Kelly Calèche, un parfum à redécouvrir

Que les aficionados d’Hermès me pardonnent, si je respecte beaucoup cette maison, je ne la connais pas comme je connais l’histoire des parfums Guerlain. Je ne peux donc pas porter le même regard critique sur leurs créations récentes. C’est comme quelqu’un qui s’initierait à Guerlain avec L’Instant ou Insolence, (quoique l’Instant est assez cohérent avec l’histoire de cette maison) et qui se demanderait quels sont ces fous qui s’énervent (moi la première) sur la tournure dans laquelle s’engage ce légendaire parfumeur. Bref, cependant j’ai bien aimé l’Eau des Merveilles d’Hermès, très subtile, et ma mère apprécie beaucoup cette marque, de Calèche à 24 Faubourg, donc je ne suis pas totalement novice quant aux parfums de la célèbre maison de cuir.

Toujours est-il que lorsque j’ai senti Kelly Calèche pour la première fois, il m’a laissé un souvenir agréable, mais pas impérissable. Je n’avais pas d’attentes particulières quant à cette nouveauté, donc l’absence au prime abord de notes cuirées et la prépondérance des fleurs ne m’a pas choquée. Je cherchais un cadeau pour une amie et respirais donc divers parfums à cet effet, mais ayant un peu délaissé ma passion pour le sujet à l’époque, je ne me suis pas attardée dessus. Le flacon rose ne m’annonçait rien de bon, car je n’aime pas trop les parfums “jeunes filles en fleurs”, et je fus juste surprise de ne pas le trouver mièvre malgré son caractère très floral. Et les notes de cuir sont passées totalement inaperçues, puisque je ne cherchais pas du tout à l’analyser.

Et en ce sens, je comprends les fans d’Hermès qui regrettent l’absence d’un cuir plus prononcé, plus chaud je pense. La présence de cuir ne saute pas “au nez”, et si on le décèle enfin (c’est peut-être une question de peau), c’est vrai qu’il peut paraître un peu “aqueux” comme je l’ai lu quelque part. Pourtant en le ressentant aujourd’hui, j’aime bien Kelly Calèche. Sa dualité me séduit. Ses notes de tête, très florales, (muguet, rose, narcisse) se font rapidement plus profondes avec la tubéreuse, le mimosa et la rose liane, lui donnant ainsi du corps, une certaine présence tout en étant doux et aérien. Ses effluves se réchauffent peu à peu, grâce aux notes boisées, mais aussi à l’iris et l’accord cuir, pour laisser, selon les peaux, une impression de “sellerie” comme on dit. Ce qui n’est pour déplaire à l’ancienne cavalière que je suis. Attention, ce parfum ne sent pas mauvais, il n’embaume pas l’écurie, mais plutôt la douce odeur de cuir de l’équipement pour cheval ou d’un sac à main. Cela en fait un parfum un peu mi-ange mi-démon à mes yeux, entre notes florales douces et senteurs plus chaudes et cuirées au fil des heures sur la peau. Kelly Calèche est assez original je trouve, loin des nouveautés gourmandes ou des fleuris fruités qui inondent le marché. Mais je peux comprendre toutefois que les adeptes d’Hermès qui attendaient de cette création un parfum évoquant à la fois le célèbre sac Kelly de la maque et le parfum phare Calèche soient déçus, parce qu’il n’est peut-être pas en totale adéquation avec son nom. Il n’en reste pas moins sur ma peau, un parfum à l’évolution intéressante, fraiche et fleurie au départ pour s’épanouir ensuite sur des tons plus chauds, plus cuirés, plus sensuels. Un beau parfum de peau derrière un sillage floral, même si je ne le porterais pas car il ne me correspond pas complètement.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on November 30, 2014.

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