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Ancien musée de la ville d’Argenteuil

Vivre et travailler dans une vaste zone urbanisée, c’est faire l’expérience quotidienne d’une grande promiscuité, d’une dépendance totale à la subtile organisation des flux, de la nécessité de trouver des respirations dans ce grand ballet perpétuel.

Dans un tel environnement, l’espace est une denrée rare, un trésor courtisé par tous et finissant inexorablement par se concentrer entre les mains des plus offrants.
Ces immenses métropoles ont faim. Elles sont en perpétuelle expansion et mutation, leur rythme de croissance bouleversant même parfois les vies de celles et ceux qui pensaient s’être tenus à distance.
Nombreuses sont aussi les raisons qui poussent à s’y établir, parmi lesquelles celle de s’offrir la richesse et la diversité des autres, dans des proportions quasi infinies.
Si la nature a horreur du vide, la ville laisse quant à elle des poches, des zones en suspension au gré de ses conquêtes. Alors que la pression foncière complique l’accès au logement pour les plus modestes et la mise à disposition d’espaces pour des projets collectifs, ce sont des centaines de milliers de mètres carrés qui restent inoccupés pour la seule région Île-de-France, souvent pendant des années.
Or, dans un tel bouillon d’énergie, de rencontres et de partage, il ne faut parfois pas longtemps pour que certains voient dans ces parenthèses une opportunité inespérée. Qu’il s’agisse de sites de patrimoine, d’anciennes usines ou de bâtiments publics en attente de reconversion, des acteurs s’organisent partout pour proposer une renaissance plus ou moins longue à ces lieux vides. Ce phénomène a toujours fait partie intégrante de l’histoire et du développement des villes et ne se cantonne pas au mouvement des “fabriques éphémères” de la dernière décennie. C’est ainsi que des voisins, des sans-abris, des artistes ou des militants décident de s’approprier et de redonner ensemble une utilité à ces bâtiments.

Ces initiatives sont la preuve que ces lieux ont avant tout besoin de vie et que la vie a besoin de ces lieux. Elles démontrent aussi que le commun est une force qui soulève bien des obstacles. Plutôt que des grands projets parfois élaborés par de lointains cabinets ou des architectes davantage préoccupés par la postérité de leurs esquisses que par l’usage quotidien de leurs créations, des groupes s’attellent aux besoins et aux usages immédiats des gens. Ils déploient toute leur spontanéité et redonnent vie à des bâtiments considérés comme n’ayant plus rien à offrir.

Quand nous - un petit groupe d’Argenteuillais et Val-d’Oisiens - avons lancé notre appel à agir pour faire revivre le site de l’ancien musée, notre interrogation était la suivante : sachant que ce bâtiment, fermé depuis plus de 10 ans, ne sera pas rouvert avant plusieurs années, n’y a-t-il pas des associations et des habitants prêts à agir pour l’occuper dès maintenant?
Quelques mois plus tard, nous contactions les services de la ville pour leur présenter notre idée. Près d’un an après, et forts d’un vote favorable au conseil municipal de la ville, nous voilà en charge d’organiser la réouverture du site.

Le premier principe qui guide notre action est celui de l’engagement. Faire renaître un lieu sans investir des centaines de milliers d’euros demande beaucoup de temps, de dévouement et d’organisation. Cela implique d’être un certain nombre et de se retrousser les manches. C’est ainsi que s’est composé le collectif dédié à ce lieu et qu’il évoluera. Rien n’est figé et tout reste à écrire. Nous souhaitons initier le mouvement, proposer une direction, en laissant la porte ouverte à de nouvelles forces ou de nouvelles propositions.

Le second principe que nous défendons est celui de la libre participation financière — ou participation consciente — aux activités. L’argent ne doit être une barrière pour personne et chacun doit pouvoir contribuer selon ses moyens.

Enfin, nous partageons l‘idée de la mutualisation. Les structures membres du collectif unissent leurs forces et leurs moyens. Celles-ci s’entraident et assurent ensemble la bonne marche du lieu. Elles deviennent alors un support pour les autres, au travers d’ateliers ou d’activités diverses.

À notre modeste échelle, nous espérons pouvoir initier ce mouvement, proposer un beau terrain de jeu où se côtoient des univers variés, un lieu où chacun peut trouver des ressources ou des idées pour améliorer son quotidien.

Rien de révolutionnaire en somme ici : pas de concept, pas de grands slogans, juste le souhait de partager du temps et de l’espace avec celles et ceux qui désirent construire du commun.

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