Masculinités au cinéma

Dans ce court programme, je vous invite à explorer le thème de la masculinité au cinéma. Plus particulièrement de l’amitié au masculin, celle qui parfois pour se construire tombe dans la toxicité. Qu’est-ce qu’être masculin, réellement? Souvent défini avec vigueur comme le contraire de la féminité, cette dernière devient le point de référence et d’ancrage pour une identité fragile qui se perdrait sans elle. Cette constante fuite de la féminité provoque une expression de l’amitié masculine défaillante où l’homme tente de communiquer son amour envers ses paires par négation, parce qu’exprimer de l’amour c’est être femme.

Chevalier, 2016, Grèce

Chevalier joue avec le concept de l’amitié masculine en la déployant dans le domaine de l’absurde. Un gang d’amis se retrouve le temps d’une fin de semaine sur un yatch et s’adonne à diverse activités de relaxation. Vers la fin du séjour, la question “qui est le meilleur à tout” survient lorsque les protagonistes jouent à des jeux de société. Le jeu Chevalier est créé : chaque participant doit donner une épreuve à relever et tout le monde se note mutuellement sur les succès et bavures de ses compères, que ces derniers et dernières se déroulent à l’intérieur des épreuves ou dans la vie de tous les jours.

La compétition devient donc source de rapprochement. Les hommes tentent d’être au meilleur d’eux-même dans toutes les sphères de leur vie, que ce soit la position qu’ils adoptent lorsqu’ils dorment, la façon dont ils se brossent les dents ou la qualité de leurs érections. La compétition renforce aussi la nécessité d’être le plus distant possible du concept de la féminité. Lors des rares moments de confidence, certains demandent à d’autres de garder pour eux des éléments pouvant être considérés comme “faible” ou trop “émotif”, de peur de perdre des points dans leur jeu de chevalier. Le film expose un élément habituellement non-dit dans la culture amicale masculine : la mesure de soi, mais surtout de sa masculinité, face aux autres. Par qui est le meilleur, les protagonistes tentent réellement de répondre à la question, qui est le plus mâle?

Disponible en location ici.

Taekwondo, 2016, Argentine

Taekwondo offre une version beaucoup plus ouverte de l’amitié masculine. Un groupe d’amis se retrouve cette fois-ci une semaine complète à un chalet. C’est l’été, il fait chaud et tout le monde est très à l’aise avec la nudité. Les protagonistes font du sport, boivent de la bière, vont fêter en ville et fument des joints ensemble. Dans ce film, ce n’est pas tant l’esprit de compétition qui guide leurs interactions (bien qu’il ne soit pas inexistant) mais plutôt la capacité à être avec une femme. Les discussions sont principalement animées d’histoires de leurs conquêtes, de leurs rêves érotiques et de flèches lancées à l’égard de ceux qui semblent moins bien performer. Leur masculinité est prouvée à travers leur désir de la Femme et ils prennent grand soin de se le rappeler. Après tout, il est important de confirmer son hétérosexualité dans un contexte de proximité masculine.

Les personnages principaux, homosexuels, sont toutefois beaucoup plus silencieux. Bien que leurs amis semblent passablement ouverts sur la question de l’homosexualité, sa discussion reste marginale et presque dans le domaine de la comédie. Alors que les hommes hétéros discutent ouvertement de leurs conquêtes, les hommes homosexuels s’abstiennent. L’amitié masculine semble avoir ses limites et l’homosexualité, dans un contexte de proximité, est l’une d’entres elles.

Disponible en location ici.

Sleeping Giant, 2015, Canada

Sleeping Giant offre un regard sur l’amitié masculine à un âge très tumultueux : l’adolescence. Le film suit principalement Adam, un jeune garçon de 15 ans qui ne sait pas encore vraiment qu’il est gai et ses deux nouveaux amis très hétéros avoisinant le même âge. Alors que ses amis Nate et Riley expriment leur affection à dose de batailles et de défis, Adam a une attitude beaucoup plus sobre et réservée et se laisse emporter dans leurs déboires un peu à contre-coeur.

Le film se développe lentement sur la position et le rôle qu’occupe Adam dans son contexte très hétéronormatif. Coincé entre son père qui le pousse à flirter avec son unique amie “fille”, son désir encore confus envers Riley et la prestance hyper-masculine de ce dernier et de Nate, Adam a du mal à affirmer son identité. La masculinité ici devient une source de suffocation identitaire. Adam se voit obligé de participer à des comportements toxiques de peur d’être rejeté par ses seuls amis de l’été. En pleine période de questionnement sur son orientation, il doit prouver au monde la suffisance de sa masculinité à travers des codes très rigides: la violence, le dépassement physique de soi et les filles.

Disponible en location ici.

Goat, 2016, États-Unis

Goat s’incruste dans un univers où la masculinité toxique atteint son paroxysme : la fraternité universitaire aux État-Unis. Le film suit Brad, un jeune adulte incertain quant à son avenir et vivant un peu à l’écart chez ses parents. Son frère, Brett, un universitaire membre de Phi Sigma Mu, le convainc de recommencer l’école et d’essayer d’intégrer la fraternité. Encore émotionnellement secoué d’un vol violent duquel il a été victime plus tôt cet été, Brad décide de suivre son frère et d’essayer la vie universitaire.

Pour entrer à la fraternité, les recrus doivent passer une série d’épreuves se déroulant pendant Hell Week. Ces épreuves s’apparentant plus souvent à du hazing font beaucoup parler aux États-Unis puisque trop souvent elles se terminent avec la mort d’une recrue. Très tôt dans les rituels initiatiques Brad se rend compte que ce qui se passe est dangereux mais décide tout de même de poursuivre jusqu’à la fin. Il s’agit là d’une manière de prouver aux autres, mais surtout de se prouver à soi-même, qu’il n’est pas faible. Le vol violent dont il a été victime et duquel il n’a pas réussi à se défendre a laissé une marque dans son esprit. Il est aussi particulier que les membres de Phi Sigma Mu demandent à leurs recrus de vivre un enfer physique et psychologique afin d’être correctement intégrés au groupe. Encore une fois, l’amitié masculine n’est rendu possible qu’à travers la violence et le dépassement de soi.

Disponible sur Netflix.


Les films inclus dans ce court-programme explore l’amitié masculine à travers plusieurs angles, âges et sociétés. Quelque chose d’universel en ressort toutefois : le désir d’appartenance à un groupe au dépens de ses aspirations et de ses valeurs personnelles. Les protagonistes qui participent au jeu de la masculinité le font presque plus par obligation que par réel intérêt. Il y a une déchirure entre leur personnalité et ce qui est attendu d’eux en tant qu’hommes. En essayant de créer des liens envers d’autres hommes qu’ils apprécient, ils s’imposent des codes moraux et des attitudes qui vont ultimement à l’encontre de leur bien être. L’amour par négation, donc, prend le dessus et est exprimé à coup de violence et de désintérêt.

L’amitié masculine devient donc toxique dans son déploiement. Dépourvu des “moyens standards” d’expressions affectives considérées comme “féminines”, l’homme se tourne vers ses antipodes afin de rester campé dans une notion tordue de la masculinité.


Si vous avez des questions, des commentaires ou des suggestions de films en lien avec le thème du programme : faites m’en part dans les commentaires !

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