Poison, la saga….

Rompant avec la tradition des parfums portant son nom, Dior sort en 1985 le célèbre “Poison”, parfum audacieux qui ne manquera pas de marquer durablement cette époque. Ayant pour marraine Isabelle Adjani, ce parfum et ses flankers ne cesseront de mettre en scène dans leurs publicités de célèbres et belles égéries, de Mila Jovovitch à Eva Green, en passant par Monica Bellucci. Oriental opulent over saturé de matières, Poison innove en imposant une féminité charnelle et séductrice quelque peu agressive. Bien inscrit dans la vague des années 80 où les femmes s’affirment (vestes à épaulettes, parfums plus puissants), ce Poison peut aussi être vu comme une réponse au dérangeant Opium d’YSL sorti quelques années auparavant.

Connu pour être interdit à l’entrée de certains restaurants new-yorkais, Poison est en effet un parfum provocant qui ne laisse pas indifférent. Evoquant le fruit défendu de par son nom et son flacon, ce parfum touche au mythe du sortilège, et par son côté amour-agression il mime la senteur dangereuse à laquelle on succombe, la séduction ensorceleuse.

Ce qui m’a le plus marquée chez ce parfum, c’est sa façon de se mouvoir d’une peau à une autre, tantôt, en effet, insupportable, tantôt envoutant, mystérieux. Lorsque je le respire, ce sont la prune, la tubéreuse et l’oeillet qui me chatouillent le nez, me rappelant très vaguement Loulou de la même époque, mais avec un message et une image bien distinctes. S’ouvrant sur des notes de prune, de fleur d’oranger, et de cannelle, Poison évolue grâce à la rose, la tubéreuse, l’oeillet et la cannelle offrant ainsi une senteur dense et profonde qui se fond, enfin, sur des tons chauds, notes ambrées, santal, opponax et muscs. Non content de faire tant parler de lui, Poison restera dans nos mémoires également pour les 4 flankers qui suivront son lancement sur une vingtaine d’années. Tendre poison marquera en effet le début des flankers (1994) en proposant une version plus douce et florale du parfum d’origine. Plus sage,il s’ouvre sur des notes vertes de galbanum et de mandarine, pour se muer dans des effluves qui se veulent plus tendres (freesia, rose) mais toujours fidèles à l’original, (tubéreuse, fleur d’oranger, santal, musc…). Il ne rencontrera pas , en revanche, le même succès que son grand frère.

Sort ensuite Hypnotic Poison, en 1998, (un an après la sortie de Lolita Lempicka, du même nez, Annick Ménardo, dont le flacon évoque également une pomme d’amour ou un fruit défendu). Cette nouvelle version de Poison remise au goût du jour dans l’esprit des gourmands sensuels très répandus aujourd’hui, surfe en effet plus sur la vague des orientaux vanillés.

Servi d’abord par Mila Jovovitch lors de sa sortie, Hypnotic Poison connaît une nouvelle jeunesse 10 ans plus tard grâce à son égérie Monica Bellucci.

Aisément identifiable grâce à ses notes d’amande amère, Hypnotic Poison offre une variation de Poison et de sa tubéreuse sur une note amande vanille. Plus cocon, toujours très présent mais néanmoins moins opulent que l’original, sexy, ce parfum a rencontré son public, tout en ne laissant pas indifférent, à l’instar du premier. Certain(e)s le trouvent trop fort, trop collant, lui reprochant de ne pas savoir se faire oublier lorsque d’autres le trouvent sensuel en diable ou réconfortant. Son envolée d’amande amère et de carvi s’épanouit sur des notes de jasmin sambac, de bois jacaranda et de tubéreuse. Ce corps à la fois laiteux et profond laisse enfin place à des effluves prononcées de vanille, d’ambre et de santal. Considéré comme un des meilleurs opus de la série Poison, Hypnotic garde ce côté envoûtant à la limite du dérangeant tout en étant d’une sensualité charnelle mais plus douce que le premier. Portant bien son nom pour son côté cocon dans le quel on pourrait se lover, Hypnotic incarne à son tour la séduction, cette femme qui hypnotiserait l’homme, ce côté sexy mais dangereux qu’évoque le fruit défendu, la pomme rouge.

Suit ensuite Pure Poison, un flanker légèrement en décalage avec sa publicité, sage là où le modèle sait se faire félin, mais plus en accord avec son flacon blanc. Version plus innocente comme son nom l’indique, cette nouvelle édition ne semble pas avoir remporté un franc succès, pour ses effluves florales peut-être trop conventionnelles pour une variation de l’original (bergamote, jasmin, orange, gardénia, fleur d’oranger, santal, accord ambré). Midnight Poison, le cadet de cette série, est à son tour mis en valeur par une actrice, Eva Green, dans le cadre d’une belle campagne publicitaire à la façon des contes de Minuit, comme le laisse présager son flacon bleu-nuit.Dans un esprit cohérent par rapport à son grand frère, il évoque encore une fois la séduction, à travers une vision techno de Cendrillon ou de Blanche-Neige.

Sorti en 2007, Midnight Poison est aussi un oriental, mais plus boisé, auquel on prête diverses ressemblances avec d’autres parfums. Il n’en reste pas moins assez agréable , à condition de supporter la première note un peu hespéridée très vive qui fuse à la première vaporisation . Construit cette fois autour d’un accord rose-patchouli en notes de coeur (et c’est peut-être pour cela que celui-ci m’a donné la migraine, là où ni Poison, ni Hypnotic ne m’ont indisposée), il s’épanouit ensuite sur un fond d’ambre, d’ambrox et de vanille Bourbon. Plus consensuel qu’Hypnotic, il représente cependant probablement une sortie réussie sur le marché pour son côté sensuel et sexy mais plus en retenue que l’original ou que son éponyme au flacon rouge, tout en étant moins ennuyeux que Tendre et Pure Poison.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on November 30, 2014.

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