebook:

Lorsque j’étais à Facebook, il n’y avait pas de comité de revue scientifique qui validait la décision de déclencher une expérience pour des besoin internes. C’est seulement une fois qu’un résultat était obtenu, et qu’une publication allait avoir lieu, qu’il y avait un débat avec les relations presse et le juridique pour déterminer ce qui pouvait être publié. Si vous vouliez tester si un bouton vert générait plus de click qu’un bouton bleu, il n’avait pas besoin de validation. Et si vous vouliez tester un nouveau système de profilage publicitaire pour determiner son efficacité, il n’y avait pas besoin de validation non plus.

Bien qu’il indique par la suite que ce genre de pratique est monnaie courante dans la plupart des entreprises de type SaaS (software as a service), la plupart des entreprises ne collectent pas depuis plus de dix ans les détails les plus intimes de la vie des gens.

Il poursuit en notant,

L’objectif fondamental de tous les gens qui travaillent sur les données chez Facebook est d’influencer et d’altérer l’humeur et le comportement. Il s’agit en permanence de vous faire liker plus d’histoire, de cliquer sur plus de pubs, de passer plus de temps sur le site.

Si cela est un objectif fréquent pour de nombreux site, ça vaut peut-être le coup d’y réfléchir à deux fois avant de passer plus de 40mn par jour sur un site qui passe sont temps à essayer de vous saper le moral.

Au delà de l’analyse du texte et de l’étude des émotions, Facebook cherche également à les manipuler.

Le News Feed est un terreau fécond pour la manipulation, car il est conçu par Facebook pour être le plus addictif possible: c’est un bonbon synaptique pour notre système nerveux. Pour s’assurer que vous passez le plus de temps possible sur le News Feed, Facebook vous montre en priorité les photos de nouveaux nés et des bonnes nouvelles, ainsi que des éléments d’actualité susceptible de générer des réactions et de la controverse, plutôt que des statuts “normaux” tels que “Je viens de prendre mon petit déj”, qui ne suscitent que peu de réactions.

C’est comme ça que ce qu’on appelle aujourd’hui la bulle Facebook a commencé. Parce que les gens cliquent sur les choses qui les intéressent, Facebook ne leur montre que ce genre de chose, et pas d’autre points de vue, y compris ceux exprimés par certains de leurs amis. Pour un bon exemple de comment ça fonctionne, le wall street journal montre dans Red Feed, Blue Feed les différences entre un flux Facebook pour un électeur libéral ou conservateur.

Un autre exemple de projet de recherche Facebook: l’évolution du taux de coming out. Comment Facebook peut il le savoir? “Depuis l’année dernière, plus de 800000 américains ont mis à jour leur profil pour indiquer une attraction pour les personne de même sexe, ou un genre personnalisé.”

L’essentiel des projets de recherche de Facebook s’articule autour de la théorie des graphes sociaux, en gros comment nous sommes reliés à nos amis. Facebook fait de la recherche anthropologique sans avoir obtenu le consentement des populations étudiées.

Par exemple, l’équipe data science a récemment publié une étude sur les liens sociaux dans les communautés immigrées aux Etats-Unis, étude pour laquelle Facebook a utilisé les données suivantes:

Nous avons limité nos analyses à des mesures agrégées basées sur des données anonymisées pour des utilisateurs de Facebook aux Etats-Unis, qui avaient utilisé Facebook lors des 30 derniers jours précédant l’analyse. Nous avons utilisé la ville d’origine spécifiée dans le profil pour determiner le pays d’origine.
De plus, nous avons également restreint notre analyse aux personnes ayant au moins deux amis actuellement résidant dans leur pays d’origine, et deux autres résidant aux Etats-Unis. Nos résultats sont basés sur un échantillon de plus de 10 millions de personnes répondant à ces critères. Dans cet article, toutes les références à des utilisateurs Facebook répondent implicitement à ces contraintes

Et ça, ce sont les études publiées. Mais quid de ce qui est fait strictement en interne?

Un autre sujet que Facebook aime étudier, c’est les visages. A chaque fois que vous êtes taggé dans une photo, Facebook vous reconnait et ajuste son modèle.

