Fiftie’s mood: petit tour olfactif des années 50…

Il y a deux semaines j’ai été invitée à un évènement au Palais de Tokyo, intitulé Le Menu de Cannes, organisé en partenariat avec Electrolux, dont le but était de départager deux équipes qui s’affrontaient dans le but d’organiser un dîner pour les membres du Jury durant le prochain Festival de Cannes. Deux équipes composées d’un chef cuisinier, d’un styliste et designer préparaient un dîner idéal, aussi bien en terme d’ambiance que de cuisine, sur le thème des années 50.

Pour ce faire, le designer décorait le lieu, le cuisinier nous préparait les meilleurs plats raffinés pour régaler nos papilles, et une styliste nous habillait en “fifties’girls”, tenues que l’on avait la chance de pouvoir garder après l’évènement. Voici quelques images de la très agréable journée que nous avons passé au Palais de Tokyo:

Vous me direz, ok, mais quel est le lien avec le parfum? En effet, au prime abord, aucun. Mais de voir tous les invités déguisés en fifties girls and boys, m’a permis d’imaginer ce qu’il aurait fallu pour compléter jusqu’au bout la tenue, un accessoire indispensable … le parfum. Et oui, qu’aurions nous dû tous et toutes porter si l’on avait voulu être complètement raccord avec le thème? Quels sont les parfums emblématiques des années 50?

Période de renouveau après-guerre, les années 50 voient la parfumerie se démocratiser, mais aussi l’émergence de la parfumerie américaine. Les fragrances spécialement dédiées aux hommes se développent, bref cet univers se renouvelle.

Comme parfums typiques de cette époque, on retrouve des grands floraux, comme par exemple Diorissimo ou L’air du temps. Ce dernier a été créé à l’aube des années 50, en 1948,et est considéré aujourd’hui comme un des grands intemporels qui ont marqué le XXème siècle. Parfum joyeux né dans une période de renouveau, il inspirera de nombreuses autres créations, qui en garderont cette trame fleurie épicée qui le caractérise. Avec un oeillet très présent, L’air du temps revisite le genre de la fragrance fleurie, avec ses notes de rose et de jasmin sur un fond à la fois boisé et musqué. Classique, élégant, féminin, indémodable. Autre grand fleuri, Diorissimo, un des premiers parfums célèbres à se concentrer autour du muguet, note enfin reproduite de manière réaliste et stylisée par Edmond Roudnistka, puisqu’on ne peut extraire l’odeur de cette fleur à l’état naturel. Doté d’un sillage très aérien, ce parfum de 1956 offre une composition joyeuse, en hommage à la fleur porte bonheur de Christian Dior, toute de notes vertes et fleuries, à la fois naturelles et synthétiques, (hydroxycitronnellal, alcool phényléthilique, jasmin, ylang-ylang…), en rupture avec un style de créations que le créateur, trouvait déja, à l’époque, trop synthétiques et sucrées. D’autres grands classiques floraux de la parfumerie marqueront les années 50 tels que l’Interdit de Givenchy, par exemple, (dans un style floral aldehydé assez classique), mais aussi beaucoup plus opulents, comme le beau Fracas, de Piguet. Composée par Germaine Cellier, qui avait coutume de proposer des parfums sans compromis, overdosés d’une matière, cette fragrance est une superbe tubéreuse, crémeuse à souhait, dont on a ici exploré les facettes solaires et lascives, en la parant d’une fleur d’oranger assez présente et d’un aspect un peu “coco” (aldehyde C18). Créé en 1948, Fracas connaîtra un beau succès, notamment outre Atlantique, où les américaines raffolent de la tubéreuse, (paradoxalement aux fragrances propres et fraîches qu’elles aiment d’ordinaire adopter). On raconte d’ailleurs que c’était le parfum de Marilyn Monroe, lorsqu’elle ne s’endormait pas avec quelques gouttes du célèbre N°5 de Chanel. Parlons justement des Etats-Unis, puisqu’ils participent activement au paysage olfactif de cette décennie. C’est l’époque où Estée Lauder se faît connaître, une des premières maisons de parfum américaines. Loin des odeurs aseptisées qui ont tendance à plaire là-bas, elle lance, en 1952, Youth Dew, (dans la veine de Tabu de Dana) et qui inspirera, plus tard, Opium, d’Yves Saint Laurent. Cet oriental met en scène le patchouli, autour de notes florales et épicées (oeillet, clou de girfle, rose, ylang-ylang). Puissant, sensuel, imposant, Youth Dew est d’abord commercialisé sous la forme d’une huile de bain, dont le succès est tel qu’Estée Lauder en proposera rapidement une eau de toilette.

Les années 50 sont aussi celles de la remise au goût du jour de grands chyprés tels que le très connu Miss Dior ou encore, plus tard, de Cabochard (Grès). Miss Dior est légèrement antérieur, puisque ce grand classique de la marque vît le jour en 1947, et correspond au goût de Monsieur Dior pour la famille des chyprés. A la fois verte (galbanum, jacinthe) et fleurie (rose, jasmin, gardénia), cette création se caractérise par des notes épicées mais surtout par un fond chypré (patchouli, mousse de chène), légèrement cuiré. Un parfum culte, qui fît la renommée de Dior au moment où son style New Look le propulsait sur le devant de la scène couture. Impossible d’oublier, à cette époque, Femme de Rochas, qui, s’il a été créé en 1944, fût aussi beaucoup porté à cette époque, et qui est, même si je ne pas une adepte du genre, mon chypré préféré, (c’est notamment pour ça que j’y reviendrai, plus tard, dans un post spécialement dédié). Et les hommes? En effet, les années 50 représentent l’avènement de la parfumerie masculine avec le début d’eaux de toilettes spécialement dédiées aux hommes. On retrouve beaucoup de colognes, telles que L’Eau d’Hermès par exemple, ou des choses fraîches et hespéridées telles que Pour Monsieur de Chanel. Mais cette décennie, c’est aussi des créations avec plus de corps, boisées telles que le Vétiver de Guerlain, composé par Jean-Paul Guerlain en 1959. Cette création, désormais grand classique de la marque, met en valeur la facette un peu “pamplemousse” du vétiver avec des notes agrumes en tête, puis une évolution plus boisée-épicée, avec le vétiver,le tabac, le santal, mais aussi la fameuse fève tonka chère à la guerlinade. Voici un donc un tableau olfactif de cette période et qui donne une idée de l’ambiance parfumée qui aurait pu régner, ce samedi 16 avril dernier, au Palais de Tokyo, si nous avions été télétransportés dans les années 1950.


Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

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