La neutralité religieuse pour qui?

Hier, le Parti Libéral du Québec a voté une loi interdisant aux personnes avec le visage recouvert de donner ou de recevoir des services publics (dont voyager en transport en commun).

Bien que la ministre de la Justice affirme que cette mesure vise tout le monde, y comprit les personnes vêtues de lunettes de soleil et de foulards, réalistement cette mesure sert à apaiser la panique morale autour de l’immigration arabe musulmane et principalement celle entourant les femmes portant la burqa ou le niqab.

3% des femmes musulmanes au Canada porte la burqa ou le niqab.
300 000 personnes musulmanes habitent le Québec sur 8,2 millions d’habitants. 3,65% de la population québécoise s’identifie donc comme musulmane.

Le PLQ, sous le prétexte de la neutralité religieuse de l’État, attaque donc un des groupes les plus vulnérables de notre société. Pour un gouvernement prétendant être un fervent défenseur de la neutralité religieuse, cette dernière ne semble toutefois pas être une priorité. Les écoles à vocation religieuse sont toujours financées par l’État, les institutions religieuses ont toujours droit à des crédits d’impôts et le crucifix est toujours bien affiché à l’Assemblée nationale. Alors la neutralité religieuse, c’est pour qui exactement?

Néolibéralisme identitaire

Vraisemblablement, la neutralité religieuse semble surtout être pour eux-mêmes. Le gouvernement joue délibérément la carte identitaire afin de gagner ou de conserver des votes aux prochaines élections. La notion d’identité ou de culture à préservée (souvent au détriment de la même cible: les personnes musulmanes) est utilisée assez souvent, et avec succès, un peu partout dans le monde par un nombre grandissant de partis politiques traditionnellement néolibéraux.

Les politiques néolibérales ne vendent plus. Les partis aux pouvoirs, autant prétendument de gauche que de droite, se sont recentrés et n’arrivent plus à se distinguer économiquement et socialement. Délaissant la classe ouvrière et la classe moyenne depuis plusieurs années déjà, alimentant un cynisme politique néfaste et destructeur, les élites dominantes ne sont plus capables d’aller chercher les votes dont elles ont de besoin pour rester au pouvoir et protéger le capital. On le voit au Québec: les plateformes économiques et sociales du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec se sont lentement rapprochées depuis les années 1980 au point où leur différence fondamentale se voit réduite à la question de la souveraineté nationale. Si les partis se centrent de plus en plus, pour satisfaire la bourgeoisie capitaliste qu’ils servent réellement, que reste-t-il pour les différencier? La question de l’identité culturelle et nationale.

La xénophobie montante alimentée par les médias et les élites politiques envers les personnes musulmanes est un remplacement parfait pour soulever les passions qu’ils ne sont plus capables de provoquer avec leur programme socio-économique dilué par le néolibéralisme. Incapables d’aller chercher des votes en présentant des programmes solides et défenseurs de la classe ouvrière et moyenne, ils se servent de la peur de l’autre pour se donner une raison de voter pour eux. Il n’est en effet pas étonnant que la charte des valeurs du PQ ait vu le jour sous l’ère de Pauline Marois, la cheffe la plus à droite de l’histoire du PQ, comme il n’est pas étonnant de voir que le PLQ, en baisse dans les intentions de vote et suivit de près par la CAQ, pousse son projet de loi sur la neutralité religieuse quelques mois avant le début du cycle des élections provinciales.

Le Parti Québécois et le Parti Libéral du Québec, confortables dans l’extrême-centre qui priorise le soutient financier et les cadeaux aux entreprises et aux individus les plus riches, ont abandonné le peuple. Les mesures d’austérité que ces deux gouvernements enchaînent depuis les années 1980 affectent grandement la qualité de nos services publiques et de notre vivre ensemble. Face au cynisme politique, qu’ils ont eux-même alimenté, ils brandissent la carte de la neutralité religieuse. Une diversion émotionnellement chargée pour nous faire oublier leur trahison socio-économique, pour nous faire oublier leur programme encore vide de courage politique.

Je fais donc appelle à votre intelligence pour ne pas tomber dans cette mascarade xénophobe. Le réel problème au Québec n’est pas la dizaine de femmes qui porte le voile intégrale mais bien les politiques austères répétées par le PQ et le PLQ. Nous perdons lentement le contrôle de nos acquis sociaux et c’est sur ce combat que nous devrions nous concentrer.

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