La marque By Terry se met au parfum…

Terry de Gunzburg, créatrice de la marque de cosmétiques By Terry, s’est lancée cette année dans le domaine de la Haute Parfumerie. Avec une ligne de 5 créations, au packaging un peu “rétro”, non sans charme, et des prix plutôt raisonnables pour de la niche, elle réalise une envie qui lui tenait à coeur depuis longtemps.

En effet, à en croire les interviews et les articles de presse qui lui sont consacrés, cela fait plusieurs années que lui trottait dans la tête l’idée de lancer une collection de fragrances, avec pour référence les sillages qui ont peuplé son enfance, (Bal à Versailles, Miss Dior, Mitsouko), mais aussi plus récemment, des exemples comme Serge Lutens, qu’elle affectionne tout particulièrement. Si on ne joue pas ici sur le même terrain que cet orfèvre de la parfumerie, l’idée était toutefois d’offrir des parfums composés de belles matières premières, et dont le rendu olfactif lui plaisait. Pour ce faire, elle a d’abord appris à sentir, puis, n’étant pas nez pour autant, a fait appel à la société de création Robertet, afin de réaliser une gamme de parfums faisant la part belle aux fleurs blanches, mais pas seulement.

Très joli sur le papier, mais qu’en est-il réellement, à vue de nez, de cette collection? Les perfumistas en quête d’inattendu devront passer leur chemin, car on n’est pas ici dans le registre du jamais-senti, jamais exploité. En revanche, reste une belle ligne de parfums, bien maîtrisée, certes, dans un esprit classique, mais de manière qualitative, avec de beaux matériaux, le tout à un prix plutôt accessible pour de la “haute parfumerie”.

Le plus intéressant et original de la gamme est, à mon nez, Ombre Mercure, qui ne m’évoque aucun autre parfum déja senti. On m’avait parlé de violette, or c’est plutôt la feuille de violette que je sens, sur un fond oriental assez patchouli. Au fil de l’évolution se dessine une sensualité “sèche” et boisée, tout en s’étirant longuement au fil des heures sur un fond texturé, où le benjoin arrondit légèrement la composition. J’aime aussi assez Parti Pris, un floral solaire sur fond vanillé et baumé, dans l’esprit d’un Songes par exemple, mais moins exotique, moins lascif. Rien de nouveau sous le soleil pour cette fragrance, c’est un genre que l’on connaît, mais c’est joli, sensuel et très féminin. Le dossier de presse parle de tubéreuse, dans ce cas très sage alors! Je définirais plutôt cette fragrance comme un duo ylang-tubéreuse, à l’envolée très légèrement fruitée et croquante, mais qui se pare rapidement de ses charmes suaves et salicylés, pour évoluer vers un fond vanillé et très “baume de tolu”. Lumière d’épices est une jolie fragrance construite autour du tandem fleur d’oranger-jasmin, dans la lignée du beau Fleurs d’Oranger de Lutens. La figue est décidément une note en vogue ces derniers temps, puisqu’elle est une fois de plus mise en valeur ici avec Fragrant délice, dont on a tiré l’aspect gustatif vers une évolution plus gourmande avec un fond amandé-lacté empreint de santal. Enfin, le dernier, Rêve Opulent, est celui que j’aime le moins, parce qu’il flirte avec ce genre que j’affectionne si peu en parfumerie: le floral fruité. (Oui, à l’exception de la prune, j’ai une véritable aversion pour les notes fruitées). Bien que construit autour du gardénia, que j’adore, (mais dans ce registre je vous conseillerais plutôt de lorgner vers le dernier-né de Lutens), ce parfum, aux facettes légèrement aqueuses, exhale des effluves d’ananas et de banane (probablement en raison de l’acetate de benzyle). J’ai aussi entendu des clientes lui trouver des faux-airs de J’adore, remarque non dénuée de sens. Bref, vous l’aurez compris, à mon nez c’est le plus commercial de la gamme (même si on est loin de La Vie est Belle je vous rassure), et pour moi, celui-ci n’a pas vraiment sa place dans une gamme dédiée à la Haute Parfumerie. D’ailleurs, peut-on parler ici de niche et de Haute Parfumerie? Ca se discute….Certes, on peut attendre de la haute parfumerie qu’elle bouscule les codes, mais on attend aussi d’elle de la qualité, or du “bien foutu”, ce n’est pas ce qui manque aux parfums de Terry de Gunzburg. Néanmoins, il me semble que le propos n’était pas forcément ici d’innover avec des compositions extravagantes, mais plutôt de créer des fragrances de belle facture, dans la tradition d’une parfumerie à la française. Si je ne me trompe pas, alors c’est plutôt réussi, malgré un ou deux parfums aux faux airs de “déja-vu”. En tout état de cause, ce qui est certain, c’est que l’on aimerait que le mainstream ressemble à ça: des parfums accessibles olfactivement, mais bien construits et qualitatifs.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

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