Aux nouveaux et futurs parents

Ces dernières semaines mon fil d’actualité Facebook s’est rempli de publications d’amis.es s’annonçant nouveaux et/ou futurs parents. Tout en vous félicitant, je tiens à souligner quelques détails parfois négligés par les familles cis-hétéros.

Il y a quelques temps déjà j’ai eu une discussion avec une ancienne connaissance à propos de ses bébés naissants. Elle qui me disait qu’elle est ben gay-friendly, je lui demande si elle avait déjà envisagé que ses enfants soient homosexuels : regard dubitatif, elle me répond non. Naturellement, je lui demande comment elle réagirait si un de ses jumeaux (ou les deux!) faisait son coming-out. Après quelques secondes de réflexion elle me répond qu’elle n’y verrait aucun problème. Je presse un peu plus et demande à propos de la réaction possible de son mari : elle me dit qu’il réagirait probablement mal d’un ton assuré. Alors je pose la question à tous ces nouveaux et futurs parents dans mon entourage Facebook : y avez-vous pensés?

L’homosexualité en 2017 est acceptée de façon assez répandue mais quand est-il des personnes trans? non-binaires? intersexes? Je crois qu’il est très important que les futurs parents se posent la question avant même d’envisager de créer de nouveaux petits humains. Quelle sera votre réaction si votre enfant sort des normes cis-hétéro? Quel sera votre approche dans l’éducation de votre enfant face aux genres, dès son plus jeune âge? Concrètement, même si vous vous dites alliés.es à la CauseTM, allez-vous tout de même restreindre le choix des jouets de votre enfant selon son sexe, de façon consciente ou inconsciente (rose et poupées pour les “filles”, bleu et camions pour les “garçons”)?

Avant d’avoir des enfants, il est important de réfléchir et surtout de comprendre les enjeux LGBTQIA+ auxquels vous ferez peut-être face en tant que position d’autorité et d’amour vis-à-vis vos prochains. Si vous pensez avoir de la difficulté à accepter qu’un de vos enfants soit homosexuel, ou trans, ou intersexe, ou bisexuelle, est-ce que votre choix d’avoir des enfants est un bon choix? Puisque ces derniers se tourneront vers vous pour obtenir du réconfort lorsque les temps seront plus durs et lorsqu’ils-elles seront en questionnement sur leur identité, il est important qu’en tant que parents vous soyez en mesure de fournir ce réconfort instantanément. La réflexion sur ces enjeux doit avoir lieu le plus tôt possible afin d’être bien outillé pour y faire face et surtout, pour être de meilleurs parents.

Dans le cas des enfants et adolescents trans, par exemple, le taux de considération du suicide passe de 60% à 35% lorsque la transidentité de l’enfant est acceptée et supportée par leurs parents. De plus, le taux de tentative de suicide est diminué de 93% (1). Avoir des enfants en sachant ne pas être capable de les accepter trans, c’est d’une certaine façon mettre la vie d’individus en danger.

Autre exemple, à Toronto, 20% des jeunes itinérants font parti de la communauté LGBTQIA+, deux fois plus que dans les autres groupes d’âge (2). Je ne serais pas surpris si cette statistique était similaire au Québec. Pourquoi avoir des enfants si c’est pour les jeter à la porte lorsqu’ils/elles feront leur coming-out? Si c’est pour qu’ils/elles sentent le besoin de devenir sans domicile fixe pour échapper à un environnement familiale toxique, voir dangereux?

Il faut aussi être au courant que malgré ce que l’institution médicale laisse sous-entendre, lorsqu’un enfant naît avec un “sexe indéterminé” (intersexe), il est préférable de ne pas forcer de chirurgie de (ré)assignement sexuel pour le/la forcer dans la cis-norme homme-femme mais de laisser l’enfant décider de lui/elle-même plus tard (3) (4). Je vous demande donc de bien lire sur le sujet de l’intersexualité et de ne pas céder aux pressions du corps médical à forcer un genre sur votre enfant.

Bref, chers nouveaux et futurs parents, je vous demande de ne pas assumer que vos enfants naissent hétéros et hommes/femmes et de rester ouvert tout au long de leur développement face aux choix qu’ils et elles feront. Cela veut dire ne pas imposer ou refuser à votre enfant certains sports ou activités parce qu’ils sont trop ‘fille’ ou ‘gars’ selon le genre que vous leur assumé, ça veut dire ne pas emprisonner votre enfant dans un code de couleur construit de toute pièce, ça veut dire ne pas utiliser les mots tapette, fif, pédé, gouine, travelo (et j’en passe!) quand vous décrivez des choses qui ne vous plaisent pas, c’est de s’assurer d’avoir une diversité des représentations dans les films et les histoires que vous choisissez de montrer et de raconter à vos enfants (est-ce qu’on regarde juste des films avec des couples hétéros?), c’est de ne pas juger votre enfant s’il/elle choisit un métier non traditionnellement associé à son genre, et ainsi de suite. Si vous pensez n’avoir aucun problème avec ce que je viens de dire vous-même, assurez-vous que votre partenaire est dans la même situation que vous.

Si vous pensez que de respecter les choix de votre enfant dans cette mesure n’est pas important, si vous vous dites que c’est ‘votre’ enfant que vous allez l’élever comme vous le voulez, je vous demande de remettre en question votre décision de fonder une famille. L’amour de parents est censé être inconditionnel, n’est-ce pas?

Je vous souhaite des enfants en santé et aimés.es, peu importe leur genre et orientation sexuelle.


Ce texte a été inspiré par l’excellent témoignage de Guillaume Champeau à lire ici.

Notes :

  1. TransPulse, 2012
  2. The Homeless Hub
  3. Sophie Caillat, 2013
  4. Poloczek, Katarzyna. The Cinematic Poetics of Transgressive Visual Against Sexual and Gender Binarism. 2012, page 66–83.
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