Facebook encourage les utilisateurs à “tagger” leurs amis dans les photos, et conserve toutes ces informations. L’enterprise utilise ensuite un outil appelé DeepFace pour corréler l’ensemble des photos d’une personne.
Un selfie de Vicki
Un selfie de Vicki

Ce programme, appelé DeepFace, est un outil extraordinaire pour obtenir des tags plus précis. C’est aussi un moyen extraordinaire de ne pas respecter la vie privée. Il y a de nombreuses situations où vous pouvez ne pas avoir envie d’être taggé — si vous êtes à une manifestation par exemple, ou même simplement si vous êtes allé à un concert avec une personne plutôt qu’une autre…

Malheureusement, la confidentialité de vos mouvement ne sera bientôt plus une option. Facebook travaille sur des façons d’identifier les gens de dos dans les photos. L’article de Facebook sur DeepFace indique que “les implications sociales et culturelles des technologies de reconnaissance faciale sont profondes”, mais ne mentionne pas les risques pour la vie privée du fait d’avoir identifié votre visage, comme par exemple le fait qu’

“il pourrait bientôt y avoir des caméras de sécurité qui identifient les gens pendant qu’ils font leurs courses”

Comment savent-ils tout ça ?

Parce que nous leur confions volontairement ces informations, à chaque fois que nous postons un statut, téléchargeons une photos et y apposons un tag, envoyons un message à un ami, effectuons un check-in à un endroit, nous connectons à Facebook, le système enregistre un message dans la base de données qui dit “Hé, cette personne fait partie de l’univers Facebook”, ce qui inclut désormais aussi WhatsApp et Instagram.

Profils fantômes

Et que fait Facebook lorsque vous ne partagez pas assez de données ? L’entreprise crée alors des profils fantômes, ou une “collection des données dont Facebook dispose à votre propos et que vous n’avez pas vous même fourni”

Comme le précise l’article:

Même si vous ne les avez jamais communiqué, il est probable que Facebook dispose de vos autres adresses e-mail, numéros de téléphone, et de l’adresse de votre domicile — tout ça fourni par vos amis qui partagent leurs contacts pour essayer de vous trouver et de se connecter.

Encore pire, Facebook collecte également… votre visage

Une plainte récente contre Facebook se concentre non pas sur les adresses e-mail ou les numéros de téléphone, mais les “modèles de visage”: lorsqu’un utilisateur envoie une photo, Facebook scanne tous les visages et construit un “modèle biométrique digital”

Tout cela serait déjà inquiétant même si Facebook collectait ces données pour ses propres besoins. Mais ils y a aussi des tiers.

Quelles relation entretient Facebook avec les entreprises de marketing ?

La politique de données personnelles de Facebook indique que l’entreprise dispose de partenariat avec des tiers pour collecter des données sur vous:

Nous recevons des informations sur vous et de vos activités sur et en dehors de Facebook de la part de partenaires extérieurs, comme de l’information depuis un partenaire lorsque nous proposons des services de manière conjointe, ou depuis un publicitaire à propos de vos expériences et interactions avec eux.

Facebook collecte “environ 29000 indicateurs démographiques, dont 98% sont basé sur l’activité utilisateur dans Facebook”.

Environ 600 indicateurs viennent de vendeurs de données tiers, tels que Experian, Acxiom et d’autres. Les utilisateurs n’ont en général pas accès aux données démographiques issues de tiers.

En plus de collecter tous les détails que vous partagez volontairement, tels que votre nom complet, date de naissance, hobbies, religion, lieux d’études ou de travail, Facebook fait également des hypothèses à propos d’informations que l’entreprise ne possède pas, afin de les partager avec des revendeurs de données tels qu’Acxiom et d’autres entreprises de publicité, afin de pouvoir mieux vous cibler.

Par exemple: le revenu de votre foyer, qui est ensuite utilisé pour créer un profil à vendre aux publicitaires, qui sont, après tout, les vrais clients de Facebook. Ceux-ci peuvent acheter des publicités ciblées qui peuvent inclure les éléments suivants:

Lieu, Age, Génération, Genre, Langue, Niveau d’éducation, Domaine d’études, Ecoles, Appartenance Ethnique, Revenu et Patrimoine, Propriétaire ou Locataire, Valeur du logement, Taille du logement, Superficie du logement, Année de construction, composition du foyer.

Comment ces données sont connues de Facebook? En faisant des hypothèses sur vous basées sur les données en sa possession, ansi que celles issues d’Experian et d’autres.

Ces données peuvent être utilisées pour cibler des utilisateurs de Facebook à des fins publicitaires. Le type de ciblage que vous pouvez faire sur Facebook révèle beaucoup d’informations sur les données conservées dans le “back”. Par exemple, il est possible, au delà de lieu/age/genre/langue, de cibler également les hobbies et les étapes de la vies (vient de se fiancer, fiancé depuis 6 mois, enfants en bas age). Il est possible de cibler de façon très fine, et d’atteindre quand même un certain nombre de personnes (dans mon exemple, entre 100 et 200)

Ces données peuvent ensuite être revendues en aval, où elles sont mélangées à d’autres sources telles que les données de carte de crédit, pour créer des sites comme celui-ci, qui essaient de construire votre profil complet. Il est difficile de sortir de ce type de sites, car une fois les données créées, elles sont bien plus difficiles à supprimer. C’est pour cela qu’une des campagnes principales des défenseurs de la vie privée concerne la suppression en masse des données après un certain temps.

