12. Galet A. Mon idée du miracle…

«Je déteste mon passé et celui des autres. Je déteste la résignation , la patience, l’héroïsme professionnel et tous les beaux sentiments obligatoires. Je déteste aussi les arts décoratifs, le folklore, la publicité, la voix des speakers, l’aérodynamisme, les boys-scouts, l’odeur du naphte, l’actualité, et les gens saouls. J’aime l’humour subversif, les taches de rousseurs, les genoux, les longs cheveux de femme, le rire des jeunes enfants en liberté, une jeune fille courant dans la rue. Je souhaite l’amour vivant, l’impossible et le chimérique. Je redoute de connaître exactement mes limites.»
Magritte

Abandon et liberté

Penser la mort, la vivre dans absence de l’autre, le défunt, livrée à la torture du deuil, l’approcher dans la souffrance du corps et de l’esprit, dans la maladie, la blessure, le traumatisme, et la regarder en face incarnée dans le monstre assassin sont des éléments très différents des expressions de l’existence humaine. Si elles appartiennent au même champ émotionnel, elles font émerger de l’invisible des compréhensions du réel d’une intensité sensiblement différentes.

Mon propos n’engage évidemment que moi, mais je crois qu’il sert une quête de signifiant de l’être largement partagée chez l’humain dont le sacré, et le religieux, comme le joyeux de l’insouciance de l’Enfance sont des symboles caractéristiques.

Je revisite depuis l’invisible déchirure mes fascinations philosophiques et littéraires de jeunesse …parmi elles, je renoue sur ces thématiques de la vie, la mort, la relation à l’autre, la justice, la compréhension du monde, avec «mes amours platoniciennes et ses fabulations».

Le schéma en dichotomie, les images du soleil, de la ligne, de la caverne, qui dessinent une place à l’humain à la frontière entre visible et invisible, résonnent aujourd’hui avec force en moi, à la croisée de mon expérience, de ma spiritualité «i-religieuse» méditative et éclectique et indisciplinée, de mon intuition ancrée dans ma vitalité toujours renouvelée.

Je précise que je revendique aussi la liberté d’une interprétation d’une approche des œuvres littéraires comme artistiques, toute personnelle, peut-être naïve et impropre car insuffisamment fouillée, hors contexte historique, sociologique, hors champ d’une étude organisée, qui ne fait echo qu’à mon choix intuitif d’entrer en conversation avec une universalité transcendante qui me dépasse et m’attire depuis si longtemps.

Qu’elle est la motivation majeure depuis la nuit des temps pour l’humain?

Sur-vivre et s’il y arrive vivre en trouvant sa juste place au monde parmi ses pairs et au milieu des vivants de toutes espèces.

C’est ce qui le pousse à s’allier, à s’opposer, à s’unir, à œuvrer, à procréer, dans un tout qui au mieux marche de concert au pire se compromet, dans lequel il n’a de cesse de se situer, qu’il appréhende dans la dualité, la vie, la mort, la lumière et l’ombre, le visible et l’invisible, la paix, la violence, l’amour, l’indifférence, la connaissance, l’ignorance, moi et l’autre, le féminin , le masculin, et au passage entre les deux le fil tenu de l’abandon, de la sérénité, de la liberté presque absolue figure d’une lumière pâle mais si puissante qu’elle aveugle.

Vivre est un oxymore.

Vivre est surréaliste.

Vivre est un mystère irrésistible.

Vivre est une intuition lumineuse.

Vivre et mourir est le tout et le rien de ce qu’être signifie, au passage de l’avant moi et l’après moi.

Y découvrir ce qu’on déteste, aime, espère, redoute et un instant effleurer l’abandon et l’absolue liberté dans l’indicible de la violence la plus monstrueuse, la menace de mort, la tentative d’assassinat.

Puis poursuivre mon cheminement, porteuse de l’invisible déchirure, légère de mon petit miracle, caressé inlassablement sur la ligne frontière entre le visible et l’invisible, sous le soleil de la lumière de l’amour salvateur, en sécurité dans la connaissance de la route de la caverne de l’humilité et de la nécessaire solitude.