Nu d’YSL: sensualité à fleur de peau.

Les collections exclusives étant à la mode en parfumerie, il est devenu presque indispensable pour toute grande marque qui se respecte, (même si la qualité est souvent inégale d’une maison à l’autre), de sortir “sa collection” afin d’apporter une touche de glamour à son catalogue et redorer son image d’un aspect “luxe”.

Yves Saint-Laurent ne déroge donc pas à la règle, même si cette collection n’est pas exclusivement réservée aux boutiques, mais accessible dans presque toutes les chaînes de distribution actuelles. Huit parfums, quatre féminins, et quatre masculins, pour la plupart des fragrances déja connues du public et encore sur le marché, (Yvresse, Jazz, M7…), relookées pour l’occasion, à l’exception d’In Love Again et de Nu, deux beaux parfums discontinués dans le courant des années 2000 au grand dam de leurs adeptes.

Je n’ai pas malheureusement pas connu Nu, lors de sa sortie au début des années 2000, je ne peux donc pas juger de sa très probable reformulation actuelle, mais j’ai beaucoup apprécié cette réédition. Il semblerait qu’à l’époque ce parfum fût arrêté par manque de succès: son flacon n’étant manifestement pas flatteur, et son odeur malheureusement pas assez consensuelle pour plaire au plus grand nombre. Chose assez surprenante d’ailleurs, puisqu’à en juger la réaction des clientes, récemment, en magasin, la plupart trouvaient cette fragrance originale, sensuelle, intrigante….

Ici encore, je ne saurais dire s’il s’agit de la réédition de la version eau de toilette ou eau de parfum, (voire un mix des deux), ne les ayant pas senties quelques années plus tôt, mais ce parfum de peau m’a séduite, avec ses accents épicés et boisés, très doucement fleuris. Véritable parti pris, à l’époque où Monsieur Yves Saint Laurent était encore vivant, la marque depuis sa mort n’ayant que peu usé de l’audace qu’on lui connaissait, Nu oscillait entre codes masculins et féminins, jouant sur une corde légèrement androgyne, et pourtant très sensuelle.

Cette fragrance s’ouvre sur une sensation épicée, entre les notes de cardamome et d’élemi (aux côtés de la bergamote), en tête, et le fond que l’on perçoit déja, très encens. Cette bouffée de notes piquantes s’adoucit pourtant très vite sur la peau, pour se muer en une caresse veloutée, probablement en raison de l’aspect lacté du santal, mais aussi grâce au jasmin, qui vient enrober ce parfum épicé et boisé d’un voile de douceur. Au coeur de cette composition domine très nettement l’absolu d’encens, avec ses accents chauds-froids, apportant non seulement de l’élégance et du caractère au parfum, mais aussi une aura mystérieuse, qui ne laisse pas indifférent. Un fond boisé (patchouli, santal) prolonge cet effet, aux cotés d’une pointe de vanille qui vient arrondir ici la partition.

Ce parfum porte bien son nom, Nu, puisque c’est vraiment un parfum de peau, au sillage plutôt discret….Voire un peu trop hélas, et c’est là où le bat blesse: si ce parfum tient, son ampleur diffusive, en revanche, s’évanouit assez rapidement, au bout de quelques heures à peine, il faut vraiment approcher son poignet pour le sentir, telle une seconde peau, (mais peut-être cela dépend il de la personne qui le porte, bien sûr).

C’est en tout cas une belle composition de Jacques Cavallier, à (re)découvrir, éloignée du registre plus convenu des grands floraux, en rupture totale avec les gourmands et les “patchoufruits” qui fleurissent sans cesse sur le marché.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.