Facebook se réserve également le droit d’utiliser votre photo et celles de vos enfants mineurs dans des publicités.

Que partage Facebook avec le gouvernement américain ?

Il est impossible de savoir tout ce que Facebook partage avec le gouvernement américain. Facebook dispose d’une page de Government Reports, qui n’a pas été mise à jour depuis juin 2016. Nous savons par contre que le gouvernement américain demande de plus en plus d’information.

Cet article renvoie à un rapport qui indique la quantité de données accédée et le nombre d’utilisateurs impacté, mais n’indique pas le type d’information fournie, ou l’agence requérante (municipalité, état, FBI/NSA)

Mark Zuckerberg a même, dans un communiqué, dit la chose suivante:

Facebook n’a jamais fait partie d’un programme donnant accès au gouvernement américain ou à aucun autre gouvernement l’accès à nos serveurs. Nous n’avons jamais reçu de requêtes globale, ou un mandat d’aucune agence gouvernementale demandant de l’information ou des métadonnées en masse, telles que celles apparemment reçues par Verizon. Si cela avait été le cas, nous nous y serions opposés vigoureusement. Avant hier, nous n’avions jamais entendu parler de PRISM.

De nouveau, il importe ici de lire entre les lignes. L’accès direct aux serveurs n’est pas nécessaire pour l’envoi de fichiers de masse. Pas plus que de connaitre PRISM sous ce nom-là.

Il est aussi difficile de déterminer si la NSA ne collecte pas de données de la part de Facebook par d’autres moyens. En Europe, au moins, il y a quelques plaintes en cours à ce sujet.

Mais pour l’instant, nous devons supposer que cette surveillance est continue.

Que collecte Facebook hors de Facebook ?

Hors de Facebook.com, Facebook vous suit via le Single-Sign On

Si vous vous déconnectez, Facebook continue à vous suivre via des cookies. Comme l’indique leur Privacy Policy:

Nous collectons de l’information lorsque vous visitez ou utilisez des sites tiers, et des applications utilisant nos services. Ceci inclut de l’information à propos des sites et applications que vous visitez, votre usage de ces service, sites webs ou apps, ainsi que des informations fournies par le développeur ou l’éditeur de l’application ou du site web.

Facebook essaie également (ou peut-être est-ce déjà le cas) de suivre comment votre curseur se déplace sur l’écran.

A partir de 2011, Facebook a également commencé à traquer vos déplacements sur le web si vous restez connecté à Facebook

Facebook continue à vous suivre sur le web après votre connexion, sans votre accord. Nik Cubrilovic a creusé un peu plus le sujet, et découvert que Facebook pouvait toujours déterminer où vous étiez sur le web, même après une déconnexion. Facebook, pour sa part, a démenti.

On peut au moins dire que Facebook collecte votre historique de navigation pour améliorer ses publicités.

A quoi dois-je penser lorsque j’utilise Facebook ?

Ça veut dire quoi tout ça? En gros, ça veut dire que tout ce que vous faites sur Facebook, et, si vous restez connecté.e, sur d’autres sites, est potentiellement collecté par Facebook et enregistré sur leurs serveurs.

Pour être claire, chaque entreprise du web collecte un certain nombre d’information sur ses utilisateurs. C’est l’un des seuls moyen de mesurer l’usage. Mais Facebook et joue avec les limites de ce qui est acceptable éthiquement pour la manipulation des données depuis un moment. Même si Facebook ne fait pas exactement certaines des choses que je décris (comme la capture des pre-posts, ou modifier les flux d’actualités), l’entreprise fait des choses très similaires, et il n’y a aucune garantie de respect de la vie privé, ou de ne pas être utilisé.e dans une expérimentation de recherche. Cela veut aussi dire que même hors de Facebook, vous êtes toujours suivi.e.

Chaque like donné, chaque ami ajouté, chaque endroit où vous avez fait un checkin, chaque catégorie produit sur laquelle vous avez cliqué, chaque photo sont conservés par Facebook et agrégés.

Agrégés comment? Difficile à dire. Peut-être pour une experimentation sociale. Peut-être pour fournir vos information à une agence gouvernementale. Peut-être que des employés de Facebook peuvent avoir accès à votre page et votre historique d’embauche, sans forcément en avoir les droits d’accès. Peut-être que cet historique d’embauche est partagé avec des sociétés d’assurances.

Cela inclut aussi tous les groupes privés, tous les groupes fermés, et tous les messages. Comme Facebook l’indique, il n’y a pas de vie privée sur Facebook.

