Interview de Marc Antoine Corticchiato, créateur de la marque Parfums d’Empire.

Nous avons eu, lundi dernier, avec Emmanuelle Varron, grâce à l’entremise de Valérie de Différentes Latitudes, l’honneur de rencontrer Marc Antoine Corticchiato, connu des perfumistas pour avoir fondé la maison Parfum d’Empire. L’occasion de retranscrire ici cet entretien privilégié, et de revenir sur les inspirations du parfumeur.

Dans son laboratoire de Louveciennes, Marc Antoine nous parle de ses créations, de son parcours, et de sa vision de la parfumerie.

Marc-Antoine, d’où vous est venue cette passion pour l’univers du parfum?

C’est avant tout la curiosité scientifique qui m’a mené à la parfumerie. En effet, comprendre le processus de création du parfum au cœur des végétaux attisait ma curiosité, déjà enfant. J’ai donc effectué un doctorat en chimie analytique, avant de rejoindre l’Isipca. J’ai ainsi débuté ma carrière dans un laboratoire de recherche axé sur l’analyse des plantes à parfum et leurs méthodes d’extraction. J’ai notamment publié, à l’époque, des études dans des revues de recherches en chimie. L’envie d’être parfumeur m’est venue au fur et à mesure, ceci d’autant plus que cette curioisté sur l’univers des plantes s’est trouvée renforcée par le fait d’évoluer dans un milieu propice aux odeurs: d’abord le Maroc, puis la Corse. C’est une région fabuleuse, avec son maquis où l’on peut respirer de l’immortelle, de la mousse de chène ou encore du ciste. Ma passion pour l’équitation y est aussi pour quelque chose, puisqu’on y cotoie un univers fait de cuir, de foin, de paille…

Mais c’est avant tout la recherche du “pourquoi” d’une telle odeur qui vous a mené au parfum si j’ai bien compris?

Oui, en effet, d’ailleurs j’ai d’abord formulé dans un premier temps pour l’aromathérapie, ce qui suppose à la fois des contraintes thérapeutiques et olfactives. C’est par ce biais que je suis peu à peu venu à l’univers du parfum.

Qu’est ce qui vous fascine le plus dans le parfum?

De par ma formation, c’est vraiment l’amour pour les belles matières premières naturelles qui m’interpelle le plus, en parfumerie. Connaître les origines d’une matière première, son histoire, son utilisation pour la replacer dans un contexte contemporain.

C’est donc par cette fascination des origines des matières premières que vous avez eu l’idée de créer une marque de parfum centrée autour d’un univers historique?

Tout à fait. Les gens croient toujours que je suis un passionné d’histoire, parallèlement à ma passion du parfum. Or c’est seulement en étudiant les matières premières que j’ai compris que certaines étaient convoitées depuis l’antiquité pour leurs vertus bienfaitrices, qu’elles étaient utilisées pour séduire par exemple ou qu’elles étaient recherchées pour leur spiritualité. Et que pour cette raison, des peuples se sont battus pour les obtenir. C’est dans cet esprit que j’ai eu envie de fonder Parfums d’Empire. On oublie souvent qu’à l’origine le parfum vient du terme “per fumum”, par la fumée. Les odeurs, les matières ont toujours été étroitement liées à la religion. “Le parfum est avant tout divin”. Le nom de la marque “Parfums d’Empire” évoque donc toutes les civilisations et cultures fortes où le parfum et les matières naturelles y jouaient un rôle important, mais c’est aussi et surtoutpour l’idée de « l’Empire des sens ».

Comment travaillez-vous, sur la création d’un parfum?

Cela dépend, mais il y a toujours la volonté de sublimer une matière naturelle en particulier, en la rattachant à une culture. Pour l’Eau de Gloire, le premier, sorti en 2003, il s’agit d’un univers imaginé pour retracer le parcours de tous ces corses partis de leur village à la conquête du monde. A l’image de mon père qui a tout quitté pour s’installer au Maroc, sur des terres bientôt plantées d’hespéridés, mais aussi à l’image du plus célèbre d’entre eux, Bonaparte. C’est pourquoi je me suis concentré sur les odeurs évocatrices de la Corse, et du maquis, telle que l’immortelle ou le ciste, en fond. Si l’on prend Cuir Ottoman, sorti en 2005, l’idée était vraiment de travailler un cuir véritable. Contrairement aux autres parfums, pour Cuir Ottoman j’ai d’abord travaillé l’accord de fond, donc l’accord cuir. Mais, j’ai eu ensuite beaucoup de mal à y attacher les notes de tête et de cœur en raison de la puissance du cuir. Il a fallu contrebalancer ces notes de fond, aller chercher de belles matières naturelles, de la fève tonka du Venezuela, de l’iris de Florence, du jasmin d’Egypte, notamment, pour équilibrer ce fond cuiré vanillé très imposant. Mais, quelle que soit la création, le but est vraiment de privilégier l’usage de belles matières premières naturelles. Je ne renie pas la synthèse, bien au contraire, mais elle doit être là pour magnifier les matières premières naturelles, et non pour les remplacer.

Quel regard portez-vous sur la parfumerie d’aujourd’hui? Dans le mainstream, tout est trop tourné vers la nouveauté à tout prix, au détriment de la qualité. Il faut sans arrêt faire de la valeur avec de la nouveauté. C’est aussi le système qui veut ça, la presse réclame régulièrement un nouveau produit pour parler d’une marque ou d’un créateur. La quantité supplante parfois la qualité. Mais il est difficile de pouvoir aller à l’encontre de ce système, à moins d’avoir l’aisance financière nécessaire. Je pense que pour pouvoir travailler dans un vrai esprit d’amour de la parfumerie, il ne faut pas espérer s’enrichir, dans le cas d’une marque artisanale. Quels parfums, quelles senteurs vous ont particulièrement marqués? L’eau du sud d’Annick Goutal, L’Heure Bleue de Guerlain, L’Eau Noire de Dior…. Et plus généralement, sans doute en raison de ma passion pour l’équitation, les notes cuirées, ambrées. Sans tomber dans la quête de nouveautés à tout prix, quelle est l’actualité de Parfums d’Empire? Une bonne partie de l’année 2010 a été consacrée à des créations pour différentes enseignes de luxe tel l’hôtel Lutetia qui fêtait un siècle et pour lequel j’ai créé une bougie (oriental gourmand), une brume d’oreiller et un parfum d’ambiance. L’année dernière j’ai également pas mal travaillé les créations qui sortiront cette année lors du deuxième semestre : une treizième eau de parfum et trois bougies. Pour en savoir plus sur l’univers de la marque, je vous invite à vous rendre sur le site de Parfums d’Empire, et pour un autre résumé de cet échange, notamment plus centré sur le parfum Cuir Ottoman, rendez-vous sur le site de Ca fleure bon à partir de lundi!

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

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