Le parfum, une histoire de peau?

Cela vous est-il déja arrivé de percevoir votre parfum différemment selon les jours où vous le portez? Je me posais justement cette question car il m’arrive en effet de ressentir de légères différences au fil des jours où je porte un parfum. Je trouvais par exemple que les dernières fois où j’ai porté Habanita, celui-ci était légèrement moins subtile et tenace qu’à l’accoutumée. Je récoltais d’ailleurs moins de compliments, aussi n’était peut-être pas qu’une impression. Je pense pourtant bien conserver mes parfums, à l’abri de la chaleur, de l’humidité et de la lumière. Je m’empressais donc de poser la question sur différents sites de passionnés et c’est ainsi que m’est venue l’idée de faire quelques recherches et d’écrire un post sur le sujet. Différents facteurs jouent dans notre perception des parfums. Avant toute chose, le choix d’un extrait, d’une eau de parfum ou d’une eau de toilette est crucial. Un extrait de parfum offre généralement une meilleure tenue, une plus belle évolution, tout en étant plus subtile et plus proche de l’idée que le parfumeur se faisait de la fragrance qu’il a créée. On en porte quelques gouttes le plus souvent au creux des poignets ou des coudes, derrières les oreilles, sur la nuque ou dans le décolleté. A l’inverse une eau de toilette est moins tenace par exemple. On la diffuse plutôt sur les vêtements ou sur les cheveux. Le choix de ces différentes concentrations va donc faire que l’on sentira différemment le même parfum d’une personne à une autre selon la manière dont elle le porte.

Mais cela reste avant tout une question de peau. C’est en premier lieu le ph de la peau qui va guider l’alchimie entre un parfum et une personne. Loin des clivages brunes/blondes, c’est ce taux d’acidité qui va faire qu’un parfum tient plus ou moins bien, vire ou évolue différemment d’une peau à une autre. C’est pourquoi, d’ailleurs, on conseille d’essayer un parfum durant plusieurs heures sur le poignet avant de s’emballer ou de le rejeter. Le taux de lipides jouerait également sur l’harmonie entre un parfum et la peau. D’après le professeur MacLeod, le gras décapite les odeurs en retenant certaines molécules plutôt que d’autres, tandis que le pH influe lui aussi sur le résultat final en captant les substances acides ou basiques. Ainsi, plus un parfum va être riche en matières naturelles, plus il va être complexe, plus on va obtenir de variations selon les peaux. Un parfum évoluera également différemment selon que l’on a la peau sèche ou grasse. Il semblerait que plus une peau est hydratée, plus elle retient le parfum. Certains conseillent d’ailleurs d’appliquer un corps gras sans parfum (une crème par exemple), sur la peau avant de se parfumer pour mieux capter les notes de votre fragrance favorite et en prolonger la tenue. Mais l’évolution et la tenue d’un parfum peuvent varier aussi en fonction du stress qui rejaillit sur notre peau. Vous avez peut-être déja constaté que lors des périodes de stress, votre peau se fait plus grasse ou plus grisâtre, vous donnant plus mauvaise mine? Le stress peut donc jouer sur notre peau. Or, lorsqu’on est angoissé, notre peau transpire, et ce phénomène chasse les molécules, provoquant ainsi de désagréables interactions entre le parfum et la peau, explique Jean-Claude Elléna. L’alimentation aurait aussi son rôle à jouer dans notre rapport avec le parfum. En effet, plus on mange sainement, plus notre peau s’en ressent. Grain de peau affiné, teint plus frais.. autant de signes que ce qu’il y a dans nos assiettes a des répercussions sur notre peau. Il en va de même pour l’alchimie avec le parfum. Les aliments choisis vont donc influencer directement l’évolution du parfum sur la peau. “C’est surprenant de découvrir son parfum réinventé par une sud américaine habituée aux plats épicés ou sur une asiatique au régime opposé”, s’étonne Jo Malone. Bien d’autres facteurs viennent mettre leur grain de sel dans ce phénomène d’alchimie entre un parfum et la peau. La température du corps ou encore les hormones par exemple. Pendant une grossesse ou à l’approche des règles, le parfum pourra être ressenti différemment, avec une certaine acuité. Le climat aussi joue son rôle. Sylvaine Delacourte expliquait récemment sur son blog qu’elle recevait des commentaires différents pour les parfums selon les villes où elle les testait, semble-t-il. Mais comme précisait Jeanne Doré sur son site, la perception d’un parfum est aussi psychologique. D’une part parce que l’odorat est un sens véritablement lié aux émotions, mais aussi parce qu’on ne percevra pas toujours la même chose selon les jours. Trop focaliser sur le ressenti d’un parfum peut en modifier légèrement notre perception, notre humeur également ou tout simplement le fait d’avoir respiré trop d’odeurs auparavant et d’avoir le nez saturé. Il y a également un phénomène d’accoutumance olfactive. Une personne qui portera fidèlement le même parfum durant plusieurs années finira par s’y habituer et ne presque plus le sentir, alors que son entourage le percevra très bien. C’est ainsi qu’il y a quelques années, lorsque je portais assidûment Lolita Lempicka, mon maître de stage m’avait fait remarquer gentiment que j’avais un peu la main lourde sur le parfum puisque j’embaumais tout l’étage, alors que moi, je ne le sentais absolument pas! La fatigue olfactive peut quand à elle également modifier notre perception du parfum. Enfin, la différence de perception d’un parfum peut provenir tout simplement du fait qu’il ait été reformulé comme bon nombre de classiques aujourd’hui. En effet, les témoignages du public lors de l’émission où se sont exprimés Bertrand Duchaufour, Octavian Coiffan et Denyse Beaulieu sur France Inter montraient que de nombreuses personnes ne sont pas dupes et qu’elle perçoivent de légères modifications dans leur parfum favori depuis quelques années.


Originally published at mybluehour.blogspot.fr on November 30, 2014.