Concrètement, cela veut dire qu’il faut utiliser Facebook en partant du principe que tout ce que vous y faites peut-être rendu public, utilisé pour la publicité, ou exploité par une organisation gouvernementale.

Que dois-je faire si je ne souhaite pas que Facebook conserve mes données ?

Facebook a démarré comme une façon pour les étudiants de se rencontrer, et a atteint un stade où l’entreprise peut influer sur le comportement des gens, traquer leur usage, et potentiellement agréger de l’information pour le gouvernement.

Le problème est que chacun.e, qu’il ou elle utilise Facebook ou non, est impliqué.e dans ce système de suivi, tagging relationnel et de profilage fantôme. Et c’est encore plus vrai pour ceux et celles qui utilisent Facebook activement.

Donc la chose la plus importante est d’être conscient.e de cet état, et de donner à Facebook le moins d’info possible.

Voilà une liste de ce que je fais pour minimiser mon exposition à Facebook.

Tout le monde n’appliquera pas ce que je fais. Mais le plus important est que, même si vous continuez à utiliser Facebook de la même manière, vous savez dorénavant ce que Facebook fait de vos données, et avez la capacité de trouver l’équilibre qui vous convient avec l’usage des réseaux sociaux.

  1. Ne pas poster plus d’information personnelle que nécessaire.
  2. Ne pas poster de photos de vos enfants, surtout s’ils sont à un âge où ils ne peuvent pas encore donner leur consentement.
  3. Déconnectez-vous de Facebook lorsque vous avez fini de l’utiliser sur votre navigateur. Utilisez un navigateur pour Facebook, et un autre pour le reste du web.
  4. Utilisez un bloqueur de publicité
  5. N’utilisez pas Facebook, en particulier Messenger, pour organiser des activités politiques. Utilisez Facebook comme point de démarrage, puis migrez vers d’autres platefomes.
  6. Plateformes recommandées: Signal est le meilleur choix pour du chat privé actuellement. Whatsapp est ok pour du chat de groupe, mais j’ai du mal à le recommander car il partage certaines metadonnées avec Facebook. Telegram est pas mal, mais n’est pas open source. Bref, cela dépend de votre analyse du risque. Voilà plus d’information sur ces plateformes.
  7. N’installez pas l’application Facebook sur votre téléphone. Celle-ci demande une quantité folle de permissions.
  8. N’installez pas Messenger sur votre téléphone. Utilisez le site mobile. L’accès à Messenger est bloqué sur mobile, mais il y a un truc pour pouvoir quand même y accéder.

C’est triste de voir qu’un réseau social qui a fait tant de bonnes choses est aussi la pire chose d’internet, mais à moins que des gens quittent cette plateforme, ou qu’il y ait une pression économique significative sur Facebook, rien ne changera.

Pour ma part, en tant que professionnelle des données, voilà ce que j’envoie comme message aux recruteurs de Facebook:

Cher Recruteur,

La façon dont Facebook recueille et utilise les données, en particulier :

Ont contribué non seulement à m’opposer fortement à l’idée d’y travailler, mais m’ont également fait ré-évaluer mon usage de Facebook, car je ne sais pas ce que l’entreprise fait de chaque mot que j’entre dans son système.

Si l’entreprise Facebook est déterminée à changer de direction, et :

  • à utiliser ses données pour résoudre ces problèmes
  • à tavailler activement sur des méthode de suppression des données inutiles.
  • à travailler activement sur des méthodes de communications privées, sécurisées, et non soumises à interférences gouvernementales
  • et à agir pour empêcher les données privées d’être partagées sans raison avec des tiers

Je serai ravie de l’apprendre.

Cordialement,

Vicki

Nous sommes des êtres sociaux, et nous sommes branché.e.s pour rechercher des connexions, l’approbation et le partage, et nous voulons nous organiser sur la plateforme que tout le monde utilise, et pour l’instant, c’est à l’avantage de Facebook. De plus, c’est difficile de dire que tout ce que fait Facebook est néfaste : cela permet aux gens de se rencontrer, d’organiser des meet ups et des évènements, et la plate-forme rend le monde plus interconnecté.

Mais, en tant qu’utilisateurs et utilisatrices de Facebook, c’est nous, et nos données, qui sommes le produit. Et mieux nous comprendrons comment nos données sont utilisées, mieux nous pourrons jouer sur le terrain de Facebook, en respectant ses règles, mais en étant un peu plus avisé.e.s à leur sujet.

Lire l’original ici.
Traduction en Portuguais ici. Merci Ibrahim!
Traduction en Ukrainien ici.
Traduction en français par @motdiem et _refocus.
Conversation sur Hacker News.

Ecrit le 1er Février 2017