Danse, morts, indifférence.

La Promesa, 2012, Teresa Margolles

Vendredi dernier, à la Nocturne du MAC, j’ai ressenti un malaise. Au milieu de toutes ces personnes enjouées, de la musique, de l’alcool et des œuvres, je me suis dit que quelque chose clochait. Le ton de l’événement détonnait trop avec le ton de l’exposition. Je suis resté 40 minutes, en tout. Le temps de rentrée et de visiter rapidement les expositions de Teresa Margolles et Emanuel Licha. Des expositions portant sur la mort, le travail du sexe, la disparition de femmes vulnérables, les zones de guerre. Et devant toute ces horreurs, les gens dansaient.

J’ai vu des personnes toucher des œuvres, insouciantes. J’en ai vu d’autres prendre des selfies sourire aux lèvres devant une pièce marquante de l’exposition de Margolles : un fil ayant servit à coudre le corps de personnes autopsiées. J’ai vu des personnes rires devant les portraits de femmes travailleuses du sexe, d’autres se foutrent complètement des œuvres qui les entouraient : les Nocturnes, c’est pour le plaisir d’être dans un musée soul à danser. Okay, peut-être pas. Les Nocturnes, c’est aussi un moyen de vivre l’art d’une façon différente. Un objectif louable dans la majorité des cas. Une occasion de découvrir pour bien des personnes qui habituellement n’iraient pas au musée.

Toutefois, je me demande, est-ce que les organisateurs.rices de la Nocturne se sont posés.es la question ? Est-ce manquer de respect envers ces témoignages de vies massacrées que d’inviter les gens à venir fêter devant des œuvres qui soudainement, au lieu d’être au centre de l’attention et de la conscience des personnes présentes deviennent vulgaires décor à une soirée de plaisir et de débauche? Est-ce que toutes les expositions se prêtent bien à une Nocturne?

Ce qui était percutant vendredi dernier, c’était à quel point la scène qui se déroulait devant moi était réelle. L’art imite la vie, la vie imite l’art. Les types de conflits illustrés par les deux artistes font souvent les manchettes chez nous. Brièvement on leur porte attention, ils deviennent bruit de fond dans notre univers médiatique avant de retourner très loin de nos regards, dans l’indifférence. Et c’est bien ce que les œuvres étaient vendredi dernier : un bruit de fond visuel. La Nocturne, c’était en fait un excellent outil de mesure. Enfin, notre indifférence vis à vis l’Autre était observable dans toute sa splendeur, dans toute sa laideur. Aurait-on dansé sur un fond d’exposition à propos de la tuerie de Polytechnique?

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